Panorama de la culture geek (5) : Lara Croft est une femme !

Lara_Croft

Fantasme sexuel pervers ou aventurière attachante?

L’affaire est maintenant un peu vieille, mais elle n’en est pas pour autant inintéressante et encore moins inactuelle. Il y a quelque temps, une jeune gameuse, Mar_Lard, s’était fendue d’une série d’articles très pertinents pour dénoncer le sexisme dans la culture geek. La liste ignoble de faits encore plus immondes parle d’elle-même : le machisme tendance pervers est une réalité sur le Net et dans les communautés de gamers. Quand je vois ce que fait Eric Campagnol sur son Skyrim+mod, ça ne m’étonne même plus (et je ne vous parlerai pas de lui IRL, c’est infâme). Bon, trêve de plaisanterie.

Traditionnellement masculin, le milieu geek s’est ouvert progressivement aux filles, et cela d’abord par émergence d’un secteur spécialement conçu pour elles (les fameux Sims et Nintendogs), avant que peu à peu s’instaure une réelle mixité. Celle-ci est peut-être limitée, mais elle existe : Mar_Lard défonce Poséidon & co comme nous autres sur God of War. Certainement mieux, d’ailleurs. Et, comme le montre son article sans aucune contestation possible, ce nouveau profil de geek dans le milieu semble irriter un grand nombre de mâles. Et les rend plus que discourtois, je dirais que cela réveille en eux le « Ça » pour parler comme Freud. Journalistes, concepteurs, vendeurs, joueurs, commentateurs… tout le monde y passe.

Tant que Mar_Lard en reste au stade du constat, je ne peux que la suivre. Le moment où les choses se compliquent, c’est quand elle tombe dans le piège très tendance du gender. Et elle n’y va pas finement :

« des jeunes hommes cishétéros » [...]  « manifestation habituelle du patriarcat » [...] « Tout récemment, un super-papa a hacké le vieux jeu Donkey Kong pour sa petite fille de 3 ans, qui voulait que ce soit Pauline qui sauve Jumpman pour une fois. Quelques mois auparavant, un autre super-papa réécrivait tous les dialogues de Zelda : The Wind Waker pour transformer Link en femme et ainsi permettre à sa fille d’incarner une héroïne. » [...] « The Mary Sue et Geek Feminism Wiki constituent d’excellentes portes d’entrée généralistes sur la question et une simple recherche vous permettra de trouver d’innombrables blogs sur le sujet qui vous intéresse. En français, tout reste à construire mais l’intérêt pour le sujet est croissant. Le blog de sociologie de Denis Colombi fournit des bases théoriques solides, le tout nouveau blog collaboratif Cultures G(enre) rassemble des analyses sur les sujets les plus variés et inattendus… »

Bref, ça oscille entre un cours de Science-Po sur la sexualité et du charabia Femen (groupe qu’elle critique à raison, il faut le noter). L’analyse des raisons de ce sexisme, il me semble, n’a jamais été faite dans cet article. Tout d’abord, parce qu’ il me semble que l’auteur ne veut pas remettre en question les fondements même de la communauté geek ; et cela en dehors des outils qu’elle semble avoir trouvés tout cuits sur des sites libertaires anglais.

Où est le patriarcat chez les geeks ? Il me semble que le geek, par définition, se détache, via sa culture autonome, de la domination paternelle (même s’il existe de plus en plus de parents geeks, ceux-ci sont encore très rares). La figure du père est, dans l’intégralité des médias geeks, complètement absente : préparez-vous, la liste est longue.

Les parents de Batman, Spiderman, Lara Croft, Fox McLoud, Link et Samus sont morts, ceux de Sacha, absents ; ceux de Mario, Kirby, Captain Falcon, JC Denton, Anakin Skywalker, tout bonnement absents ! Dans The Last of Us, le père n’en est plus un, et c’est le biais de la possibilité de l’adoption qui crée l’intrigue. Mario est l’homme sans patronyme, celui qui n’est pas le fils de quelqu’un. Dans Red Dead Redemption, on ne peut jouer le fils qu’après avoir tué le père. Dans Assassin’s Creed, Altaïr tue son père spirituel, Ezio voit son père mourir et Connor tue son méchant papa, quand le père de Desmond semble avoir beaucoup de problème avec son fils (ils sont brouillés). Kratos et Luke Skywalker tuent, eux aussi, leur père. Solid Snake est une invention de la science.

Alors ne parlons pas de patriarcat, le père n’est jamais a sa place dans les jeux vidéos, quand père il y a. C’est tellement symptomatique que cela écœurerait tout freudien consciencieux !  On peut balayer ce cliché qu’est la tendance patriarcale chez les geeks.

On reconstruit un système post-familial : sur le forum, c’est le modérateur, sorte de tuteur, qui vient contrôler les dires du gamin perdu. Là encore, les pères n’existent pas, on est sur l’Île des Enfant Perdus, en plein Peter Pan : ce n’est pas du machisme adulte, mais du touche-pipi-de-gamin-en-cours-de-récré que les geeks harceleurs semblent développer. Ce sont des adultes qui refusent de grandir, mais subissent malgré tout les pulsions hormonales liées à leur vie sexuelle souvent très limitée. Des adulescents  entre 15 et 50 ans, sans sexualité, pour qui adulte = pornographique (je parle des crétins qui apparaissent dans l’article, pas de tous les geeks, évidemment). Et le porno, on le sait, n’est pas sexuel ; il ne verse que dans l’onanisme, c’est-à-dire le refus du sexe de l’autre. Pensez à Christian Bale en plein ébat dans American Psycho.

Donc pas besoin de verser dans le groupe de pression LGBT, si peu représentatifs et bien trop à la mode. Pas besoin de considérer que, quand en effet la communauté geek traite les femmes comme des « objets sexuels dont on se repaît ou objets de mépris dont on se moque, généralement les deux à la fois » comme l’affirme Mar_Lard, il faille pour autant affirmer que le sexe est un choix fait à la naissance par les parents. Quel est le rapport ?

Le constat le plus amer que l’on puisse faire après avoir parcouru le papier de Mar_Lard, c’est que cette communauté geek que je m’efforce de définir de la façon la plus large possible, est beaucoup plus décevante que ce que l’esprit du temps veut nous dire. Qu’il est malheureusement vrai qu’elle est composée d’une masse incroyables de décérébrés et autre amibes préhistoriques totalement déconnectés de l’humanité. Et que le système démocratique propre au Web et à la sélection scientifique ou technologique ne peut se cacher derrière ceux qui semble être leurs élites, ou autres stéréotypes à la Big Bang Theory.

La grande force ludique et culturelle du monde geek ne doit pas pour autant être remise en cause dans son intégralité. Il est ainsi stupide de vouloir instaurer la parité dans les jeux comme s’efforcent de le faire les parents apprentis sorciers cités par Mar_Lard. La preuve : je suis ravi de pouvoir vaincre avec la courageuse Lara, quelles que soient ses mensurations. Même si son père lui a appris à utiliser un pistolet plutôt qu’une poupée, c’est une femme, pas une cishétéro, translesbien ou tout autre néologisme hideux, sot et dégradant pour tout geek conscient. Une femme.

Bonaventure Caenophile

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