Ci-gît l’insolence

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A l’heure où le mot « courage » signifiait encore quelque chose, Lord Byron partit en Grèce lors de la révolution de 1821 ; il y mourut en 1824.

On trouve, dans les lignes du très mauvais Métro, un article sur le gagnant du festival d’Angoulême, Willem, intitulé : « Willem, le sacre d’un dessinateur engagé ». Le drôle, nous dit l’article, est né aux Pays-Bas, ce qui n’est pas la moindre de ses tares, et « sévit » en France depuis un certain mois de mai 1968. On n’osera nullement faire de rapprochement avec un quelconque évènement national. Il sert dans les rangs de Libé depuis 1986, et a collaboré à Charlie Hebdo et à Hara-Kiri.

Engagé, il l’est, l’oranje. Métro, l’immonde journal, lui délivre son certificat de bonnes mœurs : Willem « fustige notamment (…) les dérives identitaires et l’injustice sociale ». Un type bien, en somme. Je suis allé voir sur l’internet, les « œuvres » qui ont valu à notre homme les honneurs du festival de la bédé. Un de ses derniers dessins met en scène une petite fille qui se fait sermonner par deux hommes, qui l’incitent à être sage, sous peine qu’ils appellent Frigide Barjot « pour [la] protéger ». Ce à quoi la gamine répond : « NON PAPAS ». Willem a toujours eu du mal avec l’orthographe française ; ici, il se permet une petite subtilité en la matière, dont on aura noté l’effet. Les hommes qui pensent sont ainsi de nos jours : la contrainte est morte, la critique est commune, le courant porte allégrement ceux qui gueulent voguer contre.

Autrefois, le pilori attendait Villon pour ses vers engagés et un peu trop acides, mais aujourd’hui, les ardents défenseurs de la libre pensée sont applaudis dans des festivals rembourrés, où l’on rond-de-jambe entre soi, bien au chaud dans les couffins. Il n’y a plus guère pour servir la vitupération insolente que quelques poussifs droitards qui beuglent seuls, le front levé contre le vent de leur campagne, oubliés par les dieux parisiens.

Non, messieurs qui jurez vos grands horlogers penser contre le courant, votre vocation n’est pas la veuve et l’orphelin, vous n’êtes pas prêts à mourir vêtus de haillons dans des caniveaux miteux, pour sauver ce qui reste d’humanité dans l’homme. Vous surveillez, avides, l’audience de vos torchis, vous quêtez la médaille, l’os estampillé « comme il faut », « anti-fachos », le petit médaillon brillant qui vous permettra de vivre, bourgeois que vous êtes, en bêtes petits serviteurs du Rubis-cons.

On le franchit en troupeaux, le fleuve, mais dans le mauvais sens : on s’affirme toujours partant pour la guerre, quand on dorlote l’oreiller de son chez-soi. Chacun le sait, la tisane et les pantoufles font toujours moins de mal à l’âme douillette que l’épée et l’écu. C’est tellement simple et tranquille de crier dans une foule.

Le voilà, le mensonge : Willem se veut chevalier (disons, reître, plutôt), les journaux le disent et l’adoubent, il est très courageux de défendre la justice sociale, et de lutter contre les méchants identitaires, sauf que Willem, tout enfoutré de taffetas, dors paisiblement tous les soirs, endormi par le sable de Libé et les comptines des Inrocks, qui le bénissent dans leur Parthénon, dans son grand lit.

Willem est un pamphlétaire de nos jours, bête et méchant, pauvre dans son originalité, qui n’a même pas le courage d’avoir de l’humour.

Je vous conseille, lecteurs attentifs, de regarder plus avant ce que nous sommes : le douillet que nous quémandons, la tranquillité bourgeoise à laquelle nous aspirons, n’est-elle pas le reflet du refus de la bagarre, de l’ardente flamme de l’insolence? Aspirons à n’être plus bourgeois, pour n’être pas modernes, et laissons ainsi nos pensées chavirer rudement, se remplir d’eau, se redresser enfin, joyeusement portées par les battements féroces des saumons.

R.V. Radeyschandt

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