Blood, Sweat and Sun

ImageDavid Pujadas : « Certains disent que vous devriez être un Churchill pour la France, du sang, de la sueur et des larmes. » François Hollande : « Mais je ne veux pas être un Churchill, je ne veux pas de sang, de sueur, de larmes. Je veux de l’espoir. »

Les politiques – peut-être par réaction anti-sarkozyste – semblent avoir peur d’être autoritaires, ces derniers temps. Hollande à la place de Churchill : « J’ai entendu les revendications des nazis. J’en entends qui disent : l’Angleterre et l’Allemagne sont en conflit. Mais nous ne sommes pas en conflit. Il y a – je le sais, je l’ai dit – des points de divergences entre nos idées. Mais je vous le dis, nous trouverons des accords, nous créerons des commissions de consensus. Je prends l’engagement que d’ici 1945,  nous réduirons de moitié le nombre de bombes larguées par les nazis sur le Royaume-Uni. Mais j’entends les revendications de nos amis allemands. Je les respecte. D’aucuns appellent cela une guerre. Moi je n’aime pas les guerres. »

Il y a une vague générale de timidité face au pouvoir, c’est effrayant. Une journaliste à Anne Hidalgo : « Et pour le logement, vous avez tapé sur la table ? – (Voix lente et gentille) Non, je n’ai pas tapé sur la table. J’ai réuni les intervenants. » Hollande à la fin de son interview, mi-blagueur mi-sincère : « J’espère que je n’ai pas été trop long. »

Le contexte mondialisé et européen, pourtant, demande aux dirigeants de plus en plus de force de persuasion. Dans le cadre national, il est vrai, les institutions de la Ve République procurent elles-mêmes aux élus le pouvoir légitime nécessaire. Mais pour mettre une grande politique en place – prenons pour réguler le marché financier – il faut souvent dépasser le simple cadre national, obtenir l’accord des membres du G20 ou de la Commission européenne, par exemple, et vaincre les résistances individuelles ;  il faut persuader des interlocuteurs inflexibles, décupler l’influence réelle de la France. Paradoxalement, il semble que certains cherchent à conquérir le pouvoir par la douceur, la gentillesse et le consensus (annihilant ainsi ce qui relève du politique, qui consiste à défendre une position non consensuelle), alors que le monde demande de plus en plus de pouvoir effectif. Puis les mêmes se plaindront de la montée des extrêmes et leur opposeront… la modération.

Gédéon Triolet

La croix renversée

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Apparition de saint Pierre à saint Pierre de Nolasque, par Zurbaran, 1629.

« Saint Pierre, le premier pape, est debout sur le Vatican,

Et de ses mains enchaînées il bénit Rome et monde dans le soleil couchant.

Puis on l’a crucifié la tête en bas, vers le ciel sont exaltés les pieds apostoliques.

Christ est la tête, mais Pierre est la base et le mouvement de la religion catholique.

Jésus a planté la croix en terre, mais Pierre l’enracine dans le ciel.

Il est solidement attaché au travers des vérités éternelles.

Jésus pend de tout son poids vers la terre ainsi qu’un fruit sur sa tige,

Mais Pierre est crucifié comme une ancre au plus bas dans l’abîme et le vertige.

Il regarde à rebours ce ciel dont il a les clefs, le royaume qui repose sur Céphas[1].

Il voit Dieu et le sang de ses pieds lui tombe goutte à goutte sur la face. »

Corona Benignitatis Anni Dei, Paul Claudel, 1915.

L’avènement de François doit être l’occasion de la (re)découverte du rôle concret du successeur de saint Pierre. Les Français ne connaissent bien souvent que les papes récents et leurs prédécesseurs sulfureux ; pour comprendre cela, on remerciera d’abord M. Costa-Gavras, communiste grec, anticlérical convaincu et président de la Cinémathèque Française qui avait eu le très bon goût de souiller la mémoire du courageux Pie XII d’un tissu de mensonges nommé Amen, et l’homo-festivus de Canal + qui nous a livré une famille Borgia ridicule et fin prête pour le carnaval. Les historiens travaillent trop souvent dans l’ombre, semble-t-il. Profitons de la lumière médiatique que nous offre cette élection. Lire la suite

La flamme de la communion populaire

La "Manif pour tous", le soir du 24 mars (crédit : Pierre Verdy/AFP)

La « Manif pour tous », le soir du 24 mars (crédit : Pierre Verdy/AFP)

Nous avons repris le feu de la vie sociale à la société du spectacle et des médias, nous avons repris la flamme de l’action populaire qu’on avait oubliée dans les musées et sous l’Arc de triomphe. Et nous avons goûté au chaleureux plaisir de nous retrouver sur notre agora, paisibles et bon enfant. La vie normale en fin de compte. Désormais peu m’importe les bavardages de ceux qui n’y étaient pas et qui sentent que quelque chose leur a échappé, et qui voudraient tout réduire à une opinion biaisée, partielle, outrageante ou simplement médiocre. Les journalistes nous soutiennent ? Tant mieux. Ne nous soutiennent pas ? Tant pis, que m’importe ? L’heure est à la réflexion et l’action, pas au bavardage. Ce dont les gens n’ont pas l’air d’avoir pris conscience, c’est que nous sommes sortis du monde infantile et débilitant des mots, du virtuel individualiste et des fantasmes. Nous sommes 1,4 million de citoyens libres, responsables et déterminés. Nous rallierons les millions d’opposants restés sur le banc de touche. Quant aux hommes politiques opportunistes qui ne croient en rien parce qu’ils n’ont ni école de pensée, ni culture, ni conviction, qu’ils se contentent de courir après leurs électeurs. Ne laissons personne penser à notre place ce que nous voulons et ce que nous avons vécu autour de nous. Partageons, échangeons et agissons.

C’est le premier réveil de la société civile, et cette société civile doit continuer dans sa lancée, ne pas se laisser endormir par les journaux et la langue de bois. Le mouvement doit s’organiser, rester fidèle à son essence, malgré les heurts et les lacrymo : notre devise  est concorde, bon esprit et force tranquille. Nous radicaliser ferait de nous des enfants qui se battent avec le chien au lieu d’apprendre à tenir la laisse. La police a joué son rôle et nous avons gagné une première bataille médiatique. Maintenant, tout attendre du collectif ferait de nous des enfants naïfs qui se laissent tenir par la main. Nous devons agir en coordination, non en subordination.

Agir en citoyens libres, responsables et intelligents consiste à s’organiser en société civile, réorganiser le champ politique et innover dans les modes opératoires. Fonder des groupes d’actions selon des modes pacifistes, humoristiques mais percutants. Il faut continuer notre lancée: nous réunir et débattre, continuer à diffuser un débat qui semble acquis mais qui n’a lieu nulle part, l’élargir à une réflexion politique plus vaste et plus ambitieuse. Dénoncer l’imposture démocratique, réveiller les ardeurs politiques de chacun, relancer la passion française pour sa propre histoire. Cesser de croire dans la division de la nation qui fait le jeu des incompétents.

Ne rien lâcher, mais ne pas oublier qui nous sommes : un mouvement de fond divers mais uni, déterminé mais juste. Ni la CGT, ni l’AF, ni le GUD, ni l’UNEF. Nous sommes la France libre, éveillée et sereine. Nous avons la force des justes. Notre nombre n’est pas une masse, nos groupes ne seront pas des sections indisciplinées et stupides.

Nous ne voulons pas la révolution ni le retour de Sarkozy (à l’occasion autant trouver mieux). Nous voulons la concorde autour de la vérité politique, l’union nationale et l’intelligence individuelle et collective. Vive la France libre !

Alexandre Pâris

Spring Breakers : franchir les portes de l’empyrée ?

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Qu’on se le dise, quand on décide d’aller voir Spring Breakers on se sent tout émoustillé, un peu comme lorsque l’on décide de voler un bonbon à 2 centimes chez le boulanger. Et oui, il suffit d’avoir vu la bande annonce et surtout les posters qui tapissaient le métro parisien pour supposer que l’on va passer 90 minutes de bonheur et voir se trémousser les jolis petits postérieurs de Selena Gomez, Vanessa Hudgens et Ashley Benson. C’est suffisant. Mais pourtant, en cinéphile averti, on jette un rapide coup d’œil aux critiques et on manque de s’étouffer quand on se rend compte que Le Monde, Les Cahiers du cinéma (ceux qui mettent 1/5 à Argo et qui ne sont jamais contents) tout comme d’autres ont mis 5/5.

Les cinq premières minutes ne sont pas décevantes car le film s’ouvre par une scène filmée au ralenti dans laquelle on aperçoit à loisir la vulgarité, la folie, l’alcool et de plantureux attributs féminins. Evidemment, on est content, on était quand même venus pour ça merde ! Les magnifiques ralentis sur de jeunes éphèbes versant des cannettes d’alcool qu’ils tiennent au niveau de leur bas-ventre dans la gorge déployée de jeunes nymphes assises sur la plage nous laissent pantois, la bouche, la nôtre, salivant et grande ouverte.

Pourtant, au fur et à mesure que le film avance, un malaise, un mal-être se fait sentir. En effet, de même que le procédé de Verfremdung, distanciation, chez Brecht, l’empyrée[1] présenté, le comportement déluré et sans limites de nos jeunes adolescentes en chaleur ne nous permet d’éprouver pour elle, à aucun moment ni émotion, ni empathie. Dès lors, il n’est jamais possible pour le spectateur d’entrer pleinement dans l’univers décrit par le film, il se sent témoin impuissant d’un spectacle déversant sur nous un flot de grivoiseries et de violence tant physique que morale. D’où ce sentiment de malaise permanent qui s’imprègne peu à peu dans l’esprit du spectateur pour aller jusqu’à devenir insoutenable au bout d’une heure. Harmony Korine arrive à nous surprendre de belle manière. Quant à savoir de quelle façon, il est difficile d’en juger.

Le scénario du film, qu’on ne dévoilera pas, tient en deux lignes et les dialogues sont peu nombreux, voire inexistants face au déchainement furieux des plans violents et brutaux. Pourtant, cela ne choque pas, au contraire, cela participe de l’ambiance du film et la renforce. Or, ici, c’est justement l’ambiance, malsaine, pernicieuse et perverse qui crée le film et contamine le spectateur jusqu’à ce qu’il ne puisse plus supporter la vue de ce « rococo bling-bling ». Nos « héroïnes » rencontrent un gangster en la personne de James Franco, dont les dents sont plaquées or. Ce sourire devient abominable, synonyme de l’inadéquation des personnes avec le monde réel.

Se sentir vivre, voilà une expression intéressante et à laquelle nos quatre jouvencelles délurées sont particulièrement attachées. On pourrait légitimement penser que le film contenant 80 minutes (sur 90) de trémoussage d’arrière-trains et de mamelles serait une apologie du plaisir, il n’en est rien. On a ici non pas à faire au plaisir mais à l’excitation constante. Pour les héroïnes, cette recherche de l’excitation est une spirale négative sans fin ni limites de laquelle on pourrait rapprocher le divertissement pascalien. Mais point trop de philosophie, Pascal ça ne va pas vraiment avec nos pucelles dénudées, qui passent leur temps à se droguer, donnant l’occasion à Korine de nous déstabiliser par moult ralentis et répétition, toujours dans l’idée de nous éloigner du sujet. Cela participe de l’esthétique du film qui est véritablement à part. On se croirait presque dans un film de Wong Kar Wai dont le but originel aurait été dévoyé. Tout devient lourd et pesant, poussant le mimétisme jusqu’à l’écœurement.

L’ambiance du film est également créée par le grain de couleur de ces images ultra-colorées, luminescentes et par là extrêmement agressives à l’œil.  Les textes eux, oscillent entre le mensonge et la bêtise. Si l’on y adjoint le bruit froid et métallique de déchargement d’un revolver à chaque ellipse, qui devient rapidement insoutenable au bout de la quinzième fois, on se trouve à des années lumières d’High School Musical. A ce moment, le sentiment malsain qui anime les personnages et la perversité a presque atteint son acmé. L’ictus n’est pas loin pour le spectateur.

La dernière scène est parfaitement symptomatique de l’ambiance du film. Celle-ci est volontairement outrancière, il s’agit d’une fusillade, mais se termine par la vue des postérieurs, charmant d’ailleurs, de Vanessa Hudgens et Ashley Benson. Or, cette scène finale est une overdose pour le spectateur. Harmony Korine parodie, de manière ultraviolente, les films niais dont le seul attrait réside dans les filles à moitié ou complètement dénudées. Et ça marche, il arrive un moment au bout duquel il devient impossible pour le spectateur d’assumer pleinement de regarder cet érotisme. Il faut noter que dans la scène finale nos héroïnes sont en bikini jaune, avec tout de même le visage masqué par une cagoule rose, faut pas déconner, on pourrait les reconnaître sinon ! On ne se préoccupe plus que du corps, c’est-à-dire de l’apparence d’autrui et cette tendance, qui est certes inhérente à l’homme, s’est cependant développée de manière exacerbée à notre époque où l’on constate une tendance outrancière à juger rapidement les personnes d’après leurs attributs extérieurs.

Finalement, ce film est-il un constat ? Est-il une parodie ? Est-il moral ? Difficile de juger. En tout cas, c’est un film à voir car il ne peut que surprendre et déjoue beaucoup de clichés, dont on pensait le film empreint, en les parodiant d’une manière certes discutable. Une chose est sûre, on se situe à l’heure de l’apparence, où il s’agit de montrer, montrer, toujours montrer, tout montrer, trop montrer… Et si on parlait plutôt ?

Baruch


[1]Dans l’Antiquité, la plus élevée des sphères célestes, figurativement, le lieu des délices par excellence.

La France Orange mécanique ? (II)

rhinoceros

Première partie ici.

Laurent Obertone penche pour la prison. Dans son étude-essai-document-couleur-saumon, il dresse un portrait assez effrayant de nos contemporains. Il évoque, à juste titre, l’« ensauvagement d’une nation. » Des faits divers aussi affreux qu’effrayants se succèdent en litanie, et n’ont rien à envier à Orange mécanique. D’ailleurs les films grand public actuels ont bien compris la vraie leçon du film : il faut du sexe, de la drogue et de la violence pour avoir de l’audience. Après ça, si ça donne des mauvaises idées aux jeunes, c’est la faute à la société. On apprend que des adolescentes   torturent des handicapés pour leur extorquer des fonds, que des adolescents de treize ans violent régulièrement des gamines de  4/6/10 ans, et en torturent d’autres aussi, pour le plaisir, parce qu’elles parlent avec leur cul, expliquent les avocats. Que l’imagination des Gitanes n’a pas de borne : donnez-leur un bébé et avec une montée de lait maternel elles vous repousseront un assaut de police. Et pas de la façon la plus intuitive. Etudes à l’appui, Obertone démontre qu’il y a une corrélation entre délinquance et immigration, non pas à cause de l’écart des richesses (thèse sociologique qui mange pas de pain : nais pauvre, alors tu voleras ; les gens qui reçoivent une éducation civilisée par leurs parents détrompent en général ce genre d’équation en travaillant) mais parce que l’hétérogénéité sociale entraîne un repli communautaire et une désolidarisation nationale. Qui se ressemble s’assemble, par solidarité familiale, culturelle ou religieuse. Et la nation devient  agrégat de communautés. L’équation racisme + discrimination + exclusion = délinquance est aussi invalidée.

Premièrement parce que les gens ne sont pas des produits arithmétiques, mais des sujets doués de libre arbitre qui évoluent dans un environnement culturel qui les façonne autant qu’ils le façonnent. Deuxièmement parce qu’éduquer ses enfants en leur disant « vole ton prochain parce que tu vis dans un HLM » n’est pas une éducation valable digne de la cellule fondatrice de la  société. Troisièmement parce que les gens peuvent déménager. Quatrièmement parce que les dégradations des quartiers défavorisés (qui bénéficient quand même de plusieurs milliards depuis des décennies) sont le fait d’une partie des résidents eux-mêmes. Curieusement l’équation « frappe les Blancs parce que c’est des vicos » n’a pas trouvé de contradiction très probante chez Obertone. Il oppose en effet les Rhinocéros, féroces et molosses, aux girafes et aux gnous (j’imagine qu’Obertone inclut, grand prince, son lecteur et lui-même dans cette dernière catégorie). Dès lors on ne voit pas bien pourquoi, au nom du darwinisme qu’il défend avec tant de conviction, la force ne pourrait pas taquiner un peu de temps en temps l’intelligence, car qui peut pénétrer les desseins capricieux de la sainte et muette Biologie ?

Mais ce ne serait pas rendre justice à Obertone que de s’attarder à ces considérations morales. Par exemple son étude de la Mass Média est épatante (elle mériterait un papier à part entière). On peut résumer son étude en trois points :

– Il y a une délinquance exponentielle depuis 40 ans en France, qui est le fait d’une minorité des immigrés et des autochtones. 10% des délinquants sont responsables de 80% des 9 millions de délits annuels, (dont 75 000 viols, et plusieurs millions de cambriolages et de vols à main armée). Certains rhinocéros sont très racistes à l’égard des gnous, et inversement. Il y a proportionnellement plus de probabilité pour un individu dit « blanc » de subir un délit que de le commettre. 400 000 personnes en France vivent de rapines, de deal, de tournantes et de castagnes, de cambriolages en série et de fraudes. Ils jouissent d’une relative impunité et de l’anonymat des idéologies qui se noient dans des dénominations imprécatoires tels que « c’est les déshérités, les étrangers, les amalgames, les gris, les timbrés, les racailles, les Auvergnats, les P4, les Roms,  les Tchétchènes ». Ainsi, 400 000 bandits se cachent derrière le racisme et l’antiracisme. Innommables, insaisissables,  ils sont les émules de Mesrine, ils ne craignent ni la police ni la gérontophilie. Les gnous admirent leurs exploits au cinéma, et se plaignent de leur mesquinerie au commissariat local.

– Les jeunes sont tous timbrés, ils consomment leur existence à boire, s’abrutir devant le foot et les pornos et à fumer des joints. Les Blancs se battent rarement en bande, les gris sont de plus fins stratèges et chassent le gnou à plusieurs. 1 femme sur 6 se fera violer dans son existence.

– Le « président des bisous » Hollande et la Garde des Sceaux n’engagent pas les bonnes réformes. Il y a 70 000 mille places en prisons, et la France est régulièrement attaquée par les CJUE pour leur état déplorable. Obertone pose qu’il  en faudrait 300 000 de plus. Le gouvernement n’est pas de cet avis, et juge la prison inutile et inefficace. Il lui préfère les TIG, le rappel à la loi et le sursis (c’est à dire les avertissements de discipline). Ainsi, écoutez donc, tas de gnous et de gnoutes concupiscents, vous pouvez vous masturber devant des fillettes ou des fillons, vous aurez trois ans de prison avec sursis, si l’expert médical peut prouver que votre célibat est difficile. Vous êtes sans-papier ? 97 interpellations, une voiture volée et une aile de poulet brisée vous vaudront 45 jours d’ITT. Vous avez 14 ans et en avez assez de rester dans le vague et le théorique ? Le viol d’une jouvencelle ou d’un jouvenceau de six ans vous vaudra seulement trois jours de formation psychologique et 200 euros de dommages et intérêts en prime, si le papa vous a donné une claque. Alors, contents ?

La conclusion de l’essai ? Un jour les Gnous sauteront sur les Rhinocéros et puis plouf, plus de délinquance. Pas très convaincant. Car, pour qui a vu Ace Ventura, on sait très bien que la solution sort toujours du trou du cul d’un Rhinocéros et pas de la bouche d’un gnou. Et pour qui a suffisamment regardé Arte, les gnous se défendent rarement, et subissent toujours, c’est leur façon d’être au monde. Esclaves de leurs sensations, ils ne connaissent pas le courage, qui consiste justement à en être le maître, et ne sont bons qu’à voter FN ou Front de Gauche, comme en 1940 les parlementaires appelaient Pétain – un octogénaire décati et arriéré – pour nous débarrasser des nazis.

Ce sont les lions qui gouvernent dans la savane, et qui règlent les problèmes avec majesté, justice et intelligence, pas les gnous à calvitie, ni les gnous à plume, ni même les gnous enragés, ni les petits gnous à karchers, ni les gnous à natte, ni les gnous au crâne rasé. Quand on cessera de faire l’apologie des vices et de la malhonnêteté, peut-être pourra-t-on châtier les Vilains. Mais comme le lion est mort pour cette génération perdue, on sait très bien ce qui va arriver : on va se mater un bon foot, s’allumer un bon joint et se boire une bonne bière, et puis après on ira pécho de la meuf en boîte, loin de ces considérations gastriques et de ce néofascisme statisticien.

Alexandre Pâris

Folle Claudel

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Juliette Binoche est Camille Claudel

       Ma rencontre avec Camille Claudel 1915 de Bruno Dumont fut « une brouille qui n’a pas eu lieu », pour reprendre le bon mot de Sartre à propos de son amitié avec Merleau-Ponty. Trois raisons principalement conditionnaient mes craintes. Tout d’abord, il s’agissait d’un énième film sur la folie, thème de prédilection des cinéastes depuis que nos bambins peuvent, le berceau à peine délaissé, rejoindre le divan en babillant ; ce sujet peut être traité avec génie, je pense en particulier à Ludwig ou Le Crépuscule des Dieux de Visconti mais aussi à Un homme d’exception ou Shining. Cependant, plus récemment,  la performance surréaliste de Keira Knightley dans A Dangerous Method et le très sombre et ennuyeux Augustine de Alice Winocour étaient tombés dans le piège d’un réalisme clinique du pathologique. De plus, je m’attendais à un film désespérant sur Camille en génie prostré. Certes, la lenteur du film et l’importance donnée à l’anecdotique en dérouteront plus d’un ; mais le fait est qu’il ne concentre pas son récit sur la condition d’artiste de Camille, qu’il dépasse l’idéal romantique de l’exceptionnalité individuelle du créateur pour laisser pénétrer l’idéal judéo-chrétien  du mystère de la personnalité. Enfin, Nuytten avait déjà filmé Adjani dans Camille Claudel avec un talent certain. Pourquoi filmer à nouveau l’amante de Rodin, si ce n’est pour repêcher l’une des rares grandes artistes féminines en France ? Bref, tout cela sentait bon un film fantasmant une égérie féminine luttant contre tous les éléments. Mais comme je le disais, ma rencontre avec cette nouvelle Camille Claudel fut bouleversée, car l’odeur que je flairais en elle était fort trompeuse. Je sentais du souffre mais c’était de l’encens.

Saluons trois performances. Tout d’abord, celle de Juliette Binoche, alias Camille Claudel, qui incarne tout en maitrise et diversité de jeu la cohérence paradoxale de sa folie. Ensuite celle de Jean-Luc Vincent en Paul Claudel, qui garde en lui cette flamme froide qui jamais ne vacille, cette voix qui éclaire, ce regard clair qui filtre la lumière pour y voir le divin. Cette interprétation est touchante et profonde, et j’affirme cela en lecteur assidu du poète des Cinq Grandes Odes. Enfin, et c’est le plus marquant des constats, il faut féliciter Bruno Dumont pour ce petit bijou. Comme je le disais, là où le monde moderne tend à exprimer ses pathologies avec une froide platitude, à l’instar de Christine Angot décrivant son viol, Dumont met en scène la personne en la laissant faire front, et donc s’exposer à autrui.

La maitrise exemplaire du champ-contrechamp permet aux figures  des personnages d’exprimer une angoisse toute lévinassienne[1] : en retardant l’alternance des plans, les traits du locuteur retranscrivent en miroir la face du destinataire, cet autre qui oblige. Ainsi on perçoit l’effet du regard d’une malade sur Camille, tout d’abord attendrissant, puis dévastateur, la poussant à l’éloigner pour ne pas avoir à la regarder : l’enfer n’est pas les autres, mais bien ce moi qui voit les autres me regarder. On comprend l’apaisement qui touche la très tourmentée Camille quand le visage lisse, bête et neutre d’une jeune sœur s’adresse à elle : rien ne l’oblige, car ce visage ne demande rien, il est apaisé. Idem avec l’ « idiote du village » et en quelque sorte avec le médecin qui applique une méthode psychanalytique scientifiquement très désintéressée. Mais le poids de la dette envers autrui revient bien vite : en cela, la folie de Camille, sa paranoïa, est l’expression de l’hypersensibilité de ce sentiment de redevance, de ce mal existentialiste, malédiction de l’individualiste. A la folie de Camille s’oppose la supériorité personnelle de Paul : son regard est tourné vers la lumière, que ce soit dans la méditation (scène sublime de prière au bord de la route), dans l’écriture combative qui convulse son corps dans une lutte avec lui-même, ou dans la discussion : ses yeux regardent avec sécurité le soleil, car il sait que Dieu l’oblige autant que son prochain. Lui a eu la révélation du deuxième pilier. Elle n’a que sa désarmante anxiété, et nous regarde à la fin avec ce petit sourire en coin, comme pour affirmer que si elle n’est pas Paul Claudel, la folle Claudel garde quand même, dans son immense détresse, toute son humanité.


[1] Je fais ici référence à la théorie du visage d’Emmanuel Lévinas dans Totalité et infini, 1961. Le visage est un « trou dans l’être » (l’expression est de Sartre) par lequel je suis mis en question, dérangé.

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Jean-Luc Vincent est Paul Claudel..

Bonaventure Caenophile

2012 : l’année dépressive du cinéma en quelques chiffres et critiques

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Au vu des chiffres, l’année 2012* s’est révélée un peu moins réussie que l’année précédente, mais cette dernière était exceptionnelle, notamment par la qualité d’un grand nombre d’œuvres qui ont réussi à trouver un public populaire (The Artist, Polisse, Le Discours d’un roi, Drive ou encore The Tree of life et Habemus papam), ainsi qu’à l’engouement pour le mauvais Rien à déclarer en début d’année et pour l’agréable mais surestimé Intouchables en fin d’année.

En 2011, le cumul d’entrées des films millionnaires était d’environ 140 millions d’entrées, il est en 2012 de 120 millions. Encore plus que l’année précédente, le marché français est écrasé par les productions anglophone (90% USA) qui représente 65% des films millionnaires , mondialisation oblige et tous les autres sont en français, une dualité somme toute dommageable à l’heure justement de la mondialisation. Une américanisation d’autant plus importante lorsqu’on remarque que la quasi totalité des succès français a des airs hollywoodiens pour un budget moyen de 20 millions d’euros, symbole que le public populaire est toujours au rendez-vous en salle (ce qui est une bonne nouvelle) mais qu’il est aussi moins curieux que les années précédentes… La faute aux inégalités de promotions ?

L’année n’a pourtant pas été si vide qualitativement bien qu’elle n’a été ponctuée d’aucun grand choc cinématographique comme le furent en 2011 Mélancholia, Incendies et The Tree of life. Cette année s’est en effet révélée moins ambitieuse tant dans le fond que dans la forme (exception faite d’Holy Motors, seul film profondément audacieux). En ce qui concerne le fond, on a pu observer un retranchement sur l’humain, sa psychologie dans des contextes de crise personnelle (Oslo, 31 août, Amour, De rouille et d’os, Después de Lucia, A perdre la raison) , morale (Elena, Jagten, Au-delà des collines), et politique (Miss Bala, Le Policier, Barbara), en écho à la crise financière (Cosmopolis, Margin call) qui touche le monde depuis 2008. On a donc un retour cette année à la réalité (dans un mouvement inverse au film Reality justement) après l’ivresse qui a pu être au rendez-vous l’année dernière. La plupart des grands films de cette année sont donc des films dépressifs. Mais n’entendez pas par « dépressif » un sentiment apathique, c’est d’un transport violent que sont agités les personnages qui se battent, qui tuent ou se suicident. Ainsi, le corps est mis à rude épreuve, qu’il soit amputé (De rouille et d’os), déformé par la vieillesse (Amour), martyrisé (Después de Lucia) ou déshumanisé (Miss Bala) : on souffre, et ce qui se fait à l’intérieur se voit à l’extérieur.

De cette atmosphère pesante surgissent quand même quelques bons films légers comme La Part des anges de Ken Loach (qui nous sert cette fois une comédie lorsque tout le monde sombre dans le drame, malin). Ou encore Les Bêtes du sud sauvage et Moonrise kingdom : deux films qui utilisent pour cela des personnages principaux d’enfants (mais sans niaiserie aucune) dans des registres qui se frottent à l’imaginaire propre à ces personnages et qui sont servis par des musiques de fugue et d’espérance. Deux films de transition.

De transition (ahah) il sera également question avec le seul blockbuster qui mérite une place dans le (enfin, mon) top de cette année 2012 : Skyfall. Réalisé par Sam Mendès, ce nouveau James Bond parvient à donner un nouveau souffle à la série qui n’avait pas encore rendu crédible Daniel Craig dans ce rôle. C’est chose faite et dans un même élan, le réalisateur renouvelle le casting. Visuellement et scénaristiquement réussi. A noter également, le premier épisode de Le Hobbit dans la lignée du Seigneur des anneaux (dans un style plus proche du texte de Tolkien) d’une qualité graphique impressionnante et dont la critique est ici.

Voici donc selon moi, le classement des meilleurs films (que j’ai pu voir) de l’année 2012

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  1. Holy Motors – Léos Carax (FRA)

Après une longue absence, Léos Carax signe un film polymorphe, surprenant d’un bout à l’autre et visuellement saisissant. On pourrait parfois penser que le film est plus une succession de courts-métrages qu’autre chose (la réutilisation du personnage de Mr Merde par exemple) mais la trame parvient à donner au tout une unicité crédible et amusante. La réussite de ce film tient grandement au jeu d’acteur de Denis Lavant qui prend possession de 11 personnages différents et prouve qu’il est certainement le plus grand acteur français actuel (ce que beaucoup savaient déjà). Un film rare car résultant d’un pari cinématographique. Pari réussi.

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  1. Oslo, 31 août – Joachim Trier (NOR)

Le film adapté du Feu follet de Pierre Drieu la Rochelle aurait pu souffrir de la comparaison avec la précédente adaptation, celle de Louis Malle. Il n’en est rien, Joachim Trier en transposant l’histoire à Oslo, en remplaçant l’alcoolisme par la toxicomanie et en usant de procédés filmiques d’une grande finesse (la scène du café notamment) parvient à faire oublier qu’il s’agit là d’une même histoire, prouvant que le thème est intemporel. Comme Léos Carax qui ne tourne qu’avec Denis Lavant, Joachim Trier ne prend qu’ Anders Danielsen Lie comme acteur principal, procédé qui se révèle pour les deux cinéastes extrêmement fructueux.

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  1. Moonrise Kingdom – Wes Anderson (USA)

Présenté en ouverture du festival de Cannes, ce film de Wes Anderson était « le film dont on sort joyeux » de l’année. Dans le style et les couleurs qui lui sont propres, il réalise un film d’enfants (mais pour adultes ?) sur le thème de la fugue (et ce n’est pas la bande originale qui me contredira). Comme dans ses précédents films, son monde est drôle et inventif (son style ne se renouvelle pas mais se décline sans jamais lasser ceux qui en sont avertis) et s’affine émotionnellement. Ceci est donc le film le plus abouti – jusqu’au générique ! – d’un réalisateur dont le talent n’est plus à prouver.

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  1. Después de Lucia – Michel Franco (MEX)

Second film de Michel Franco, Después de Lucia raconte l’histoire d’une fille qui, après la mort de sa mère (Lucia donc), devient le bizut de son école. Ici on n’a plus affaire à des enfants mais à des adolescents et d’innocence il n’est plus question tant cette génération nous est montrée empreinte de violence et d’immoralité. Et tout ceci va sombrer dans un drame dont l’intensité est constamment croissante, la figure de la mère-confidente et de la femme-conseillère ayant disparu. On souffre et on est mal à l’aise tout du long sans que le film n’emprunte les ressorts faciles du genre.

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  1. Amour – Michael Haneke (AUT)

Ceux qui connaissent la filmographie de Michael Haneke étaient avertis que derrière ce titre à l’eau de rose se cachait certainement un film à l’eau de poison. Et ils n’ont pas été déçus. Servis par des acteurs exceptionnels (comme il l’a déjà été maintes fois précisé) et une utilisation de la musique classique toujours aussi juste, Haneke fait subir à l’amour en question le naufrage de la vieillesse avec le sadisme qu’on lui connait. Mais en occurrence, d’amour il est vraiment question et le réalisateur autrichien signe à la fois son film le plus dur et le plus tendre.

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  1. Les Bêtes du sud sauvage – Benh Zeitlin (USA)

Le premier film de Benh Zeithlin est un poème onirique où tout se mélange et se confond (les êtres/les éléments, la douceur/la violence, l’amour/la mort, le fantastique/la réalité crue) dans une atmosphère pré-apocalyptique. Pour nous conduire à travers ce monde, nous et l’enfant de 6ans qui est l’héroïne, une très belle musique d’aventure et une douce voix off par lesquelles on se laisse emporter sans résister. Un beau voyage.

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  1. De rouille et d’os – Jacques Audiard (FRA)

J’étais d’abord sorti de ce film un peu déçu après le choc qu’était Un Prophète. Et puis le film a continué à me hanter, à mûrir et je l’ai finalement trouvé très bon. Car c’est un film d’émotions avec deux personnages qui ont justement du mal à les exprimer (à ce sujet, Matthias Schoenaerts est excellent et Marion Cotillard joue, cette fois, vraiment bien!), « Une histoire d’amour du temps de crise » comme le dit lui-même Jacques Audiard. A noter que l’amputation, en lieu de monstruosité devient esthétique et érotique dans un film qui en se montrant souvent rude atteint en réalité la délicatesse.

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  1. Miss Bala – Gerardo Naranjo (MEX)

En espérant réaliser son rêve de devenir Miss, Laura sombre dans le cauchemar du trafic de stupéfiants mexicains. Tourné avec de nombreux plans-séquences, le film d’un réalisme frappant use des ressorts du documentaire pour mieux dénoncer la violence du milieu en question. Ainsi le corps tout en beauté de Laura devient mule dans ce thriller politique convaincant autant dans sa technique que dans son interprétation.

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  1. Le Policier – Nadav Lapid (ISR)

Autre thriller politique, autre pays : Israël. Loin du classique conflit israélo-palestinien, Nadav Lapid s’attache aux divisions internes du pays, et notamment au fossé entre riches et pauvres (« le plus étendu des pays occidentaux ») en opposant une brigade antiterroriste et des jeunes révolutionnaires. Dans son montage comme dans ses dialogues, le film de Nadav Lapid apparaît comme un réquisitoire contre les inégalités en Israël et parvient sans mal à nous y rendre sensible, déclinant avec finesse la thématique de l’identité de l’ennemi.

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  1. Skyfall – Sam Mendès (GBR)

Après le mauvais Quantum of Solace, la marque James Bond nous livre ici un film dont l’intérêt dépasse son simple générique et sa musique tant primée. En effet, Sam Mendès parvient à travers nombre de références aux anciens épisodes à opérer la filiation en crédibilisant Daniel Craig dans le rôle tout en projetant la série dans une nouvelle dynamique. Un épisode qui fait remarquablement bien la transition, grâce à l’audace de ces scènes d’action, dont la beauté de certaines est non-négligeable, et un scénario qui rendent l’ensemble palpitant. Mission accomplie.

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  1. Reality – Matteo Garrone (ITA)

En présentant le film comme une comédie, les producteurs avaient lancé un bien mauvais sort à ce dernier, envoyant dans les salles obscures le mauvais public. Si d’humour il est question, c’est d’un humour grinçant, déchirant même, propre aux films essentiellement dramatiques. Le film montre la progressive perte de réalité d’un poissonnier qui est certain d’être sélectionne pour un programme de télé-réalité. Efficace dans son montage, propre dans ses plans et remarquable dans son interprétation, Reality confirme le talent de Matteo Garrone en tant que réalisateur de chroniques sociales.

Autres films marquants (par ordre alphabétique) :

  • Les Adieux à la reine
  • A perdre la raison
  • Argo
  • Au-delà des collines
  • Babycall
  • Barbara
  • César doit mourir
  • Elena
  • Le Grand soir
  • Le Hobbit : un voyage inattendu
  • Laurence anyways
  • La Part des anges
  • Perfect sense
  • Tabou
  • Take shelter

Quelques notes sur ce classement :

Tout d’abord, notons le nombre de films présentés à Cannes : 7 ont été présentés à l’édition 2012 (En compétition : Holy Motors, Moonrise kingdom, Amour (Palme d’or), De rouille et d’os, Reality (Grand prix) ; Un certain regard : Después de Lucia (Prix un certain regard), Les Bêtes du sud sauvage (Caméra d’or) et 2 à l’édition 2011 (Un certain regard : Oslo, 31 août, Miss Bala), c’est-à-dire 9 sur 11. Est-ce à considérer que tous les grands réalisateurs ou grands films sont présentés à ce festival ? Ou bien que les films qui y sont présentés jouissent ensuite d’une meilleure promotion et d’une meilleure distribution ? Ou bien encore que le critique que je suis est peut-être trop influencé par ce festival ? Je vous laisse libre de répondre vous-mêmes à ces questions.

Du point de vue géographique, notons que les films proviennent soient d’Europe, soit d’Amérique (centrale ou du nord) et un film pour le Proche-Orient (Israël). Notons l’émergence du Mexique dont la violence des films et la technicité des plans annoncent le meilleur pour les années à venir. On regrettera l’absence de films asiatiques mais je n’ai malheureusement pas encore vu Gangs of Wasseypur (dont j’ai pourtant entendu d’excellents échos) et la plupart des bons réalisateurs nord asiatiques verront leurs films sortir en France en 2013. Bien qu’ayant trouvé sympathique le film de Hong Sang-Soo (In another country), il n’avait pas la place dans cette liste.

Notons enfin la présence de deux premiers longs-métrages (Les Bêtes du sud sauvage, Le Policier) et deux seconds (Oslo, 31 août , Después de Lucia) qui laissent présager de beaux jours pour le cinéma international.

En continuant à nous projeter dans l’avenir, jetons un œil sur ce que nous propose 2013. Puisque je viens d’en parler, regardons du côté nord-asiatique avec une programmation particulièrement alléchante : Kim Ki-Duk, Wong Kar Wai, Park Chan-Wook, Kiyoshi Kurosawa, Johnnie To et Bong Joon-Ho – pour ne citer qu’eux – reviendront dans les salles françaises pour le plus grand plaisir des amateurs de thrillers esthétiques aux scénarios hyper-violents. Des scénarios que continuent à envier les Américains qui s’attaqueront cette année à Old Boy, mais c’est Spike Lee qui s’y colle donc une bonne surprise est possible.

Restons du côté américain avec le retour des ténors populaires : Quentin Tarantino au far west, Martin Scorsese à Wall Street, Brian de Palma dans un monde publicitaire sulfureux, Steven Soderbergh (même s’il ne s’absente jamais très longtemps) à la pharmacie, les frères Coen dans le New York des années 1960, Richard Linklater dans la suite de sa fresque amoureuse et le couple Miller/Rodriguez de retour à Sin City. Non américains mais pas loin, on appréciera le second épisode du Hobbit de Peter Jackson alors qu’Alfonso Cuaron a quitté la terre et que Guillermo Del Toro s’affaire à la détruire. Voilà pour les blockbusters.

Dans un style plus « cinéphile », on attendra le retour du primé Terence Malick, de Gus Van Sant , de Jim Jarmush, de Sofia Coppolaet de Mike Nichols pour le sol américain. Woody Allen sera encore là. On pourra également retrouver Ron Fricke dans un documentaire de la même veine que l’excellent Baraka.

En Europe, on s’impatientera de voir sur les écrans les nouveaux films d’un Nicolas Winding Refn thaïlandais, d’un Almodovar à 12000 pieds, d’un Lars von Trier sexuellement perturbé, d’un Paolo Sorrentino nostalgique, d’un Steve McQueen esclavagiste , d’un Anton Corbijn immigré clandestin, d’un Carlos Reygadas critiqué, d’un Peter Strickland terrifiant ou encore la suite de la trilogie « paradisiaque » de Seidl.

En France, on regardera du côté de Bruno Dumont, de Luc Besson, de François Ozon, de Michel Gondry , de Pascale Ferran, d’Abdellatif Kéchiche, de Laurent Cantet, d’Arnaud Desplechin et de Catherine Breillat.

Enfin, pour ce qui est des pays émergents, c’est encore vers l’Amérique du sud que nous nous tournerons, avec notamment le thriller argentin de Lucia Puenzo et le film d’angoisse chillien de Sebastian Silva.

Bonnes séances, en espérant que si 2012 était l’année du blues, 2013…

… soit celle qui apaise !

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*A noter que toutes les dates correspondant aux films sont celles de leurs sorties en salles françaises.