Le patriarcat, voilà l’ennemi !

Rosie the Riveter.jpg en noir

« Rosie the Riveter », icône féministe

« Le patriarcat, voilà l’ennemi ! »

Tel est le cri de ralliement de tous les plus sinistres crétins en mal de combats postiches et d’oppositions en carton. Il ne se passe désormais plus une seule journée sans que des groupes de pression divers, accompagnés de l’épaisse ribambelle des plus dodus têtards de bénitier médiatique, ne se pressent au grand plongeoir des idées reçues pour sauter, tête la première, dans le tonneau des Danaïdes de leurs liquéfiantes rengaines, et nous éclabousser de leur verdâtre et vaseux catéchisme, tenant très fort à nous rappeler, dans l’éventualité difficilement concevable où leurs épuisantes faridondaines seraient tombées dans l’oreille de quelque bienheureux sourd, tout le mal qu’ils pensent du « patriarcat », terme qui suscite davantage leur haine à mesure qu’ils finissent tout à fait de ne plus en comprendre la moindre dimension…

Mais plongeons nous aussi tête la première au cœur du problème, pour tenter de remonter ces noyés de l’intelligence du fond de leur abyssale bêtise. La loi du père, sur laquelle est fondé le trop fameux « ordre patriarcal », ayant une fonction différenciatrice, son éradication entraîne logiquement l’apparition d’une nouvelle réalité onirique, c’est-à-dire sans principe de contradiction, au sein de laquelle sévit une terreur fusionniste sans précédent dont les mots d’ordre relèvent de la régression infantile et du romantisme adolescent le plus niais. C’est évidemment aussi sur le cadavre du patriarcat que se déploient l’enfer contemporain du mimétisme de masse et l’idéal morbide de fusion des sexes opposés, pour n’évoquer que quelques-uns des plus merveilleux projets déjà bien avancés de notre temps. Ne parlons même pas de l’égalitarisme, cette extension abusive de l’égalité politique aux autres domaines de la vie humaine, qui ne peut se faire complètement que sur l’éradication des pères, derniers remparts à l’établissement définitif de cet idéal de cimetière (car on ne rappellera jamais assez qu’aucune société n’est plus égalitaire que l’empire des morts…).

Ce que les épaisses limaces médiatiques, et autres visqueux invertébrés les plus en vue qui ont choisi de coller toujours plus à l’ordre du monde, oublient de préciser, c’est que ce qu’ils nomment dédaigneusement l’« ordre patriarcal réactionnaire » ne recouvre rien moins que l’histoire du monde et de toutes les grandes civilisations. Ce qu’ils ont baptisé du haut de leur bonne conscience progressiste l’« ordre machiste » n’est autre que l’ordre de toujours, c’est-à-dire l’ordre normatif, différentialiste, donc humain ; mais il n’est malheureusement plus vraiment certain que l’appartenance au genre humain ne les retienne beaucoup, ni que les références à sa longue histoire ne les obligent encore…

Quoi qu’il en soit, ces bavards militants du fait accompli, ces valeureux guerriers, qui, une fois l’adversaire au sol, trouvent encore le courage d’en retourner le cadavre pour lui tirer une balle dans le dos, sont condamnés à s’enliser dans les mensonges et la mauvaise foi la plus compacte pour continuer à faire croire au monde entier que leur adversaire, le trop fameux pour être vrai « macho », existe encore. Aussi nous a-t-on  généreusement et abondamment informés il y a quelques mois de cela, lors de la dernière « Journée de la femme » (qu’on ne risque pas de confondre avec celle de l’intelligence et de la vivacité d’esprit) que le régime patriarcal est un ordre d’oppression des femmes, chiffres des viols annuels à l’appui. Ce que les féministes (dont je m’échine toujours miséricordieusement à croire qu’elles sont vraiment trop bêtes pour être tout à fait réelles) ne veulent pas comprendre, c’est que la loi du père qu’elles vouent quotidiennement aux gémonies, loin d’inciter les hommes à abuser de leur autorité pour soumettre ignominieusement les femmes et les violer, était ce qui justement tendait à les en empêcher. S’il est vrai que Dieu se rit des hommes (et des femmes en l’occurrence) qui déplorent les effets des causes qu’ils chérissent, gageons qu’il doit rire actuellement très fort… mais d’un rire un peu jaune.

P.-L.P.

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8 Responses to Le patriarcat, voilà l’ennemi !

  1. goupixg6 says:

    Je valide. C’est brillant.

  2. Aurelio says:

    Extrêmement bien écrit, mais..

    « La loi du père qu’elles vouent quotidiennement aux gémonies, loin d’inciter les hommes à abuser de leur autorité pour soumettre ignominieusement les femmes et les violer, était ce qui justement tendait à les en empêcher. »

    La seule soumission ignominieuse envers une femme est donc le viol?

    Bêtement, sans doute, j’attends des preuves du bien-fondé du patriarcat.

  3. P.-L. P. says:

    Permettez-moi tout d’abord, cher Aurelio, de ne pas bouder mon plaisir et de vous remercier pour votre compliment initial, dont je me suis d’autant plus empressé de profiter qu’il a été rapidement suivi par quelques reproches ou perplexités de votre part.

    Je m’empresse de vous signaler que mon propos dans cet article n’a été en aucun cas de faire la liste des mille et une manière de soumettre une femme. Je laisse à vos soins d’entreprendre une telle gageure et de dresser cette liste, tel le Machiavel des abus d’autorité masculine sur la gente féminine, et serai curieux de la consulter ! La phrase que vous citez n’a donc pour but que de répondre à un lieu commun féministe qui voudrait être admis comme vérité historique alors même qu’il est un simple mensonge. Toutefois, je suis évidemment d’accord avec vous pour dire qu’il y a d’autres moyens bien plus sournois que le viol pour s’arroger une autorité excessive sur les femmes (j’attends tout de même d’autres exemples que le trop fameux et risible « partage inégal des tâches ménagères », dont je me soucie comme de ma première chemise…).

    Je suis davantage dérouté par votre phrase finale, car il me semble que je donne suffisamment de ce que vous appelez des « preuves » du bien-fondé du patriarcat, notamment dans les paragraphes deux et trois (plus substantiels à mon avis que le dernier qui a retenu semble-t-il toute votre attention). De plus, et sauf votre respect, je trouve un peu naïf de réclamer des « preuves du bien-fondé du patriarcat » car il vous suffit pour cela de vous retourner sur les grandes civilisations passées… Mais ces milliers d’années d’histoire humaine ne trouveront peut-être pas grâce à vos yeux de procureur moderne en attente de « preuves »… (vous me pardonnerez sans doute cette légère caricature de votre propos et ce bien rapide procès d’intention). Si l’on ne marchait pas sur la tête, ce serait bien davantage aux féministes contemporaines d’apporter des preuves du « bien-fondé » de leurs projets hasardeux, non ? Non pas que le poids de l’histoire justifie tout à mes yeux, loin de moi cet idéalisme naïf, mais il faut quand même un sacré toupet pour balayer d’un revers de main aussi désinvolte des milliers d’années d’expérience humaine au nom d’une quarantaine d’années de « modernité » seulement ! Il est bien joli de remettre en cause l’ordre patriarcal, mais encore faudrait-il en avoir un autre sous la main en remplacement… Et c’est justement parce que les féministes n’en ont pas de viable que l’on se retrouve aujourd’hui à bricoler misérablement avec les désirs et les envies de chacun qui se multiplient frénétiquement à mesure que leur intensité diminue tragiquement.

    Ne trouvez-vous pas qu’il faille quand même que l’on vive une époque à bout de souffle et en mal de désir, pour en venir à se soucier si doctement et froidement des « relations entre les hommes et les femmes », sous la pression de féministes aux yeux desquelles de longs et pénibles discours valent semble-t-il mieux que nos amours… ?

    Définitivement, nuire ou séduire, il faut choisir…

  4. H. says:

    Il faudrait quand même penser à votre dernière chemise… car certes, les conditions matérielles d’existence ne sont pas l’alpha et l’oméga, mais on ne peut pas les évacuer sous prétexte d’intelligence.

  5. H. says:

    Et pour répondre à votre question sur l’époque à bout de souffle, je pense au contraire que c’est une marque de fécondité et de richesse que de prendre en compte à égalité (entendre, selon les différences individuelles et donc pas sexuelles a priori) l’ensemble de l’humanité. L’amour n’est ni social, ni asocial, mais un mélange des deux. Spacio-temporel, que diable.
    (Et l’amour n’est pas seulement hétérosexuel, d’ailleurs.)

  6. Irène Le Roy Ladurie says:

    « Ce qu’ils ont baptisé du haut de leur bonne conscience progressiste l’« ordre machiste » n’est autre que l’ordre de TOUJOURS, c’est-à-dire l’ordre normatif, différentialiste, DONC humain »

    C’est avec ce genre d’arguments à raccourcis essentialistes dont la profondeur n’a d’égale que le fond de rivière vaseuse qui sert de lit à votre suffisance que la pensée ne fait que reculer, pour suivre votre mot d’ordre; elle ne laisse derrière elle que des démonstrations verbales à savoir qui aura la plus grosse (phrase, entendez-moi bien, cf. le 1er paragraphe). Beaucoup de mots, de belles phrases bien balancées depuis votre salon empreint de la lumière d’or d’un soir déclinant, mais quelles idées ?

    Si le christianisme et le partriarcat qui en découle et qui a encore cours aujourd’hui, a pu protéger les femmes de la barbarie des viols incessants au moment de transition vers le Haut Moyen-Âge, c’est un bien maigre argument contre l’égalité homme-femme dans la société contemporaine. Et ce différentialisme que vous employez avec une simplicité biblique: si le statut de père a pu pendant longtemps attester par l’héritage du patronyme par exemple, de l’affiliation et de la garantie des héritages, il me semblait que les valeurs des Lumières et du romantisme européen avaient suffisamment fait pour l’anoblissement de l’amour homme-femme et de la confiance conjuguale, dans un esprit de saine entente et de mutuelle reconnaissance des sexes pour que l’homme n’ait plus à se targuer d’une telle prérogative afin d’être sûr de sa progéniture. Enfin c’est de l’angélisme pur et simple que de croire les relations sexuelles, amoureuses et maritales indépendantes des institutions qui les ont garanti et j’ai le regret de vous dire qu’il ne s’agit pas seulement pour les femmes de combattre pour savoir si les tâches ménagères seront bien réparties, encore un relent de votre mépris pseudo-aristocratique. De vrais enjeux j’en ai à la pelle: pourquoi les filles réussissent mieux à l’école et se trouvent toujours moins diplômées voire moins bien payées dans les entreprises ? Pourquoi lorsqu’une profession se féminise voit-elle systématiquement son statut minoré ? Pourquoi quand on veut encadrer la prostitution ou limiter la soumission sexuelle des femmes, les hommes se lèveraient-ils pour dire qu’il y a un fondement irrépressible de la chair ? Des milliers de brillantes années de civilisation pour arriver à ce types de constats ? Pour moi, de la dégoûtation pure et simple.

    Mais j’ai l’audace de vous dire, que ce sont là des débats concrets qui nous sortent du risque que consistue une pose passéiste et narcissique, la vôtre, celle des nantis de l’intelligence, contentés par tout ce qu’ils croient savoir, n’ayant rien à attendre d’un futur qui n’annonce que leur ruine, et la mort prochaine mais certaine de leur pensée.

    Vous l’aurez compris, votre article en particulier, révèlent à mes yeux toutes les limites de cette entreprise saumonnée en général: un repli égotiste vers un brillant passé, un refuge pour ceux qui ne veulent plus réfléchir, tenant le verbe haut dans l’espoir de n’être pas atteint dans le Ciel intangible des Pléiades dont vous pensez faire partie.

    Quant aux autres arguments de votre charge antiféministe on pourrait les détailler point par point, mais je ne m’y attarderai pas, je n’aurai qu’un ultime conseil: parlant de philosophie, on cite des sources, c’est le premier devoir du philosophe, travailler, retravailler et lire les textes. Pour commencer en Histoire sur cette question je vous conseille « Histoire du viol » de Georges Vigarello, mais peut-être le connaissez-vous? En tout cas vos collègues dans les autres rubriques étalent des références, à vous conseiller, P.-L. P., peut-être ?

  7. Bernie B. says:

    Le romantisme et les Lumières qui en auraient fait assez pour « anoblir l’amour homme-femme » ? Voire ! Bien relire le catéchisme fallacieusement féministe de Michelet (ses longs passages énamourés sur les règles, notamment), ou observer tout simplement le comportement vis-à-vis des femmes de Victor Hugo, de ses prédécesseurs et de ses enfants spirituels, des humanistes et des philosophes du Grand siècle (et relire à l’occasion la littérature romanesque des XIIe-XIIIe siècle, c’est instructif) ! La croyance imbécile dans l’amélioration des rapports sociaux n’est jamais fondée que sur l’incompréhension des mécanismes qui les régissent fondamentalement. Le sexe, c’est-à-dire la dichotomie homme-femme (la castration ressentie dans la petite enfance), n’est jamais qu’un ensemble de rapports de domination, et il est parfaitement illusoire de s’imaginer : 1. que la domination ne s’est exercée historiquement que dans un sens, des hommes sur les femmes (il faut distinguer l’auctoritas, au fondement du patriarcat, de la potestas, entendue comme pouvoir politique contraignant), jusqu’à une « libération » au XXe siècle (qui ne s’est révélée, finalement, qu’un retour à un ordre préexistant et détruit peu à peu depuis le XVIe – renseignez-vous sur Jeanne de Blois, Claude de France ou Mahaut d’Artois, sur Hildegarde de Bingen, etc., parcours fort intéressants) ; 2. qu’il est seulement possible de s’en débarrasser (ce qui reviendrait à nier la castration, à « méconnaître la nature humaine », pour reprendre Freud).
    Enfin l’entreprise des Saumons me paraît plutôt agressive et créatrice par le choix de la négativité, de l’attaque et de la critique radicale, en aucun cas un « repli égotiste vers un brillant passé ». Ils parlent moins du passé, il me semble, que des idées modernes sur l’avenir.

  8. Irène Le Roy Ladurie says:

    Je conçois que mon idée sur les Lumières et le romantisme dans tout ça peut paraître originale, d’autant que j’ai été peu claire, j’entendais par là , surtout en m’appuyant sur la littérature, dans la découverte du sentiment individuel (parallèle à la création de l’idée d’individu) la reconnaissance mutuelle dans un couple d’une altérité sensible: à remarquer les nombreuses correspondances amoureuses entre des personnalités masculines et féminines (qui commencent dès les 18ème), l’exagération d’un moi sentimental servant des idées politiques comme chez certains écrivains femmes: la contestable mais néanmoins intéressante Marcelline Desbordes-Valmore par exemple. Sans pour autant minimiser, je le comprends tout à fait, la misogynie du siècle du vaudeville, de la soubrette et du bon bourgeois maître de sa maison.

    Quant à s’appuyer sur Freud pour légitimer la différence homme-femme, qui est biologiquement incontestable, c’est inutile, et de mon point de vue rétrograde: Freud s’appuie sur une observation des êtres non totalement pourvus des outils du langage, ce sont souvent des tous petits enfants, la partialité de l’analyste doit alors être prise en compte; il fonde son idée sur le fait que l’individu naissant pose le critère de la différence d’un point de vue masculin: selon lui l’enfant mâle constate avec douleur (ô tragédie!) l’absence de phallus de sa mère. Il en décline tous les effets: les enfants femelles, seraient, elles, traumatisées au même titre, de voir ce qu’elles n’ont pas entre les jambes ce que leurs congénères possèdent avec fierté. Je caricature sans doute, mais c’est une pensée de la norme et de la différence: le garçon voit la différence là où il n’y a pas de sexe masculin, qui serait la norme, c’est un parti pris audacieux si ce n’est biaisé, la norme n’est-elle pas à trouver ailleurs que dans des attributs physiologiques ?

    Quant au sens de la domination, les temps pré-classiques, comme le 16ème effectivement et le Moyen-Âge sont des exemples de temps où le pouvoir n’était pas aussi unilatéralement accaparé par les hommes, et les femmes que vous me citez s’ajoutent au nombre des femmes qui auteurs, princesses ou reines, ont marqué les siècles. Mais je tiens à le rappeler, ces femmes étaient toutes des aristocrates: Mahaut d’Artois assurait son pouvoir par des mariages nobiliaires avec les personnalités du royaume, Catherine de Médicis et toutes les régentes par la suite obtinrent le pouvoir par leur lien avec la lignée royale masculine. Comment penser que la France contemporaine, n’est qu’un retour au 16ème ? Aujourd’hui aucune prérogative nobiliaire ne permet, heureusement, à une femme de prendre le pouvoir, ni de le garder, si ce n’est la naissance bourgeoise qui assure les qualités de vie et une certaine domination sociale, mais nullement politique. L’héroïsme féminin, du moins en France, même du temps dont nous parlons n’a jamais été que minuscule et temporaire: Mahaut d’Artois ne dominait que l’Artois et après sa mort repris par un homme, les régentes sont par définition des vacataires du pouvoir. Le sens de la domination allait dans le sens de celui du plus fort, et les exemples de femmes qui ont lutté pour le pouvoir montrent, tout à fait dans mon sens, que ce n’est pas que les femmes se résignent à des rôles qu’elles préfèreraient et que souvent il leur est plus confortable d’accaparer tant la lutte est difficile.

    Sur les saumons, j’ai dit ce que j’avais à dire, et je regrette que l’intelligence qui point souvent soit au service d’une vision si décadentiste du monde. Je me contente de lire leur manifeste et d’entendre leur ton: rien de les touche, rien de les indigne, tout leur semble normal, rien n’est à changer – Non il n’y a pas de racisme en France. Moi raciste ? – Le féminisme réduit à néant: la seule lutte contre le torchon de vaisselle. Quant à la différence entre les sexes, passez il n’y a rien à voir: ce qui est normé est humain, c’est écrit noir sur blanc dans l’article en haut, rien ne me semble plus abject.

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