Lettre à Pierre Bergé

Pierre Bergé (© Abaca)

C’est vous, là. (© Abaca)

 

Cher monsieur,

Avant toute chose, et bien qu’il soit très improbable que vous me lisiez un jour, je tiens à préciser que ce que je vais vous dire est entièrement gratuit – je n’oserais pas pousser la mesquinerie jusqu’à vous demander de me payer pour les insultes que je vous adresserai, même si j’imagine que le bon homme de gauche que vous êtes a de quoi me faire vivre très confortablement jusqu’à un âge avancé.

Je me suis pris à imaginer un monde où on rémunèrerait les palabreurs à la connerie par minute, mais ça ne vous dirait rien – votre situation financière serait, au pire, sensiblement la même qu’en ce moment. Parce que vous en dites, des conneries, monsieur, oh ! vous en dites. Tenez, votre réaction à la mort du jeune Méric. Ce n’est pas bien, ce que vous faites. Vous profitez d’un pays où on vous laisse parler en public pour dire tout ce qui vous passe par la tête, et vous manquez visiblement du recul qui empêche les autres branlants du casque de parler dès qu’ils formulent une pensée (même si, je dois l’admettre, un nombre chaque jour plus grand suit vos traces). Mettons ça sur le compte de l’âge, je suis prêt à vous l’accorder.

Mais enfin, vous en prendre à Barjot, c’est un peu fort de café. Elle ne ferait pas de mal à une mouche, cette femme (elle ne se promène qu’en Vespa rose, enfin !), et si je suis le premier à reconnaître qu’elle a tendance à exploser les plombs, je n’aurais tout de même jamais pensé que quelqu’un puisse être assez décérébré pour associer cette inoffensive saltimbanque à un bas du front en blouson de cuir qui démolit la tête d’un bas du front en blouson de cuir. Parce que oui, vos petits copains de gauche (je mets « de gauche » en italique, remarquez, parce que bien sûr aucun d’entre eux ne l’est, mais enfin je vous fais déjà cette fleur de prétendre croire à vos vœux pieux, donc n’allez pas non plus vous plaindre) n’ont pas eu l’air de le remarquer non plus, mais vous défendez tous, brusquement, une belle brochette de nazillons que l’estampille sinistre (c’est-à-dire, étymologiquement, « de gauche ») vous rend immédiatement acceptable et même très sympathique. L’organisation qui s’appelle antifa ne passe pas, je crois, son temps à cueillir des fleurs pour en tresser des couronnes (le lien ci-contre est en néerlandais, donc je n’ai aucune idée de ce qui s’y dit, je l’indique seulement pour la petite photo de famille, sûrement prise lors d’un pique-nique festif où vous étiez ou bien l’invité d’honneur, ou bien le photographe, qui sait – à moins que vous ne soyez debout tout à droite, avec la batte de base-ball (ah ! le sport !), je ne sais pas, les visages sont flous). Mais j’imagine que vous n’êtes pas homme à compter la réalité dans vos sources d’inspiration ; je pense que vous vous êtes contenté de bondir sur cette macabre occasion pour débagouler vos âneries, un peu comme si vous aimiez simplement emmerder le bon citoyen en gueulant comme un vieux chien sourd. C’est sûrement très beau, je n’en disconviens pas : votre altruisme a quelque chose de noble. Mais allons, cher Pierre, allons. Chut.

antifa

J’ai une liste longue comme le bras de griefs à votre égard. C’est bien simple, dès que vous l’ouvrez, je me demande pourquoi vous ne l’avez pas fermée, et j’ai l’étrange et désagréable impression que vous devenez chaque jour un peu meilleur dans tout ce qui touche à la connerie verbale et intellectuelle (je parle crûment mais c’est sans male intention, promis). Dans la grande compétition qui voit s’affronter en France les plus fins producteurs de logorrhée (parmi lesquels figurent aussi bien des indignés que des optimistes, qui sont souvent les mêmes, d’ailleurs), je pense que vous avez maintenant devancé tous les autres assez largement, en premier lieu parce que vous êtes infiniment plus antipathique que n’importe lequel de vos concurrents, ce qui est un net avantage ; en second lieu parce que votre production de pisse morale atteint un débit ahurissant et sûrement extraterrestre. Vous ne tricheriez pas, par hasard ?

Il est souvent de coutume, quand on écrit une méchante lettre, d’enfoncer subtilement sa victime en prétendant la flatter – quelque chose comme : avec votre talent, on aurait pu faire de vous un grand rhétoricien si vous n’aviez pas le cerveau mité par ce que vous croyez être des idées de gauche. Je n’en ferai rien ; à mon avis on n’aurait rien pu faire avec vous, parce que vous êtes très parfaitement émétique – « émétique » fait très pédant, je sais, mais je vais reformuler et terminer du même coup dans le rire avec un jeu de mot hasardeux : Pierre, vous me faites Bergé.

Dans l’espoir un peu fou de vous avoir enfin ouvert les yeux sur la nécessité, pour vous et pour la France entière, de la fermer définitivement, je vous prie d’agréer, monsieur, l’expression de mes plus hilares moqueries.

Eric Campagnol

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5 Responses to Lettre à Pierre Bergé

  1. Poisson pané says:

    Désolée mais je trouve cet article absurde et d’une prétention dingue! Ce mec est très intelligent et fin, ne vous en déplaise, Eric Campagnol. J’ai lu plusieurs de ses livres et je l’ai vu une fois lors d’une conférence : il était très courtois, sensible, intéressant, et contrairement à ce que vous dites il est l’un des rares, à gauche, à reconnaître les bonnes idées de la droite.

    Par rapport à ce Clément, ok il est allé trop loin, mais il n’a pas non plus dit que Frigide Barjot était une meurtrière, il a juste dit que le climat de tension et de haine véhiculé par la Manif pour tous, qui de fait accepte les fachos dans ses rangs, avait favorisé cette bagarre. Bon, Clément lui aussi était peut-être un extrémiste, d’accord. Et la bagarre n’avait peut-être rien à voir avec le mariage gay.

    Cela dit, Bergé est vieux comme le monde, et je comprends qu’à la longue il soit exaspéré par les manifestants qui, à vingt ans, semblent vouloir donner des leçons de morale à tout le monde, alors que lui est resté avec son YSL pendant 50 ans et qu’il sait très bien ce que veut dire le mot « couple ». Alors oui, il fait des amalgames et il est un peu lourd parfois.

    Mais vous, les saumons, vous êtes moins lourds peut-être? Au fond là tout ce que vous lui reprochez c’est d’être… bête. Super, le débat! Je suppose que vous trouvez que les mecs qui sont allés perturber la finale de Roland Garros en brandissant des pancartes pro Manif pour tous sont plus intelligents?

    Allez, sans rancune, parce que je vous aime bien quand même, mais s’il vous plaît essayez d’être moins rageux et aigris dans vos prochains articles, parce que là on tourne un peu en rond avec votre sempiternel mépris des médias et de la société actuelle en général…

    • Alevin says:

      Je regrette mais c’est irrésistible : « Moi je suis pour toutes les libertés. Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? C’est faire un distinguo qui est choquant. »
      A n’en pas douter très intelligent et fin ; vous avez raison…

    • Cher poisson pané,
      Notez bien que j’ai précisé d’emblée que la lettre serait entièrement gratuite. Si j’avais voulu débattre, je ne lui aurais pas décerné le prix d’excellence de la connerie/minute, vous vous en doutez bien. L’idée n’était pas tant de questionner ses positions que de lui demander, poliment quoi que fermement, de se taire. Si votre voisin vient vous reprocher de passer trop fort le dernier tube de Lady Gaga, vous n’allez pas lui demander ce qu’il reproche à la chanteuse. La spécialité de Bergé est, si l’on veut, le tapage médiatique, et je n’ai aucune intention de débattre avec lui (si vous lisez mes autres articles, vous verrez que j’ai fourni tous les éléments constitutifs de la position que j’aurais dans un débat). Tout ce que je lui demande, c’est de baisser le volume et de faire un gros dodo.
      Quant à ses cinquante ans de bonheur avec M. Saint-Laurent, je m’en contrefiche et la question n’est pas là. Bergé parle trop, parle mal, et pense mal parce qu’il ne pense pas assez. Il est agressif, bavard, bête et méchant. Je n’ai fait que le lui dire. Oui, bête, je le répète, parce qu’à la longue il me pèse de n’avoir jamais à entendre que des idiots dans le débat public : Bergé n’est pas une personne dont on s’attend à ce qu’elle apporte la moindre lumière intellectuelle sur quelque sujet que ce soit, alors pourquoi le laisser parler ainsi en toute impunité, surtout si c’est pour qu’il vomisse ainsi des horreurs sans queue ni tête ?
      S’il veut par ailleurs discuter de tout cela raisonnablement, j’y suis tout disposé. Mais ce serait une autre histoire.

  2. Poisson pané says:

    Merci pour cette réponse!
    Bergé parle peut-être « trop » à votre goût, mais c’est pas non plus comme s’il faisait des conférences de presse tous les jours. Il a juste un compte Twitter…
    Quant à l’histoire des ventres et des bras des ouvriers, c’est de la provoc certes mais l’argument est intellectuellement recevable, franchement.
    Bref, bon vent à contre-courant!

  3. Saumons et vermeille says:

    Je suis assez d’accord avec monsieur Pané-de-la-dernière-pluie. Monsieur mauvais-Bergé est très malin, justement parce qu’il est un habile tapageur, Ses positions, rationnellement acceptables, peuvent cependant acquérir une dimension différente quand on s’y penche avec un peu de curiosité pratique et humaine, à l’image de ce jeune étudiant américain qui a fait une belle enquête sur le marché des enfants (pardon, le vente de gamètes et la délocalisation de la gestation, diffusée par Arte est mise sur le net.

    Bergé incarne parfaitement cette élite des mauvais serviteurs du Bien commun. Et sans doute là où pêche monsieur Campagnol, c’est seulement dans le fait de ne pas le prendre assez au sérieux dans cette article, par ailleurs annoncé d’emblée comme léger. Il y a beaucoup à dire sur cet homme, sa relation avec le gouvernement Hollande, ses motivations pour le mariage homo, etc.

    Quant aux Hommen, c’était apparemment pas très fin : tout le monde sait que le sport c’est au moins un des lieux où on peut enfin ne pas aborder des sujets sérieux et pesants, ou on se retrouve tous sans controverse… Sauf lorsqu’il s’agit de la Chine et des droits de l’homme. Par exemple. Aussi,ils ont eu raison de profiter d’une couverture médiatique internationale, pour défendre une conception particulière du droit des enfants.
    Pisser contre le vent nécessite un bonne anorak, pisser dans le vent ne coûte pas cher. Défendre Bergé non plus.

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