Splendeurs et misères des testicules

Fini de rire. (© Free Software Foundation, Inc.)

Fini de rire.
(© Free Software Foundation, Inc.)

Eric Campagnol s’intéresse aujourd’hui aux nouvelles pratiques sexuelles, et à leurs conséquences, on l’imagine hilarantes, sur l’avenir.

J’ai écrit récemment tout le mal que je pensais de tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à une activité vacancière festive ou culturelle, et j’évoquais en passant le festival Xplore, une sorte de grand rassemblement anal où on apprend chaque été à mieux se connaître, à maîtriser ses pulsions, à ouvrir ses chakras, à se masser l’oignon et que sais-je encore. Xplore ou l’avenir nombriliste – mais convivial – de la culture. La sodomie de groupe comme nouvelle forme d’expression artistique ; la culture devenant avec enthousiasme l’enculture de masse. Mon ami P.-L.P. ricanait il y a peu sur l’exhibitionnisme morbide des libérés sexuels – c’est-à-dire des libérés du sexe, des hérauts de la disparition du désir, disparition surtout du corps et de la chair comme objets légitimes de désir, personnages d’une Genèse à l’envers.

Intéressons-nous aux joyeusetés fomentées par les lurons d’Xplore. Comme je le disais, initiation au massage anal, sessions d’orgasme de groupe, mais encore ateliers cravache, ateliers huile, méditation à poil, découverte de la prostate, le tout animé par des sexothérapeutes, des tantristes, des artistes aussi bien sûr, une petite bande de flingués qui s’imagine « promouvoir une approche intelligente, ouverte et enjouée de la sexualité ». L’aveu est bien caché mais il est là. Faire rentrer le sexe dans la normalité, dans la banalité, dans le sérieux que suppose toute sacralisation ou toute ritualisation. Il s’agit bien de tout faire rentrer dans l’ordre, qu’on ne s’y trompe pas. Enjouée, leur approche ? Voire. Ça ne parle que de rituels, de méditations, d’étude, d’acte créatif. Et vas-y que je te fais une conférence, et un atelier, et encore un autre après celui-là, et puis pourquoi pas une manufacture après l’atelier, une usine, une centrale, un open-space où on sanctifie l’anus à la chaîne, en groupe, en masse évidemment. Pas question de jouir en privé, de se cacher, de faire ses petites affaires dans son coin – la masturbation ne vaut que si elle permet de « répondre au défi de la simultanéité », c’est quand même clair ! Le plaisir individuel est mauvais, puisqu’il n’est pas communion, fusion, gémissement de masse, démarche globale, orgasme européen, éjaculation planétaire.

Et il se trouve encore des esprits assez aveugles pour se plaindre de l’individualisme des temps. La vérité c’est que l’individu n’a jamais été aussi absent qu’aujourd’hui. De la Fête des Voisins, des armées de cars bouffis de touristes, des festivals à guichets fermés aux jérémiades moralistes des tenants de la Transparence, à la délation professionnelle des journalistes engagés, à l’absolue obligation du coming-out et de la sortie du placard, tout s’organise pour qu’il n’y ait plus rien de secret, plus rien à cacher, plus rien à faire chez soi et entre soi, pour que le privé, les cachotteries, les coups fourrés, les silences, en un mot la vie, l’individu et son cortège de gloires et de vices, pour que tout cela disparaisse et qu’advienne enfin la grande fusion de l’humanité dans un grand cri d’orgasme anal.

On me dira que je m’échauffe un peu trop pour une poignée de jouisseurs inoffensifs, mais je sais très bien ce qui se cache derrière les bondieuseries macabres de ces militants de la mort – et ils l’avouent eux-mêmes ; au fond tout ça, toutes leurs ritournelles enchantées, leur fourre-tout syncrétiste, leur pot-aux-fesses de Shaolin, leur salmigondis où surnagent pêle-mêle, entre deux couches de purée bouddhiste, l’art, le féminisme, la militance LGBT, la danse contemporaine, les séances de réflexion et le toucher rectal, tout est conçu comme l’arme qui achèvera le vieux monde.

Ils l’avouent, je vous le prouve : « chaque homme devrait se faire pénétrer au moins une fois dans sa vie », claironne le fondateur d’Xplore. Mais oui, enfin ! C’est fini, le mâle dominant, l’alpha qui pénètre – qui viole, c’est la même chose – les femmes qui, on vous l’a dit, sont cli-to-ri-diennes ! Osez le clito ! Elles peuvent jouir sans vous, de toute façon, elles sont bien mieux entre elles, et si vous ne courbez pas le dos pour vous faire mettre, vous allez crever de ridicule ! Il est temps d’inverser le cours de l’histoire, de tout reprendre à zéro, de faire table rase de l’odieux passé patriarcal ! C’est à vous de vous la prendre à présent. Bien fait, tiens. Venez vous faire foutre, ça vous apprendra.

« Souriez à vos testicules », enjoint l’un des animateurs aux hommes assis en cercle autour de lui, lors d’un atelier « Chi génital ». Quel est le sourire qui naît alors sur les visages hagards des participants ? Je me demande bien. A quoi ça ressemble, une bande d’adultes à poil qui sourit à ses testicules ? Sont-ils satisfaits ? Sont-ils fiers ? Dociles ? Ou bien désespérés, délabrés ? Plus sûrement, oui.

Souris à tes couilles. Souris-leur, accroupi que tu es au-dessus d’elles, elles ne te serviront plus. Ça ne veut pas dire, attention, que ta vie sexuelle est finie, grands dieux, non !

Pour tuer le sexe, on ne va pas le condamner ni le supprimer, bien au contraire !  il faut le pratiquer à ciel ouvert, partout, tout le temps, le faire débouler en pleine lumière, ne plus parler que de ça, et avec tout le sérieux du monde, gloser sur son potentiel thérapeutique, sur ses mille vertus pour la longévité, contre le stress, contre le cancer, contre le vieillissement de la peau, organiser des conférences, faire parler des spécialistes, des professeurs, des médecins, des journalistes, des philosophes. Pour tuer le sexe, il faut le rendre visible, donc transparent, le massifier, le mondialiser, le globaliser, le rendre invivable. Ta vie sexuelle n’est pas finie, elle est très loin d’être finie. Elle ne fait que commencer. Allez, souris à tes couilles. Souris-leur et oublie-les, fais-leur coucou, dis-leur adieu, bientôt c’est toi qui vas connaître l’angoisse du viol. C’est fini, les saloperies masculines, les coïts qui ne valent pas mieux que des tournantes. Tu vas payer un peu. Quoi, ton sourire est triste, décomposé, jaune ? Mon pauvre, ça nous est bien égal.

Vas-y, vas-y ! Regarde-les ! Souris donc à tes couilles !

Eric Campagnol

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2 Responses to Splendeurs et misères des testicules

  1. Saumons et merveilles says:

    Libération :
    « Tandis que les hommes se massent les testicules, les femmes se caressent les seins. «Souriez à vos testicules», enjoint Udo Treide. Petit à petit, les gens deviennent prêts pour le moment fort de l’exercice: porter à bout de ficelle, avec son sexe, une bouteille d’eau, 1,5 litre pour les hommes, 0,5 pour les femmes. Si l’on a bien compris l’opération, il faut enrouler un foulard autour de son sexe et de ses testicules avec un nœud vers le bas pour y relier la petite corde enserrant le bouchon de la bouteilles d’eau. Puis, se lever doucement et commencer, à nouveau, des exercices de respiration. Apparemment, ainsi, on muscle tous les corps ». 100 euros la journée.
    Voir Jean-Patrick, 42 ans, consultant en marketing digital, promener sa badoit à tout bout de gland en souriant à son vit et ahanant de la grotte noir, ça vaut son pesant d’or. Je trouve d’ailleurs ces gens très doués pour réussir à facturer ainsi leurs blagues à tous ces braves dur-à-jouir.
    « Sous une musique tantôt épique, tantôt méditative, Christian G., la cinquantaine, propose «une méditation anale».
    C’est leur prière du soir en famille ? Avec la fermeture de la fistinière je croyait le flambeau de l’Interanal éteint, me voilà rassuré !

  2. Ping : Sacerdoce et modernité : Cachez ce célibat que je ne saurais voir | Le Club des Saumons

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