En finir avec l’antiracisme

finkielkraut

Alain Finkielkraut aurait certainement apprécié que son dernier livre, L’identité malheureuse, fût lu. C’était sans compter sur l’entêtement mauvais et la malveillance acharnée du troupeau des bêtes médiatiques qui veillent toujours aussi consciencieusement à ce qu’aucune étincelle d’intelligence ne mette le feu au terrain d’expression savamment délimité dont on leur laisse brouter les clichés les plus fanés et les opinions les plus remâchées en échange de leur parfaite docilité idéologique.

   Il faut se rendre à l’évidence : le poulpe du politiquement correct enserre les esprits contemporains et jette son encre visqueuse au visage de ceux, dont fait partie Finkielkraut, qui comptent bien garder les yeux ouverts. Ce livre n’a pourtant rien de révolutionnaire et le propos en est très nuancé. L’auteur y réfléchit sur des thèmes qui lui sont chers comme ceux de l’école et de la laïcité. Pour cette raison certains journalistes, modèles de bêtise les plus évolués actuellement sur le marché, ont cru malin d’affirmer, sur ce ton suffisant et condescendant qu’on leur connaît, que Finkielkraut ne serait plus qu’un vieux con qui radote, ne pouvant évidemment pas se douter que ce dernier ne fait comme toujours que doubler, par l’analyse et la réflexion, leur propre radotage idéologique, dans un style sec, précis et élégant, à côté duquel leurs indignations convenues ne seront jamais que de laborieux bégaiements.

Les cohortes d’antiracistes, qui ne peuvent justifier leur misérable condition que sur le mode de la mobilisation hargneuse et de la délation, ont charitablement mis en garde contre le fond xénophobe, réactionnaire et raciste d’un ouvrage qui ne critique pourtant pas l’immigration en soi  mais ce qu’elle devient et provoque dans un pays qui a oublié ce qu’il est sous la pression des chantres niais de l’altérité et des enfiévrés actionnaires du multiculturalisme (qui n’est jamais que la conséquence culturelle et sociale du libéralisme économique que par ailleurs ils critiquent tous régulièrement selon une disposition d’esprit parfaitement schizophrénique).

Les antiracistes prônent une réconciliation nationale à l’emporte-pièce qui n’est en réalité qu’une abdication au catéchisme libéral mondialiste. En outre, la violence habituelle de leurs réactions suffit pour comprendre que le « vivre-ensemble » à la construction duquel ils prétendent œuvrer n’est fondé que sur l’intimidation la plus odieuse et la désignation de bouc-émissaires à partir du sacrifice desquels toute unanimité est nécessairement construite (mais ce mécanisme sacrificiel élémentaire est ignoré d’eux pour la simple et bonne raison que leur religion – l’antiracisme en est bien une – n’a pu être fondée que sur le refoulement de celui-là).

À ceux-là Finkielkraut répond par la nécessité de rétablir un modèle à partir de la reconnaissance d’une spécificité et d’une excellence françaises (ce que l’école républicaine contribuait à faire), d’une fierté qui ne porte pas à l’arrogance mais au sentiment de notre responsabilité à l’égard de ce qui a fait, peut-être pas l’essence, mais tout du moins l’esprit de notre pays, sensible notamment à travers notre langue et notre histoire. La tâche semble colossale : c’est vouloir élever aux sentiments de la verticalité et de l’admiration une société vautrée de tout son long dans une horizontalité sans autre perspective que la réalisation d’un égalitarisme mortifère, qui n’engendre que ressentiments et haines.

Il est donc grand temps d’apporter la contradiction aux antiracistes qui n’en finissent plus de s’admirer dans les causes qu’ils défendent et de leur montrer que les valeurs de la République dont ils font grand cas ne sont plus dans leur bouche que les outils d’une rhétorique sclérosée qui s’imagine naïvement performative[1] quand elle n’est que le reflet de leur incapacité à ressourcer leur parole aux sources vives des modèles anciens. N’oublions jamais que l’antiracisme, comme toute forme d’idéologie progressiste contemporaine, rompt avec des modèles dont il ignore tout. Il ne reste plus qu’à espérer que se disperseront bientôt aux quatre vents ces esprits éventés qui ne se portent si lestement vers l’avenir qu’à défaut d’avoir hérité de quoi que ce soit du passé.

P.-L. P.


[1] Flaubert écrivait déjà de son temps : « La Magie croit aux transformations immédiates par la vertu des formules, exactement comme le Socialisme ».

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