Petite profession à propos des professionnels de la solidarité professionnelle

fantomas-1915

Fantômas, huile sur canevas par Juan Gris, 1915, National Gallery of Art, Washington D.C.

Je pensais hier à la une d’un journal d’opposition à la mort d’Adolphe Thiers, premier président de la IIIe République. Aux honneurs nationaux décrétés par Broglie, en cette année 1877, pour célébrer le « libérateur du territoire », l’homme politique et le journaliste, la première page répondait alors : « C’est bien la première fois qu’il a libéré le territoire ! »

Le journalisme n’était pas encore un métier d’amour, une vocation sacrée. Les gratte-papiers n’avaient nul tendresse vis-à-vis de leurs « confrères ». Et cela, à raison, car nulle confrérie n’encadrait ces métiers qui n’avaient pas deux cent ans. Le journaliste (le mot n’apparaît qu’au XVIIIe, et on lui préfère longtemps nouvelliste) se désignait alors par un titre bien plus glorieux et sage, celui d’« homme de lettres » ; le journalisme embrassant la totalité de la profession, professions techniques comprises, c’était une distinction de taille. Un élitisme assumé dans notre Histoire que l’on retrouve dans l’opposition entre les Compagnons et les indépendants des faubourgs. Entre l’artiste, l’artisan et le bricoleur.

Dans le « monde » du journalisme, aujourd’hui, cette distinction a fortement perdu son sens premier, celui qui distingue un technicien, un cadre d’entreprise (en marketing ou communication par exemple) et un homme de lettres. Un journaliste est un peu de tout ça, de l’éditorialiste à l’assistant photographe.

Que l’on ne se réjouisse pas d’une agression sur une personne qui travaille dans le même milieu que soi relève du plus simple bon sens. Mais que chaque atteinte au “milieu journalistique” soulève un océan de complaisance et d’émotion fait montre d’un nombrilisme tout à fait symptomatique de ce qu’est devenu aujourd’hui le « journalisme ». Mû par un fort esprit corporatiste, qui se rapproche bigrement d’un esprit de classe, il est en perpétuelle revendication d’un statut privilégié. Il n’y a qu’à voir le traitement de faveur scandaleux que nos médias s’octroient quant un des « leurs » est pris en otage!

Honneur des hommes, Saint JOURNALISME,

Discours prophétique et paré,

Belles chaînes en qui s’engage

Le dieu dans la chair égaré,

Illumination, largesse !

Que Paul Valéry m’excuse pour ce massacre en règle de sa « Pythie », mais je ne peux m’empêcher de penser que le journalisme continuera à être une sorte de secte professionnelle ; en tous cas tant que le Petit et le Grand Journal porteront leur nom.

Bonaventure Caenophile

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2 Responses to Petite profession à propos des professionnels de la solidarité professionnelle

  1. PONCIRUS says:

    cet article est admirable O Bonaventure

    le cénacle des journalistes réussit en effet chaque fois le tour de force de réunir la planète entière dès que l un des siens est atteint!
    On aimerait que les autres victimes anonymes de la vie quotidienne soient dotées de projecteurs aussi puissants, qui réunit Manuel VALLS et Bertrand DELANOE en un clin d’oeil a chaque blessé.
    Pensez par exemple aux mineurs chinois, pourtant forte fédération, qui va aussi au charbon et au grisou tout les jours, pensez aux militaires, pensez aux policiers et pompiers caillassés dans les Cités, aux bijoutiers attaqués et blessés dans le Sud, aux Corses victimes de l impéritie de nos gouvernants, de droite comme de gauche d ailleurs, et qui plient l’échine pour éviter les balles des RMIstes en Cayenne et grosses cylindrées des micro-régions, … je continue?
    La faiblesse des autres, simples citoyens, est de ne pas rédiger eux même les unes et les brèves des infos quotidiennes… dommage…

    Quel beau métier que celui de journaliste (de gauche s’entend)
    A quand le Panthéon de la Patrie reconnaissante? Sonnerie….

    La seule bonne nouvelle, pour ses actionnaires, c’est que LIBE fera (enfin) de bons tirages pour quelques jours, ce qui est consolant pour ce digne journal de petites annonces roses.

    Un doute m assaille….que je chasse vite, alors que je tente d’analyser ce fait divers a la lumière d’une (autre) Une récente et idiote qui a aussi relancé les tirages de la mauvaise presse???
    Chassons donc cette idée: mon analyse est forcément défaillante; je ne suis pas journaliste, donc pas qualifié. D ailleurs je ne serai pas repris ni cité ….

    Continuez a frayer en eau claire, chers Saumons. ils sont trop rares les êtres qui supportent le changement de milieu journalistique et savent ainsi se couler et comprendre l’ eau douce comme l eau salée.

  2. Ping: Article sur la solidarité médiatique. | Camille Dalmas

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