Du commerce érotique (1) : De l’hygiénisme social à la Bourse de Francfort

beate

Beate Uhse en 1937, (alors Köstlin) première femme aviateur à faire de la voltige. Elle a alors 17 ans.

Jean-Suie Fortaise nous fait découvrir les dessous du sex-shop. Avec un mélange d’humour et de sérieux dont nous lui savons gré. 

Nous sortions il y a quelques temps du musée érotique du coin avec un ami. Nous discutions de l’affaire, laquelle ne nous avait guère déçus. En toute honnêteté, notre entreprise valait le détour : autant vous la conter.

Il faut commencer par éclaircir une zone d’ombre : mais qui donc est cette drôle de blonde, Beate Uhse, héroïne du musée ?

Passons rapidement sur les détails biographiques : Beate Uhse (1919-2001), allemande, première femme aviateur à faire de la voltige, féministe, chef d’entreprise et créatrice du premier sex-shop, devenu aujourd’hui multinationale du sexe, cotée en bourse – la Beate Uhse AG – et ses 3,3 millions de bénéfices en 2012.

Je me permets ici d’insister un peu sur le personnage de Beate car son cas est fort intriguant, même si cela semble avoir échappé aux concepteurs du musée. Il faut dire que là-bas les explications sur la vie de Beate tiennent plus du faire-part de décès que d’une invitation à approfondir notre connaissance du personnage. Qu’à cela ne tienne ! C’était sans compter notre visite…

Tout d’abord, il faut savoir que si Beate est bel et bien la mère des échoppes du sexe clignotantes en couronne des grandes villes, elle est aussi la fille d’une sainte trinité moderne : l’hygiénisme, le féminisme et la société de consommation. Deux papas et une maman (ce procédé peut sembler malhonnête néanmoins je tiens à souligner que je ne souhaite pas indisposer le lecteur en dressant d’emblée un portrait trop repoussant de cette femme).

Comme souvent dans l’Histoire, Beate Uhse est en réalité une femme d’une plus grande qualité que ce qu’elle a produit. A défaut de salut divin, que la postérité sache qu’elle aura au moins le pardon d’un saumon. Enfin, le lecteur avisé n’aura qu’à chercher un avis impartial sur Wikipédia, si le mien lui fait des croûtes.

Gloire lui soit rendue, l’œuvre de Beate Uhse est d’avoir su réintroduire la valeur sexuelle dans la société occidentale ; une société corsetée par un XIXe siècle hypocrite et éreintée au XXe par deux guerres successives dont on ne nomme plus les horreurs. Une société qui s’est ainsi jetée dans les bras de Beate Uhse pendant les Trente glorieuses, comme dans les bras d’une amante éperdue (et comme elle a plongé dans les délices de la consommation de masse).

Ce mouvement a ainsi accompagné l’avènement de la société de plaisir et l’hyper sexualisation que l’on connaît : la « détabouisation » du sexe par voie éducative suivie comme tic de tac de la multiplication de l’offre sexuelle.

A côté de son caractère bien trempé de femme libérée avant l’heure, Beate Uhse, née Köstlin, est une féministe pragmatique, dotée d’un sens avisé des affaires. En 1945, elle s’émeut de la situation des couples, brusquement rapprochés après des années de séparation, et notamment du sort des femmes dans ceux-ci, avec tout l’aspect charnel que peut renfermer le mot « retrouvailles » en cette époque meurtrie.

Dans les villes sinistrées par les bombes, le besoin de revivre sa sexualité, s’accorde mal avec la misère de le la population poussant de nombreuses femmes  à recourir à l’avortement pour interrompre leur grossesse. Beate leur vient en aide en éditant un journal à destinations des couples prodiguant des enseignements en matière de sexualité, d’hygiène sexuelle, de cycles féminins et peu à peu les prospectus bourgeonnent d’informations pratiques pour les allés simples Terre-Septième Ciel. Pas étonnant pour un aviateur vous me direz…

A l’aube des Trente glorieuses, de l’hygiénisme à la (grande) distribution d’accessoires utiles pour qui ne veut pas prendre Vénus trop au sérieux, il n’y a qu’un pas…

Jean-Suie Fortaise

[la suite ici]

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One Response to Du commerce érotique (1) : De l’hygiénisme social à la Bourse de Francfort

  1. Jean Veuxplus says:

    La suite !

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