Du commerce érotique (2) : Sex Toy’s R us…

canard

Beate Ushe (voir partie 1) rêvait d’introduire l’éducation, pour ainsi dire le raffinement sexuel, dans la vie des couples. Toute animée qu’elle soit de louables préoccupations sociales, notre amie n’est pas moins tributaire d’une lourde faute d’analyse.

L’éducation sexuelle ? Elle l’a en réalité achevée. Si ce n’est elle, ce sont ses disciples et légions.

En effet, si elle a promu – en réalité vendu – le sexuel comme valeur – valeur marchande en particulier -, elle l’a obtenu au prix de l’assassinat de tout germe, de tout lien avec le mot « éducation ». Un mot qui motivait à l’origine ses intentions. J’entends par éducation dans le domaine sexuel, le passage du stade enfant ou primaire de la sexualité à une sexualité adulte.

Deux constats inséparables s’imposent : la sexualité en se muant en une valeur marchande a fait naître une industrie et ses consommateurs. Cette industrie a suivi des évolutions qui peuvent sembler contradictoires mais qui révèlent inflexiblement une logique épousant les évolutions de la société de consommation. Bonne technique marketing, me direz-vous. Certes, mais nous ne sommes plus dans la logique séculaire du sexe comme « commerce ».

La libération sexuelle a servi de cache-sexe à la grande entreprise de maintien  de l’individu au stade le plus juvénile de la consommation d’abord, du plaisir ensuite et, de là, de la sexualité. L’érotisme est balayé au passage et renvoyé aux fleurs bleues du romantisme. Et ce pour une simple raison : l’érotisme, comme la pornographie non industrielle – le  fait de dessiner ou d’écrire des choses obscènes – est encore soupçonnable de renfermer un peu d’esprit ou de fouge, en s’adressant à un public réellement adulte, ou éduqué, et donc potentiellement moins rentable ; de sorte que l’on n’utilise plus l’étiquette « pour adulte » accolée aux catégories « boutique », « magazine » ou « film » que par métaphore.

Dans les festivités de l’industrie du sexe nous n’avons aujourd’hui plus de choix en réalité qu’entre deux stades de l’enfance : le stade anal et le stade poupée, ou toys stage par affection pour l’américanisme.

Le constat est saisissant dans le contraste entre le contenu du musée, le bien nommé « Musée érotique », et sa boutique subtilement scindée en deux parties distinctes, le Toys Shop et le Shop pornographique, de sorte que les deux clientèles puissent à loisir s’éviter jusqu’à qu’à la caisse. Et encore ! Fréquentent-elles la boutique aux mêmes heures ? Vaste sujet sociologique…

On aurait pu dire que cette position équilibriste, le cul entre deux clientèles, est un signe d’ouverture et une métaphore à l’honneur de leur heureux commerce, si cette apparente distinction ne masquait pas plus cruellement le bannissement de toute pensée ou de tout instinct adulte en matière de sexualité pour la remplacer par l’ignominie la plus morveuse : le règne du trousse-pet.

Voilà l’association magique des sex-shops de notre ère ! Le pouvoir appétitif des instincts sexuels et le désir infini et godiche de consommation des enfants.

Toujours plus informé sexuellement, en est-on pour autant mieux éduqué ? Pas sûr … car on s’est efforcée de supprimer et de dévaloriser tout ce qui pouvait permettre aux hommes une approche adulte, mûre, ou du moins distanciée de la sexualité ; fût-elle immorale et à vrai dire surtout si elle est immorale.

Lorsque je parle de sexualité adulte, j’intègre là son ironie et sa cruauté mêmes, pour peu qu’elles renferment une once de jugement. Ce n’est qu’à ce prix que l’on peut mesurer l’écart entre les monstruosités des hippies du sexe moderne et les licences des vrais libertins. Il y a fort à parier que le marquis de Sade ne saurait que foutre affublé d’un déguisement de policier – et d’une matraque en plastique ! –  devant une fausse soubrette munie d’un masque à nez de chat. Et un serre-tête à oreilles de lapin ! A moins qu’on ne lui explique qu’il peut s’assouvir dans un mannequin à ventouse intégrée ; lui qui fit l’apologie du meurtre et du viol à des fins de philosophie libertine… Le pauvre doit se (faire) retourner dans sa tombe !

Qu’on se rassure, la vapeur est inversée, nous sommes désormais moins loin dans le crime, fût-il philosophique, mais nous ne sommes pas moins loin dans l’horreur, fût-elle inoffensive. Je maintiens que cette autre forme de l’horreur heurte fortement l’entendement humain, le mien avant tout. Quand je pense à tout ces rase-moquettes de la couette, je ne peux m’empêcher de proclamer avec foi l’oracle de notre nouveau Temple de Delphes, vraiment : Sex-Toys are us…

Arrêtons-les vite ! Avant qu’il ne soit trop tard ; ou l’orgasme se réduira bientôt au triste cri du canard en plastique :

Coin coin … !

Jean-Suie Fortaise

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