Lautner est mort. Vive Lautner !

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Georges Lautner en compagnie de Mireille Darc

« – Dites-moi Beaupoil, ils ont laissé un café dans le coin ?

– ‘Sont drôlement planqués oui !

Ah, j’en connais un pt’i après l’pont,

alors je m’disais que, si vous voulez…

– Je veux. »

(L’inconnu dans la maison, 1992)

Le 22 novembre 2013 nous quittait un de nos grands du cinéma français. Georges Lautner, réalisateur au talent incontesté, a pour ainsi dire achevé son dernier film et pas le moindre, si l’on consent à divaguer un peu quelques instant et à considérer la vie comme un vaste film dont nous sommes tous les acteurs. Qui plus est, les réalisations de Lautner ont ceci de particulier qu’elles mettent harmonieusement en relation fiction et réalité : la fiction dans le film est certes structurée par un scénario, mais les acteurs et le texte sont ce qui permet d’incarner des personnages bien plus réels que les héros 3D d’aujourd’hui.

Bien entendu, il n’est pas possible de parler de Lautner sans évoquer ce qui le fit connaître, à savoir les Tontons Flingueurs, devenu un film culte. Il est même très tentant, à l’occasion de ce modeste hommage, d’en caser quelques citations. Pourtant ce n’est pas ce que nous ferons ici, car Lautner ne se limite pas aux Tontons, loin de là. Lautner c’est aussi le Professionnel, Flic ou Voyou, Des pissenlits par la racine, le Pacha, Joyeuses Pâques, les Barbouzes, les Bons Vivants, le Guignolo ou encore Ne nous fâchons pas, et tant d’autres…

Lautner, c’est aussi cet ensemble d’acteurs légendaires qui ont marqué les années 70, 80, 90, les Gabin, les Blier, les Ventura, Lefèvre et Venantini, les Francis Blanche, Paul Meurisse et Mireille Darc, les Belmondo…

Lautner, c’est un travail fructueux aux côtés du non moins célèbre et regretté Michel Audiard, qui assura une seconde vie à la gouaille parisienne à travers ses dialogues.

Lautner nous a quitté, nous lui devons beaucoup. Et qui peut aujourd’hui prétendre être son héritier dans le cinéma français? Quel réalisateur peut aujourd’hui nous sortir un film avec des échanges tels celui-ci :

« – Haa ! Euuuh… j’vous proposerais bien le puzzle “le Congolais” : 32 morceaux plus la tête. Ou alors le cubilot de Vulcain : dix tonnes de fontes, quinze-cents degrés, et vot’ petit jeune homme se retrouve en plaque d’égout ou en grille de square.

– Non, NON ! Ni en poignée de porte, ni en lampadaire, c’que j’veux c’est plus le voir, là! »

(Ne nous fâchons pas, 1966) 

Combien de films prennent encore aujourd’hui le temps d’associer de façon équilibrée péripéties et dialogues travaillés, qu’ils soient comiques ou sérieux ?

Avec la mort de Lautner, le club sympathique de nos grands réalisateurs s’amenuise, une page se tourne et notre richesse cinématographique semble tenir d’avantage d’un vestige encore apprécié par un petit nombre se prétendant gardien de l’interprétation des grands. J’ai dit « semble » car je ne suis pas d’accord avec cette vision. Oui Lautner s’est éteint, mais tant que les écrans s’allumeront pour la projection d’un de ses films, il vivra.

Alors messieurs – que le beau sexe ne s’offusque pas de ne pas être convié officiellement, c’est conventionnel : l’univers de Lautner ne connaissait pas le féminisme de nos jours ; il respectait les femmes lui ! – à vos postes ! Organisez les projections de ces films si agréables à regarder, reproduisez l’ambiance si particulière que l’on  y trouve à l’aide d’un bon whisky et de cigarettes, faites connaître ces richesses à ceux qui les ignorent, apprenez aux jeunes générations à apprécier monsieur Fernand plutôt que les vampires de Twilight, et à jacter façon Bernard Blier, plutôt qu’en novlangue.

Quant à Lautner, il est aisé de l’imaginer rejoignant le Panthéon, son Panthéon à lui et aux autres : celui de Verneuil et d’Oury, de Broca et de La Patellière… Ils s’y retrouvent et évoquent les souvenirs de tournage, échangent des idées de scénario tandis qu’Audiard rédige des dialogues, son mégot au coin de la bouche ; il est vrai qu’ils ont l’éternité pour tourner à présent.

« Entre ici Georges Lautner… et merci ! »

SOJ

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