Cher papa Noël…

Photo : Romuald MEIGNEUX/SIPA

Photo : Romuald MEIGNEUX/SIPA

Joie dans le ciel, c’est bientôt Noël. Les rues se parent d’élégants panneaux publicitaires, les oreilles s’enchantent des douces mélodies de la chorale des Publicitaires, qui vous hurle ses « bons plans » et ses « offres spéciales » dès que vous faites mine de vous détourner des vitrines. Bien sûr, cette année encore, on va parler et reparler des dépenses des Français, s’inquiéter de les voir débourser moins ou se réjouir de l’augmentation de leur consommation. On épluchera des heures durant les chiffres des départs en vacances, le nombre de touristes, d’automobilistes sur les routes. On évaluera le rapport entre les achats en boutique et sur Internet.

On parle moins d’ailleurs de « Noël » tout court que des « fêtes de fin d’année », et il est significatif que ces « fêtes » se confondent dorénavant les unes avec les autres, et, toutes ensemble, avec des séries de chiffres, des euros, des dollars, des pièces jaunes, enfin ce qu’on veut mais du pognon : plus rien ne doit décemment subsister qui ne soit universel, global et rassembleur, et, il faut bien l’avouer, l’argent et le bonheur sont d’excellents liants.

L’un, autrefois, ne faisait pas l’autre, mais on est bien forcé de constater que tout ça n’est plus vrai, et que le bonheur se satisfait désormais très bien de l’argent, et vice versa, pour autant qu’ils mijotent ensemble dans ce concept hautement moral qu’est à présent devenue la fête.

Noël, c’est la fête des enfants. C’est donc notre fête à tous, puisque l’adulte moderne ne s’emploie plus à autre chose qu’à redevenir un nourrisson. Il suffit d’écouter n’importe quel ministre ou présentateur de télévision, n’importe quel journaliste ou homme de radio, enfin d’écouter qui que ce soit pour constater que ce monde devient une gigantesque Tour de Babil, où fleurissent des garderies pour adultes, des enseignes spécialisées dans les couches pour grandes personnes (non pas, comme on pourrait le croire, pour les incontinents, mais pour les fétichistes de la régression qu’on appelle les adult babies ou les diaper lovers) ; où plus personne n’est capable de passer devant un micro sans saluer sa maman.

Nécessairement, ce dégoûtant infantilisme ambiant a corrompu le discours politique, qui ressemble plus, désormais, à la lallation d’un bébé qu’à un véritable langage. La ville que l’effroyable Nathalie Kosciusko-Morizet imagine, dans sa campagne pour la mairie de Paris, ressemble à un dessin de maternelle ou à un gros de tube de vaseline : « Verte, intelligente, rapide, douce, fluide, simple, facile », et le totalitarisme riant qui se dégage de son programme d’apocalypse, partout estampillé du cœur qu’elle s’est choisi pour emblème, n’est écouté que parce qu’il sonne comme une comptine morveuse. « Etendre les horaires d’ouverture des crèches » ou encore « ouvrir des maisons de l’entraide » sont le genre d’atrocités qu’elle nous réserve, sans parler de sa promesse de transformer les vieux en clowns festifs, en grands enfants, « en leur proposant de contribuer à l’accueil des touristes ou à l’organisation des grands événements ». Et personne n’a encore songé à la sortir de France avec plumes et goudron, parce qu’au fond tout le monde a envie d’une maire-mère, d’une maire-Noël, d’une maire-maman qui s’exprime par gargouillis et vénère la trinité Bien-être, Poussettes et Couches-culottes.

Pendant ce temps, son alter ego Anne Hidalgo joue la transgression et a pris pour slogan « Paris qui ose ». Mais qu’ose donc cette hilarante Attilette ? Elle ose « considérer que la solidarité est un atout », elle ose plaider pour une « ville bienveillante », et ose encore beaucoup de choses très osées que j’aurais du mal à répéter sans frémir. Dans le combat de gallinacées qu’est devenu ce simulacre de campagne municipale, c’est à qui régressera le plus. On imagine avec délices le prochain stade de cette décomposition, avec distributeurs automatiques de barbe-à-maman à chaque coin de rue, Poussettes-lib’, Voitures-à-pédalib’ et Préservalib’ rechargeables.

Il n’est pas si difficile de se figurer à quoi ressemblera, d’ici quelques années, le champ de ruines moelleuses qui a remplacé la politique, quand on écoute parler la jeunesse militante, qui constituera dans peu de temps les bataillons roses qui osent de la classe dirigeante. Un groupe de ces pantins comiques a récemment défilé dans Paris pour oser dénoncer la « libération de la parole » et le racisme, ce qui est très courageux et très subversif, et brandissait des pancartes hautement symptomatiques où l’on pouvait lire : « Cher papa Noël, offre-moi une France sans fachos ». Une adolescente explique : « Y a de plus en plus de racisme et ça indigne même plus les gens. Par exemple la couverture sur Taubira, qui est vraiment scandaleuse et qui m’a vraiment motivée à venir aujourd’hui pour manifester. » Sous ce touchant charabia, on perçoit tout de même la reconnaissance qu’éprouve cette jeune militante envers le racisme, qui la « motive à venir manifester » et ravive son indignation. En tout cas, le site internet de Libération a dû la trouver suffisamment limpide et vivace pour publier son intervention, à ma grande satisfaction. Une autre flèche renchérit : « Je dirais que ce phénomène latent qui tend à banaliser le racisme aujourd’hui aux yeux de tous, et sur les réseaux sociaux notamment c’est omniprésent, on sent une haine latente, présente, partout, une haine de l’étranger », etc.

De toute façon il suffit visiblement de s’en remettre au papa Noël. On n’en voudra jamais assez aux salopards qui fomentent le nouveau monde d’avoir ainsi démoli cette belle fête, cette fête véritable qui est la commémoration du Salut mystérieux, incompréhensible et immérité, offert malgré tout, dans la personne d’un enfant trop précieux pour cette terre.

Eric Campagnol

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3 Responses to Cher papa Noël…

  1. Saumon de Noel au citron says:

    Moi aussi ! du grand Campagnol.
    La conférence de NKM dans une certaine école parisienne, en novembre dernier, était pas mal. On y a parlé de « ce projet dont les Parisiens sont les héros » ou encore « des forces centripètes » (sic!) qui caractérisent une ville comme Paris.
    Il ne fait plus de doute que le conseiller comm’ de madame Morizet s’est craqué. En réalité elle a pas mal de bon sens, mais aucun attrait pour le leadership idéologique (entendez : républicains) qui anime les vrais débats. Elle fait campagne pour une ville en même temps, et parle ni en politicienne de Sciences-Po, ni en militante du PS, simplement en polytechnicienne un peu originale. Par exemple, elle désigne Paris comme la ville de l’émancipation : celle ou règne l’anonymat libérateur du regard familial ou provincial, « la ville des rencontres » etc. C’est un discours auquel on n’est pas habitué à droite. Droite d’ailleurs qu’elle n’affectionne pas outre mesure, seulement dans la considération qu’elle en fait d’être le « parti du progrès » technique et de l’audace créatrice, contre le parti conservateur frileux des gauchistes. Approche amusante s’il en est ! Et pour les crèches en revanche, monsieur Campagnol joue un peu sur les mots, c’est une mesure intelligente qui favorisera les professionnels.
    En attendant impatiemment du Père Coca-cola ma couche et mon abonnement à une crèche pour adulte, je vous les souhaite biens bonnes. (P.S: en fait tout le monde veut prendre la place de Jésus dans la Crèche si j’ai bien compris, la paille en moins).

  2. truite sauvage says:

    excellent !

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