Libération des idées

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Lemieux, Guillon, Iacub, Djian, Fischler

Bonaventure Caenophile vous livre aujourd’hui sa lecture de la rubrique Idées de Libération (édition du week-end 04/05 janvier)

L’impertinence courageuse de certains de nos journalistes me laisse rêveur. Je ne parle pas ici des reporters de guerre, dont la témérité fait couler autant d’encre qu’ils en consomment ; ces gens là méritent avant tout une certaine admiration. Non, ceux qui illuminent plus certainement le monde médiatique de leur panache, ce sont ces journalistes critiques, hommes de réflexion, experts en la matière. Ils sont un peu partout et partout font autorité. Laissez-moi donc vous faire découvrir les arènes cérébrales du journalisme d’idées, avec un « s », s’il-vous-plait. Et ce que l’on fait aujourd’hui de mieux en l’espèce, les penseurs de Libération.

L’indispensable sociologue

Il est de toutes les coteries, de tous les banquets intellectuels. Représentant du grand ordre bourdieusien, poète des temps modernes, pythie salutaire, on lui confie sans confession les clés de l’expertise sociale dans son intégralité. Aujourd’hui dans Libération, c’est Claude Fischler, énième ponte du CNRS, qui s’intéresse à la sociologie du repas. Au menu, rien de moins qu’un ethnologue qui n’arrive pas à consommer la bouffe des aborigènes qu’elle étudie, car leurs plats ne sont pas « gluten-free ». On apprend aussi que « manger reste avant tout une façon d’être ensemble » (je pensais qu’il s’agissait de répondre à des besoins corporels, pardon). Enfin vous devez savoir qu’apparemment, « chacun veut se réapproprier le contenu de son assiette ». Mystère.

L’écrivain du dimanche

On vous propose ensuite un de ces fossoyeurs de la littérature: c’est la rubrique « les sous-doués jouent avec les mots ». Aujourd’hui, on a un peu de chance, car le chroniqueur n’est ni Darrieussecq, ni Angot. Mais pour les concurrencer sereinement, on nous a mitonné l’horripilant Philippe Djian, nihiliste de la forme, esthète de la nullité dont la prose n’est que maladresse sur banalité. Quelques morceaux choisis pour vous réjouir: « J’ai envie d’écrire l’histoire d’un homme qui s’habille en fille, le soir venu. Et bien c’est OK, je vais le faire. Je vais l’écrire. » Ou encore: « Couille molle ne me parle pas, je n’y associe aucune image. Bite molle, en revanche, ma foi, bien sûr, comment ne pas. » Avec tout cela, il se la joue parce qu’il se refuse à mettre des points d’interrogations dans ses phrases…  point d’interrogation sur son inutilité, en revanche. Passons vite.

Le petit con

Je ne vous le présente pas, car entre alors l’insignifiant Stéphane Guillon. Il se donne des frissons bien socialistes en entamant devant nous son plus beau Nazi rock, une sorte de valse de Godwin qui consiste à dire que Dieudonné devrait accepter d’être un nazi, un vrai, un dur, un gammé. Et ne pas nier que sa quenelle est un « heil Hitler! » camouflé. Toutes ces pitreries adolescentes s’achèvent dans la cour de récré: Guillon, élève de 6e, gueule à travers le grillage qui le sépare de la terreur M’Bala et de la cour du Lycée, que sa quenelle n’est qu’un « vermicelle ». La classe.

Le mutin de Panurge

Grande prêtresse de la transparence, délatrice de première catégorie, capable de vendre son corps pour un bouquin ordurier, Marcela Iacub se targue d’écrire « à contresens ». Plutôt des contresens, me direz-vous. Il s’agit bien ici de faire des galipettes intellectuelles, pour nous épuiser avec des formules du type « au Moyen-Age, on croyait que l’Amour était une forme de folie ». Et finir par admettre que « l’érotomanie [mythomanie consistant en l’invention de relations amoureuses] devrait être considérée comme la forme la plus pure de la folie amoureuse. » On y arrive, moi Marcela, dans ma folie, j’ose défendre un monde sans sexe ! Le programme de Libé, en somme.

La caution philosophique

Un article un peu plus sérieux, enfin. Le prof de philo en question est d’un féminisme peu agressif, mâtiné de cinéma. Tout cela part un peu en vrille cependant. Elle ne peut s’empêcher de voir une « (é)preuve de l’existence de l’âme » dans la figure d’une star du grand écran récemment décédée [Joan Fontaine]. Cela surclasse très nettement le reste des papiers, surtout en ce qui concerne la quantité de matière culturelle convoquée. Pas difficile, me direz-vous.

La seconde couche

Un sociologue n’étant jamais de trop, on en découvre un second. Cyril Lemieux. Pour le pire. En renfort à Bourdieu, Norbert Elias, Prince de la Précaution, penseur du « processus de civilisation ». S’il est un peu présomptueux de le réduire à ces concepts bruts, il ne nous échappera pas qu’on trouve chez lui toute la matière d’un charabia encourageant le contrôle de l’Etat sur les relations entre individus. L’Etat moral, en somme. Mais c’est pour la bonne cause, pour lutter contre la « banalisation de la désormais fameuse parole « décomplexée » à travers laquelle certains ont le « courage » de se révéler à eux-mêmes ». « L’autocontrôle », c’est-à-dire le contrôle par les personnes qui savent, doit venir relancer la grande marche du progrès vers la « civilisation ». Au cas où vous ne l’avez pas encore compris, le sociologue est le prêtre de notre temps. Ecoutez-la bonne parole. Elle est dans Libé.

Bonaventure Caenophile

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One Response to Libération des idées

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