« Eh le blanc! C’est comment? »

SOJ revient du Cameroun avec une petite chronique en cadeau !

camerounJe suis allé là-bas. J’avais envie de voir, je ne connaissais pas. Je n’avais que les infos de Wikipedia, quelques nouvelles de gens vivant sur place, et les avis de ceux qui ont voyagé, ceux qui y sont allés, là-bas, en Afrique.

Je n’ai été que dans l’un des nombreux pays qui composent ce continent, mais je crois que chacun de ces composants a des charmes communs… et des attraits qui lui sont propres. Je ne peux que donner un aperçu de ce que j’ai vu, et inviter à voir par soi-même.

Là-bas, le rapport au temps n’est pas le nôtre, les horaires ne sont pas faits pour être respectés, ils sont faits pour donner une indication, un repère permettant de se retrouver.

Là-bas, les poubelles n’existent pour ainsi dire pas. Dans la capitale, un système de voirie se manifeste çà et là, mais la plupart des déchets sont sur la voie publique. Il faut dire qu’ils ont la culture du bio-dégradable, et finalement, ce qui met le plus de temps à se dégrader vient d’Europe. Là-bas, les toilettes publiques ne sont nulle part…et partout. Sur le bord de la route, de la rue, du trottoir quand il y en a un, l’individu peut se soulager : là-aussi, c’est bio.

Là-bas comme ici,  les moyens de transports sont les taxis et motos pour les courtes distances, et pour les longs voyages les autobus dont les capacités de places sont insoupçonnables. En fait, ce dernier point est vrai pour n’importe quel véhicule. Ah! Si nos taxis français savaient combien de personnes peuvent réellement tenir dans leurs voitures, que de bénéfices ils feraient! Nos motos-taxis gagneraient aussi à moins se focaliser sur le port du casque et d’avantage sur le nombre de passagers qu’ils peuvent prendre – un minimum de 4, chauffeur compris -. Mais attention : là-bas, sans le klaxon, c’est fichu : il est vital pour interpeller le client éventuel, et prévenir les accidents plus que probables, mais prodigieusement évités. Là-bas les feux rouges sont rares, comme les radars, et on ne les respecte qu’en cas d’extrême nécessité, un peu comme la ceinture de sécurité. En revanche, les dos d’âne, véritables arrache-pneus, sont d’une efficacité redoutable. Là-bas, la « débrouille » prévaut sur le code de la route.

Là-bas, on mange et on boit bien, la bière se sert en litres, pas en demi. On trouve une grande variété de plats et d’accompagnements, le nouveau venu se doit de goûter un maximum de choses, du poulet au porc-épic en passant par le crocodile, et afin de garantir une compatibilité avec le palais et l’estomac, il y a toujours la sauce pimentée pour unifier les goûts. Bien sûr il faut savoir apprécier, attention la première fois : il n’est pas rare que le blanc présomptueux rougisse et pleure, ayant accompagné un peu trop généreusement la viande ou le manioc! Mais là encore, une des qualité de l’alimentation, c’est qu’elle est naturelle.

« Le blanc » : voilà ce qu’on est là-bas. S’agit-il d’acheter des vivres ou des souvenirs, aussitôt la nuée s’abat sur vous, on se précipite on s’agglutine, on fait passer l’info au cousin, à l’associé, à la maman : « C’est le blanc que tu veux voir? » Et s’ouvre alors l’ère de la négoce, le but du jeu étant de baisser le prix du produit de quelques Francs CFA, sachant qu’en face, on affaire à des joueurs de poker.[1]

« Le blanc » : partout sur son passage il s’entendra appeler ou désigner ainsi, entre les « pssst » et les  « tssst » car enfin ce n’est pas commun là-bas d’être blanc; les métis ont droit à la même marque de considération, que ce soit bienveillant, ironique ou hostile. (Il serait amusant de placer dans ce décors un homo festivus, ardent combattant du racisme de chez nous. Le pauvre être risquerait de ne pas supporter la nécessaire mise à jour de son système de pensée.)

Mais cela ne veut pas dire que là-bas, ils n’ont pas le sens de l’accueil, bien au contraire! J’ai appris beaucoup sur l’hospitalité[2] et sur la solidarité là-bas. Vous êtes perdus? Vous avez une roue crevée? On va se décarcasser pour vous aider  – cependant il est de bon ton de remercier avec quelques FCFA tout de même! « C’est normal n’est-ce pas? » -.

Là-bas ils ont le sens du rythme. Ils ont la danse facile et la sensualité dans la peau. Comme dirait l’un d’eux, « C’est génital! Heu…Générique! NON! Gé-né-tique! »[3]. Et quand le danseur – ou le chanteur- fait des prouesses, on ne se prive pas de le faroter.

Faroter : manifestation d’encouragement consistant à aller glisser un billet au danseur en pleine action – avec un peu de chance, le billet tient sur le front grâce à la transpiration, car enfin c’est physique la danse! Curieux n’est-ce pas? Vous me direz… chez nous aussi on glisse des billets lors de certaines danses, avec des barres, tout ça…Mais le sens n’est pas le même.

Pour ce qui des expressions locales, un bref encart : là-bas pour se saluer on ne dit pas « ça va? », on dit « C’est comment? », et on peut dire bonsoir dès 11h du matin. J’indiquais au départ que les horaires n’étaient que des indications, et selon cette logique, on évoque la durée sans trop de précisions : « Je suis là depuis… », par exemple,  suffira amplement, pas besoin d’en dire plus. Et au nouveau-venu que j’étais, on n’a pas souhaité la Bienvenue, on a dit « Bonne arrivée! ».

Je pourrais faire durer l’aperçu encore longtemps, mais ne pouvant me départir d’une certaine subjectivité, il me semble plus sage, ainsi que je le disais au départ, d’inviter à voir par soi-même. Quant à moi, on m’avait parlé du « virus africain », eh bien ça y est, je l’ai – mais non, pas le VIH!  –

Le blanc est allé là-bas[4]. Il y reviendra avec plaisir.

SOJ

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©SOJ


[1]    Merci au Persan sans lequel le pigeon que je suis se serait fait plumer innocemment mais sûrement!

[2]    Merci notamment à E. et P.

[3]    Dédicace à Jo

[4]                Merci au Persan et à l’Oie.

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One Response to « Eh le blanc! C’est comment? »

  1. Persan O. says:

    j’ aime!

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