De l’une à l’autre : ne manquez aucune des deux !

© DR

© DR

Ce que l’on a pensé de De l’une à l’autre, en ce moment à l’Auguste théâtre.

En ce moment se joue à Paris une pièce particulièrement géniale, à l’Auguste théâtre,[1] plus précisément – il a pas volé son épithète celui-là. Votre humble serviteur est allé la voir samedi dernier, et il en est sorti tout retourné, avec des lolli-ludvig van et des Joie Joie Joie plein les glazes[2].

De l’une à l’autre raconte le séjour truculent d’une jeune femme, Colette, dans la clinique du « Cerf amoureux ». Colette souffre d’une dissociation de la personnalité,  et nous permet ainsi de rencontrer la délicieuse Nuage. L’une a peur des hommes – « Les zhommes m’angoichent… », nous a-t-elle confiée, le sourire ingénu. L’autre Cumulonimbus se rêve à la fois cruche, faïence et impératrice du mâle empire : « Je veux être ta cruche, ton vase de Chine, je veux que tu m’exposes dans ton salon, comme ta suprême potiche ! Je veux passer mes jours à m’enduire de crème, pour toi mon amour ! » s’écrie-t-elle à son amant, dans un crescendo hilarant d’ironie et de fantasme.

Les dialogues détonnent et hilarisent à la fois, les scènes de danse subjuguent, les voix séduisent, les accents émeuvent. On en sort ragaillardi, tout plein de la puissance du théâtre, qui libère en signifiant, réjouit en formulant, met de la joie dans les âmes en démasquant les faux semblants et les fausses pudeurs.

La pièce est magnifiquement interprétée par Clémence de Villeneuve. Seule sur scène, elle parvient avec virtuosité à faire vivre une clinique tout entière, deux personnages de chambrée, et un psychiatre « gaïologue » en prime. Ecrit à quatre mains par l’actrice et sa sœur, l’écrivain et philosophe Camille de Villeneuve[3], ce (trop) court chef d’œuvre, ô mes frères, n’aurait pas été désavoué par nos plus grands auteurs.

Aussi, tas de loques inertes, je vous enjoins d’y faire un tour. Boudhidha disait « si tu ne nourris pas ton âme, elle va clamser d’inanité, mon pote ». Et en ces temps de famine intellectuelle et de disette artistique, mes frères, venez goûter à ce caviar de l’esprit, à ce suprême de Charlotte aux fraises de la gnougnoute,  à ce château Margaux du foie artistique : ce sera pas du luxe pour vos esprits affamés.

De plus il y a un bar très cosy-sympa juste à côté, avec des cocktails très choki-bonbon à moins de 5 euros, si tu veux te refaire une santé en sortant de la scène, rustre.

Alexandre Pâris


[1] Pièce jouée jusqu’au 15 février

[2] L’indigne auteur de  cet article est en train de lire l’Orange mécanique de l’inégalable Anthony Burgess : à défaut d’avoir le talent de l’auteur, il en reprend le langage des personnages. « Glazes » signifie « œil ».

[3] Auteur deux romans et d’un essai, Camille de Villeneuve (ENS Ulm) donne un séminaire sur Simone Weil au Centre Sèvres à Paris, et enseigne à Sciences Po. Elle est par ailleurs doctorante en philosophie.

Publicités

À propos leclubdessaumons
http://www.facebook.com/clubsaumon

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :