J’ai enfin compris la raison de mon peu d’attirance pour les femmes à moustache

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Beatriz Preciado, dans Bonjour les Terriens.

« Je soutiens corps et âme les droits des femmes. Mais j’aime aussi les gauches. » Groucho Marx

Les Espagnols, dont je commence à croire, pour les connaître un peu, qu’ils sont plus intelligents que nous, viennent d’approuver, par le biais de leur gouvernement, un avant-projet de loi sur l’avortement qui, évidemment, fait des vagues, à tel point que notre toujours truculente Najat s’est fendue d’une lettre exprimant haut et fort son indignation, la pauvre choute. Le projet de loi et le fond du débat sur l’avortement constituent des questions trop vastes pour être abordées ici. Ce qui nous intéresse en revanche au plus haut point, ce sont les cris d’orfraies lancés par les harpies du néo-féminisme clitoridien, dont la fureur proche de l’apoplexie nous remplit d’une jubilation hilare.

La plus grotesque de ces diatribes nous est offerte par la plume, au demeurant assez grossière – mais après tout rendons-lui justice, je ne saurais prétendre écrire l’espagnol aussi bien qu’elle le français – d’une certaine Beatriz Preciado, philosophe d’origine espagnole, présentée comme directrice du Programme d’études indépendantes au Musée d’art contemporain de Barcelone, et qui est également, renseignements pris, chercheuse à Princeton et enseignante à Paris VIII. Posons un peu le personnage, parce que ça vaut le coup : la subtile mademoiselle[1] Preciado pourrait à elle seule inspirer au divin Muray trois ou quatre cent pages.

À titre liminaire, et après avoir instamment prié mes lecteurs d’éloigner les enfants du poste, précisons qu’elle est la compagne de cette mutine de Panurge chimiquement pure qu’est Virginie Despentes, situation qui permet une relecture particulièrement piquante de l’expression « asinus asinum fricat »[2]. C’est la pionnière de ce qu’elle appelle une « contrasexualité » indépendante des normes de genre. Une recherche (rapide, il faut l’avouer) m’apprend que cette théorie abracadabrante, dont l’idée de base est la remise en cause du « contrat social hétérocentriste », propose un contrat détaillant minutieusement le comportement sexuel des partenaires, présupposant le renoncement à toute forme d’identité sexuée. Entre autres énormités, l’anus est considéré comme « centre universel contrasexuel » dans la mesure où il est possédé indifféremment par hommes et femmes et donc non discriminant. Les amateurs de sensations fortes, s’ils veulent se fendre la poire comme rarement, peuvent lire son édifiant Manifeste contrasexuel, qui aurait valu à notre phénomène un séjour bien corsé à Sainte-Anne il n’y a pas cinquante ans. Après avoir pondu ce manifeste « onanirique », elle s’est infligée de la testostérone pendant plus de sept mois, expérience qu’elle relate dans un deuxième livre[3] qui lui vaut d’être invitée chez Ardisson[4].

La suprême bouffonnerie du texte reflète assez fidèlement celle de son auteur. La tribune commence en fanfare par une pique contre « la fiction individualiste néolibérale » dont mademoiselle Preciado est pourtant, qu’elle s’en rende compte ou non, l’avatar le plus abouti. L’auteur, en substance, invite à la grève des utérus, expliquant qu’elle « n’a jamais enfanté, ni n’enfantera jamais au service de la politique espagnoliste » ni « pour le compte du PP[5], ni pour les paroisses de la Conférence épiscopale ». Prônant « l’abstinence et l’homosexualité, mais aussi la masturbation, la sodomie, le fétichisme, la coprophagie, la zoophilie… et l’avortement », elle incite à « ne pas laisser pénétrer dans nos vagins une seule goutte de sperme national-catholique ». Dans la mesure où elle est lesbienne, on voit mal de quel sperme elle veut parler, et d’ailleurs j’ignorais que ma semence puisse professer des opinions politiques : on me cache des choses, si ça se trouve elle fait de l’agit-prop marxiste en loucedé, la friponne. Pour couronner le tout, une tirade assez absconse et vaguement marxisante sur l’expropriation des utérus au service de l’État-nation[6], achève de nous prouver que le vieux Karl n’est pas fait pour être lu sous l’effet de substances hallucinogènes. Résumons-nous : ce texte est à la logique et à l’argumentation ce que le gang bang est à l’amour courtois.

Pour clore cet article, je voudrais m’adresser personnellement à mademoiselle Preciado. Premièrement, pour lui suggérer de laisser tomber son prénom, dont il faut avouer qu’il est outrageusement clérical et sexué : rendez-vous compte, il n’a même pas de variante masculine. On pourrait imaginer quelque chose de plus moderne et plus neutre, comme « tractopelle » ou « camion-citerne », qui iraient à merveille à notre testo-junkie préférée. Deuxièmement, pour lui assurer de tout notre soutien dans son refus de procréer : le PP, l’Opus Dei et la Conférence épiscopale lui devront alors une fière chandelle. Le cardinal Rouco Varela[7], qu’elle a l’air d’apprécier, n’est certes pas le plus ethnico-libertaire des prélats de la Sainte Église romaine, mais nous pouvons être sûrs qu’il a accordé des indulgences plénières pour moins que ça.

Edmond Leboîteux


[1] Mais si, j’insiste : aux dernières nouvelles, elle n’est pas mariée.

[2] « L’âne frotte l’âne » : expression utilisée pour se moquer d’imbéciles qui s’adressent des louanges mutuelles et en général indues.

[3] Testo-junkie : sexe, drogue et biopolitique, Grasset, 2008

[4] The Big Bang Theory s’était amusé à imaginer l’expérience en sens inverse. La différence, c’est qu’eux sont drôles.

[5] Parti populaire, équivalent en plus couillu de l’UMP, actuellement au pouvoir. Accessoirement, précisons que c’est ce parti qui est en train d’orchestrer une reprise économique saluée par tous les observateurs, ce qui n’était pas gagné après la catastrophe suscitée par le mandat des socialistes de Zapatero. Parce que figurez-vous, ô mes subtils compatriotes, que quand on élit des gens compétents, de temps en temps, ça marche. Essayez une fois de temps en temps, vous seriez surpris.

[6] Rappelons que l’Espagne, étant donné sa structure politique fédérale extrêmement développée et la protection constitutionnelle sans équivalent qu’elle accorde aux langues régionales, est un des pays d’Europe qui ressemble le moins, à l’heure actuelle, à un État-nation, ce qui démontre, si besoin est, que la rigueur argumentative est le cadet des soucis de notre hystérique à moustache.

[7] Antonio María Rouco Varela est l’archevêque de Madrid et le président de la Conférence épiscopale espagnole. N’en déplaise à mademoiselle Preciado, et en dépit du fait qu’il soit de fait assez carré, il est aussi intégriste que je suis zoroastrien.

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