Médaille d’opprobre

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Poutine par les Pussy Riot, ©Abode of Chaos

La Russie est sous le feu de toutes les attaques en ce moment. De son implication dans la guerre civile ukrainienne, terre du premier Rus1, à son action diplomatique (et militaire) en Syrie, rien ne semble pouvoir la sauver de la défiance et de l’antipathie médiatique ; pas même la grande fête universelle du sport que sont les Jeux Olympiques.

Ainsi l’inévitable BHL, continuant avec abnégation sa croisade contre l’Axe du Mal (Iran-Russie-Syrie), mais aussi nos journalistes sportifs, qui se sont empressés de participer à cette Session de la Haine. On les a donc entendu encourager la contestation de la médaille d’or russe en patinage artistique, soit disant volée à la Corée du Sud. Les arbitres seraient vendus à leur hôte, corrupteur suprême du sacro-saint fair-play.

Petite parenthèse : la présence d’une telle discipline dans une compétition sportive devrait nous laisser dubitative : si ce spectacle est du « sport », pourquoi diable refuserait-on des activités physiques et artistiques comme la construction de bonhomme de neige chronométrée, le ballet en chute libre ou le jonglage sur dos de yeti. De la même façon que l’on ne note pas la beauté des buts de Zlatan, on ne devrait point accepter dans la secte des sports tout activité physique dont l’évaluation est soumise à une appréciation (exemples : les sauts à ski ou à roulettes, la natation synchronisée, la gymnastique, le dressage en équitation, …). Même le curling a plus sa place au Mont Olympe que ces spectacles pour cirque.

Revenons à Sochi. Après le coût des Jeux -– mirobolant où qu’ils soient organisés aujourd’hui, la fête étant le cœur de tout événement social moderne – , puis la question homosexuelle (qui n’est pas un délit en Russie, comme c’est le cas dans certains États américains), les geignements des punkettes de bac à sable que sont les Pussy Riot, ou l’éternelle question de l’impact écologique de l’événement (…), c’est une nouvelle polémique que L’Équipe a dénichée pour aggraver le cas Russe dans son grand procès médiatique.

Alors que la Russie termine en tête des Jeux d’Hiver (ce qui me semble logique quand on connaît la superficie, le PIB, la population, et le climat locaux), un journaliste parisien s’insurge contre le fait que sept des treize médailles d’or obtenues par la Russie sont le fruit d’une immigration récente. Ce positionnent anti-immigration est totalement inattendu, surtout si l’on sait qu’aucun individu en France n’oserait s’offusquer publiquement de la fuite des espoirs nationaux financés par nos fédérations vers celle du Maghreb ou d’Europe de l’Est, une fois leur majorité advenue. Pour comprendre, il faut simplement faire preuve d’un chouia de manichéisme dogmatique  : oui, l’immigration sera toujours une bonne chose dans le monde libre – nous pratiquons à outrance ce muscle drain, sur le modèle américain, il n’est pas question pour nos gratte-papiers de le critiquer – mais cependant, cette même pratique doit être une action malveillante quand elle est pratiquée par l ‘ennemi. Le message est clair : personne ne peut vouloir décemment habiter en Russie.

Une éclaircie cependant vient rassurer nos optimistes affolés. La prochaine fournée olympique, comme l’affirme Le Monde, sera moins « politisée » (la présence de Poutine dans les gradins étant insupportable pour ceux qui considèrent, comme BHL, qu’il a organisé des « Jeux de la Honte »), En 2018, le rôle d’amuseur des neiges sera assurée par un pays qui, lui, est « moderne », la Corée du Sud. Certains se mettent même à rêver d’une Pax Coreana, où sudistes et nordistes patinerait en toute cordialité. Ouf !

Bonaventure Caenophile

1Premier embryon de la Russie fondé au IXe siècle après J-C, et qui avait pour capitale politique Kiev (dirigée par le roi Oleg le Sage) et religieuse (ou siège le premier métropolite russe dès 988 (baptême de Vladimir, converti par Cyrille). Moscou devient une métropole en 1325, et du même coup la capitale russe ; le siège religieux de Kiev est supprimé en 1686 après un rapprochement des Ukrainiens avec Rome.

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One Response to Médaille d’opprobre

  1. Ping: Sur le traitement médiatique des J.O. de Sotchi | Camille Dalmas

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