Deux amis qui rient vont plus loin qu’une brute qui grogne

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Amis, par Hanna Pauli, 1900-1907, Musée National, Stockholm. © Google Cultural Institute.

Avec un peu de retard, voici ce texte qui traite du Jour de Colère de janvier. Mais comme un nouvel épisode se profile en mars, il semble que sa lecture ne manque pas de pertinence et d’actualité.

« Je proteste contre le monde moderne, mais j’adore ses femmes minces. » Roger Nimier, Le hussard bleu

On remarque assez facilement, chez nos compatriotes, une tendance lourde à se prendre beaucoup trop au sérieux. Le moindre fait de société est disséqué d’un ton doctrinaire par de pontifiants sociologues, et passer sa frustration sur un félin vous vaut un an ferme. Mon estimé collègue Alexandre Pâris risque d’avoir chaud aux miches : au rythme où ça va, il finira ses vieux jours derrière les barreaux.

On aimerait penser que cette attitude horripilante est l’apanage d’une gauche pénétrée de messianisme droit-de-l’hommiste, et dont nous savons depuis 1789 qu’elle manque congénitalement d’humour. On se tromperait : la droite pêche aussi, et pas seulement parmi les grands partis, dont les principaux représentants sont aussi graves que des huissiers de justice, et aussi bandants que des choux de Bruxelles avariés.

Il fallait donc espérer que les réactions de la base compensent par leur panache et leur fantaisie le soporifique conformisme des sectateurs du parti au pouvoir et d’une opposition qui ne vaut guère mieux. Si l’on en juge par l’ambiance déprimante du Jour de Colère, sorte de Poujade-pride parsemée de quenelles à l’ananas et épicée par quelques skins en mal d’action, dans une ambiance très « droite orpheline » et le tout sous une averse à vous rendre une société de bienfaisance nord-américaine résolument allergique à l’eau, on en est loin.

Pourtant, ça partait bien : il y avait du politiquement incorrect, du réac, du facho, du bonnet rouge, du quenellier, bref, le gratin des parias de la République, et même l’Action française, dont il faut déplorer que ses membres ressemblent plus, aujourd’hui, à Serge Ayoub qu’au comte de Montesquiou. Tous les ingrédients étaient donc en théorie réunis pour faire un pied de nez mémorable à la médiocrité bouffie de certitudes qui nous gouverne. Raté : au menu, quelques slogans confus, voire douteux, ou pire encore, d’ordre fiscal, et une frustration désespérément terre-à-terre. Seigneur, quel ennui ! L’intitulé de la manif aurait du, d’ailleurs, me mettre la puce à l’oreille : les gens en colère sont rarement décontractés des zygomatiques.

Or c’est l’essence du problème. Ceux qui se veulent authentiquement réactionnaires, dans le sens le plus noble du terme, doivent se comporter comme tels au lieu de singer le premier croque-mort syndicaliste venu. Quiconque rejette le culte de l’égalitarisme doit aussi mettre un point d’honneur à refuser le médiocre, à l’exemple des Ukrainiens, contre-révolutionnaires ou pas, qui attaquent les CRS à la catapulte et n’obéissent qu’à des prêtres ceints de leur plus majestueuse paramentique. On ne fait pas une contre-révolution en psalmodiant le livre des procédures fiscales, ce Lévitique moderne, comme un vulgaire roturier parisien prenant la Bastille d’assaut. Il faut de l’absurde, du dandy, du hussard, en un mot une démarche esthético-dadaïste. Il faut des Incroyables et des Merveilleuses, bordel, pas des Contribuables et des Tricoteuses ! Contre le triple nivellement idéologique, judiciaire et sanitaire, la réponse est un gueuleton solidement arrosé et ponctué de traits d’esprit et de havanes, plutôt qu’une ridicule grève de la faim, caprice d’enfant gâtée qui n’est en réalité qu’une capitulation face au diktat omnivore de l’outrance médiatique. Lorsque Anytos Hollande, Mélétos Peillon et Lycon Valls, ces démagogues enragés, accusent les catholiques, Socrates modernes suspects d’impiété vis-à-vis de la Foi moderniste, c’est avec le rire de Démocrite qu’il faut répondre, et non les larmes d’Héraclite.

Mécontents et colériques de tout poil, cessez donc de trépigner. Fendez-vous plutôt la poire aux dépens des Fouquier-Tinville modernes et modernants, que diable ! Ce n’est pourtant pas difficile dans une société ou la bouffonnerie est érigée au rang de norme, voire de sésame suprême vers la gloire, fût-elle fugace et warholienne, comme l’ont constaté d’un regard bovin les plantes vertes qui ornent nos émissions de télé-réalité. Riez face au psychodrame de la vie politique nationale. Riez face à la vacuité et aux contradictions de la nouvelle morale. Riez face à l’indignation de commande et la dénonciation de réflexe. Riez face à la fausse liberté, à l’impossible égalité, à l’hypocrite fraternité. Riez face à la mesquinerie des préoccupations de vos contemporains. Riez face à l’homme adonisé, à la femme chosifiée, à l’Homme et à la Femme niés. Riez face à la déconstruction et la réappropriation. Riez face au vivre-ensemble, à l’en-commun, aux dynamiques sociales plurielles, à la parentalité conjugale cohabitante. Riez face à l’eugénisme, à la pulsion de la toute-puissance et au fantasme de l’illimité. Riez face à la honte du passé et à la peur de l’avenir. Riez des racistes et des antiracistes. Riez des athées et des syncrétistes.

Riez de tout, sauf de Dieu, parce que Lui s’est déjà chargé de rire de tout le monde, sous cape et sur croix, répondant aux Juifs qui le disaient scandaleux et aux païens qui le disaient fou. Les sots qui se moquent de Lui, masquant leur stérile mépris sous le spécieux prétexte de liberté d’expression, seraient bien inspirés de se rappeler que c’est Lui qui rira le dernier, et qu’Il ne se privera pas de bien rire. En attendant, et jusqu’à ce qu’Il arrive, il n’y a que l’humour qui puisse nous sauver.

Edmond Leboîteux

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One Response to Deux amis qui rient vont plus loin qu’une brute qui grogne

  1. Fabre says:

    « dans quel désarroi, lorsqu’il fut à la chambre, le rire de Léon Daudet ne jetait-il pas un Aristide Briand….. » (Henri Massis) il y a presqu’un siècle, qu’on connaissait déjà le pouvoir du rire

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