Le Sacré-Cœur est communard, ignare !

Manet

Guerre civile, lithographie d’Edouard Manet, 1871, Musée des Beaux Arts de Budapest, Hongrie.

La profanation de la Basilique du Sacré-Cœur a fait réagir Bonaventure Caenophile : il propose aux délinquants une petite leçon d’Histoire. 

Le 18 mars 1871, c’est-à-dire à peu près il y a 143 ans commençait à Paris la Commune, un de ces épisodes sanglants que notre Histoire a, aujourd’hui encore, le plus grand mal à digérer. Présenté comme un sursaut nationaliste, une révolution socialiste ou une révolte progressiste selon les idéologies, il n’en reste pas moins qu’elle fut traitée avec la plus impitoyable sauvagerie par les Versaillais du petit Thiers, et que son matage permit à court terme d’asseoir la République bourgeoise et radicale désirée par les Jules.

C’est donc en cette fin d’automne 1871, sur la colline de Montmartre, que les choses s’échauffèrent, et dans l’arrondissement du futur Tigre, alias Clemenceau, une foule déchaînée lyncha ses militaires qui avaient reçu l’ordre de retirer les canons. Paris voulait se battre. L’armée était jugée coupable de lâcheté vis-à-vis de l’ennemi. Dans les rangs parisiens, on ne demandait qu’à tenir bon, à s’armer contre l’ennemi ; on adulait Gambetta et sa montgolfière.

Il faut savoir que le rapport de la Commune au catholicisme est assez ambigu. D’un certain côté, la Commune fut indéniablement laïque et anticléricale, cela trente-quatre ans avant l’heure de l’Histoire ; en témoigne la rupture du Concordat de 1902. Mais les choses n’en restèrent pas là.

Le contexte politique l’explique, la Commune se soulevait contre les traîtres légitimistes et orléanistes qui négociaient, depuis un an dans son dos avec l’ennemi prussien, tout en promettant haut et fort la République. Cette trahison est un fait.

J’aime à penser, comme Drumont cité par Bernanos1, que la Commune fut l’« éternel crime des conservateurs », qui s’étaient associés à cette « répression infâme », allant jusqu’à se mettre du côté de leurs ennemis pour asseoir leurs intérêts. Ainsi, la Commune haïssait le catholique, elle était du même acabit bourgeois et jacobin que les sans-culottes de la Terreur. La preuve avec ce communard, Ferré, qui se disait « communiste et athée » et voulait « la Convention aux Tuileries et la Raison à Notre-Dame ». Il signa, le 23 mai, l’arrêt d’exécution de Mgr Darboy et de quelques jésuites. La République victorieuse et perdante en fera des martyrs, ce qui est au fond assez ironique et naïf. Car Mgr Darboy n’avait pas fui, comme le petit Thiers, et était bien resté au cœur de la mêlée, demandant de la clémence pour les insurgés, tout comme le fit le curé de la Madeleine qui lui aussi fut abattu avec son archevêque. Les rouges chassaient la calotte. Le 25, cinq dominicains du XIIIe étaient lynchés par une foule exaspérée. Mais la Commune fut massacrée à son tour ; la Rose fut fauchée après le Réséda.

Ce qui m’amène à mon sujet. Des petits vandales du dimanche, cancrelats dévorés par leur inaptitude et leur bêtise crasse ont considéré qu’en ce triste anniversaire, leur devoir était de se venger de ces chrétiens qui avait construit la basilique du Sacré-Cœur en expiation. Ces misérables petits rebelles pour bac à sable mention crétin, se rêvant un instant en Jules Vallès, ont pensé orgueilleusement qu’en souillant le Sacré Cœur de tags haineux appelant à la profanation ou le meurtre, ils allaient honorer la Commune. Ils n’ont fait que rappeler qu’elle fut un temps de terrorisme là où elle aurait du être porteuse d’espoir, une réaction.

Petit florilège : « Ni Dieu ni Etat », « Feu aux chapelles ! », « 1871, Vive la Commune ! ».

Ces idiots ont surtout étalé devant la France entière leur ignorance affolante, puisque même Wikipédia précise que le Sacré-Cœur n’est pas un monument pour faire expier aux Parisiens leur Commune, mais bien la défaite et Sedan. La preuve en est que sa construction fut prévue en 1870, et que le discours de Mgr Fournier qui demanda son édification condamnait les mêmes erreurs et errements français que Gambetta et les Rouges du Père La Chaise. Sans les folies progressistes, certes. Mais il reste que le Sacré-Cœur est un symbole de lutte patriotique, non celui d’une résignation ou d’une trahison.

A force de vouloir voir l’histoire en noir et blanc, ou en noir et rouge, il semblerait que notre jeunesse soit devenue daltonienne.

Bonaventure Caenophile

1Cf. p.100, in La Grande Peur des bien-pensants, in Essais et écrits de combats 1, Gallimard.

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2 Responses to Le Sacré-Cœur est communard, ignare !

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