Avignon de mal en Py

Crédit : Ingo Mehling

Crédit : Ingo Mehling

La nouvelle est tombée après le premier tour des élections municipales : la cité des Papes a dérapé. Le Front national y est arrivé en tête. Depuis, tout le monde est sur le pont. Vous pensiez peut-être jusqu’à présent que sur le pont d’Avignon, on y danse, on y danse… Mais non, non, non ! Erreur ! Revoyez vos classiques, désinvolte lecteur, car désormais, sur le pont d’Avignon, on y pense tous en rond. Nuance !

Les impuissants commentateurs médiatiques, à coup d’analyses sur la « montée de l’extrême-droite », ont une nouvelle fois fait dériver, sur des eaux dont on imaginait la source tarie tant ils y ont puisé abondamment ces dernières années, des péniches de commentaires, seules embarcations capables de transporter d’aussi plates et longues rengaines sur un sujet aussi peu profond. Cette flotte d’élite médiatique a comme d’habitude fait mine d’aller au large observer la fameuse vague bleu marine, mais n’ont jamais pu observer que les remous causés par l’agitation stérile de leurs débats dans l’étroit pédiluve qui sert de rade définitive à leurs intelligences lessivées.

Les Avignonnais ont donc appris qu’ils avaient très mal voté[1]. Voilà ce que c’est que de venir le jour de l’examen sans avoir révisé ! A croire que la culture ne fait pas tant que ça évoluer les mentalités ! A croire que les devoirs de vacances programmés en juillet par M.Olivier Py, très regrettable directeur du festival de théâtre d’Avignon, n’ont servi à rien ! Ce garnement en manque d’attention, érotomane de la plus belle espèce, a d’ailleurs immédiatement rappelé qu’une mairie Front national devrait se passer de ses services ou voir le Festival quitter la ville.

A l’écoute de cette impayable sommité du milieu culturel contemporain, on comprend assez vite qu’elle n’est, comme son nom l’indique, que l’humide et visqueux prolongement de l’épaisse mamelle de la culture, source sacrée et maternelle à laquelle viennent téter tous les vagissants artistes contemporains, subversifs créatifs, impertinents du spectacle, et autres permanents de la débâcle.

Les étables de Canal +, qui abritent quelques-uns des veaux les plus rassasiés de l’époque, ont accueilli comme il se devait cette vache sacrée, mais son interview a très rapidement donné la preuve, à qui aurait eu l’improbable espoir de tirer de ce M. Py quelque potable breuvage, que le concours de toutes les trayeuses médiatiques ne suffiraient pas à purger cette incontinente mamelle des viscosités dont elle est pleine.

Cet allaiteur en chef biberonné à la morale terminale, venu arborer ses airs candides de bambin sympathique et sa dégaine d’adolescent attardé à une heure où il aurait très certainement dû être déjà couché, nous a appris que la culture est – ô surprise ! – ce qui fait place à la « parole de l’étranger » et « aux différences », montrant par ses propos son impatience à voir les bibliothèques réduites à la dimension des œuvres complètes d’Anna Gavalda ou de Christine Angot.

Je voudrais tout de même rassurer tous ceux qu’a inquiétés la menace de M. Py en rappelant que le festival d’Avignon serait bien en peine de quitter cette ville pour la simple et bonne raison qu’il ne s’y trouve plus. Porté aux nues de l’époque en une ascension quasi religieuse, ce festival se situe désormais dans les sphères éthérées des idées les plus progressistes et inévitables, qu’il fait pleuvoir chaque été sur la Provence du haut du ciel des valeurs les plus incontournables de l’époque, où il flotte parmi les commentaires automatiquement extasiés de ceux qui le contemplent.

Il est donc peu probable que M. Py satisfasse l’espoir qu’il a fait naître en moi de le voir, lui et son festival, débarrasser les planches une bonne fois pour toutes. Comment dit-on déjà ? Tant Py pour moi !

P.-L.P.

[1] Heureusement pour eux, ils se sont rattrapés au second tour.

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3 Responses to Avignon de mal en Py

  1. Georges Petit says:

    Ça n’est pas pour me vanter, mais « allaiteur », mot que j’emploie pour la premiere fois de ma vie par ailleurs, prends deux L.

  2. Ping : Les morts méritent une seconde chance | Le Club des Saumons

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