Panorama de la culture geek (8) : Le steam-punk, une machine à raccourcir le temps?

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Dishonored, Londres à la mode steam-punk.

« J’ai vu tourner les arbres d’hélice qui pèsent trente tonnes et dont le jeu est réglé à deux dixièmes près. […] J’ai suivi la circulation du mazout, des soutes jusqu’aux trente chaudières, où il se déverse en un torrent de feu. […] J’ai assisté au travail mystérieux des graisseurs, debout devant les yeux bleus, blancs, rouges des chaudières. Puis d’étages en étages, j’ai grimpé aux échelles, en me faufilant sous le ventre tiède des immenses condensateurs tout argentés et semblables à un troupeau d’éléphants agenouillés. » Blaise Cendrars, A bord du Normandie, 1935.1

 

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Rire à gros sanglots

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Yue Minjun, Memory-2, 2000.

Rions ! Oui, notre ministre du Budget a délibérément  filouté le fisc. L’homme qui était entré en croisade contre l’évasion fiscale, un des seuls ministres du gouvernement (avec Valls et Sapin) semblant connaître son métier, s’est ouvertement moqué de nous. Et en dindon de la farce, il nous faut être beau joueur, comme savent l’être à la fin d’une comédie de Molière les pères escroqués : ne nous ruons pas sur lui, tels ses anciens alliés de Libération qui, comme à leur habitude, s’indignent avec véhémence et courage. Ne lançons pas la pierre sur le cas particulier quand la déchéance politique s’est manifestement généralisée. Ne nous laissons pas entraîner par l’esprit d’épuration complète qui caractérise la Résistance morale d’après 1945 et qu’a incarnée Hessel pendant ses dernières années.  Rions plutôt de cette mascarade, car le pire est à venir : porté par cette victoire incontestable, le Drumont moderne a désormais le champ libre. Ce n’est pas du Front National que je veux parler ici ; il est certain qu’il pourra profiter de l’ignominie de Cahuzac pour se présenter comme l’alternative populiste. Tout comme Mélenchon et les râleurs du Front de Gauche qui eux non plus ne sont pas, en ce jour, nos heureux élus.

Non, s’il faut rire de cet âne de Cahuzac, qui, cahin-caha, va finir en cabane (et c’est la meilleure chose qu’on puisse lui souhaiter), nous ne nous réjouirons point d’avoir désormais à supporter un Mediapart triomphant. Nous assistons à l’énième résurrection de La Libre Parole, et Edwy Plenel, tout comme Edouard Drumont en son temps, va pouvoir profiter pleinement du scandale qu’il a dévoilé (à l’époque celui de Panama) et devenir l’Ogre de notre République sinistrée. L’accusateur tout puissant, l’inspecteur des consciences et des comptes avide de sang, l’éboueur officiel de l’actualité n’a plus de garde-fou, plus de limite pour attaquer son ennemi favori, qui n’est certes plus le juif, mais le papy aux idées « indignes », adjectif utilisé très clairement par l’homme à la moustache pour attaquer Henri Guaino sur ses positions « sociétales » récentes. Ecoutez bien, le chant du cygne de M. Cahuzac annonce la vibration terrible du cor journalistique qui sonne la curée.

Pour vous rendre le sourire, je laisse à vos esprits pernicieux le soin de décoder ce poème écrit en 1924, et tiré de Feuilles de route de Blaise Cendrars[1]. Je suis certain que vous saurez en tirer une substantifique moelle tout à fait savoureuse.

« Hollande Hollande Hollande

Fumée plein le fumoir

Tziganes plein l’orchestre

Fauteuils plein le salon

Familles familles familles

Trous plein les bas

Et les femmes qui tricotent qui tricotent. »

Bonaventure Caenophile


[1] « Traversée sans histoire », par Blaise Cendrars, in Feuilles de route, 1944.