Lautner est mort. Vive Lautner !

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Georges Lautner en compagnie de Mireille Darc

« – Dites-moi Beaupoil, ils ont laissé un café dans le coin ?

– ‘Sont drôlement planqués oui !

Ah, j’en connais un pt’i après l’pont,

alors je m’disais que, si vous voulez…

– Je veux. »

(L’inconnu dans la maison, 1992) Lire la suite

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Femme fatale

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Roman Polanski, Emmanuelle Seigner, Matthieu Amalric.

Critique de La Vénus à la fourrure, de Roman Polanski par B. Caenophile. Lire la suite

2012 : l’année dépressive du cinéma en quelques chiffres et critiques

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Au vu des chiffres, l’année 2012* s’est révélée un peu moins réussie que l’année précédente, mais cette dernière était exceptionnelle, notamment par la qualité d’un grand nombre d’œuvres qui ont réussi à trouver un public populaire (The Artist, Polisse, Le Discours d’un roi, Drive ou encore The Tree of life et Habemus papam), ainsi qu’à l’engouement pour le mauvais Rien à déclarer en début d’année et pour l’agréable mais surestimé Intouchables en fin d’année.

En 2011, le cumul d’entrées des films millionnaires était d’environ 140 millions d’entrées, il est en 2012 de 120 millions. Encore plus que l’année précédente, le marché français est écrasé par les productions anglophone (90% USA) qui représente 65% des films millionnaires , mondialisation oblige et tous les autres sont en français, une dualité somme toute dommageable à l’heure justement de la mondialisation. Une américanisation d’autant plus importante lorsqu’on remarque que la quasi totalité des succès français a des airs hollywoodiens pour un budget moyen de 20 millions d’euros, symbole que le public populaire est toujours au rendez-vous en salle (ce qui est une bonne nouvelle) mais qu’il est aussi moins curieux que les années précédentes… La faute aux inégalités de promotions ?

L’année n’a pourtant pas été si vide qualitativement bien qu’elle n’a été ponctuée d’aucun grand choc cinématographique comme le furent en 2011 Mélancholia, Incendies et The Tree of life. Cette année s’est en effet révélée moins ambitieuse tant dans le fond que dans la forme (exception faite d’Holy Motors, seul film profondément audacieux). En ce qui concerne le fond, on a pu observer un retranchement sur l’humain, sa psychologie dans des contextes de crise personnelle (Oslo, 31 août, Amour, De rouille et d’os, Después de Lucia, A perdre la raison) , morale (Elena, Jagten, Au-delà des collines), et politique (Miss Bala, Le Policier, Barbara), en écho à la crise financière (Cosmopolis, Margin call) qui touche le monde depuis 2008. On a donc un retour cette année à la réalité (dans un mouvement inverse au film Reality justement) après l’ivresse qui a pu être au rendez-vous l’année dernière. La plupart des grands films de cette année sont donc des films dépressifs. Mais n’entendez pas par « dépressif » un sentiment apathique, c’est d’un transport violent que sont agités les personnages qui se battent, qui tuent ou se suicident. Ainsi, le corps est mis à rude épreuve, qu’il soit amputé (De rouille et d’os), déformé par la vieillesse (Amour), martyrisé (Después de Lucia) ou déshumanisé (Miss Bala) : on souffre, et ce qui se fait à l’intérieur se voit à l’extérieur.

De cette atmosphère pesante surgissent quand même quelques bons films légers comme La Part des anges de Ken Loach (qui nous sert cette fois une comédie lorsque tout le monde sombre dans le drame, malin). Ou encore Les Bêtes du sud sauvage et Moonrise kingdom : deux films qui utilisent pour cela des personnages principaux d’enfants (mais sans niaiserie aucune) dans des registres qui se frottent à l’imaginaire propre à ces personnages et qui sont servis par des musiques de fugue et d’espérance. Deux films de transition.

De transition (ahah) il sera également question avec le seul blockbuster qui mérite une place dans le (enfin, mon) top de cette année 2012 : Skyfall. Réalisé par Sam Mendès, ce nouveau James Bond parvient à donner un nouveau souffle à la série qui n’avait pas encore rendu crédible Daniel Craig dans ce rôle. C’est chose faite et dans un même élan, le réalisateur renouvelle le casting. Visuellement et scénaristiquement réussi. A noter également, le premier épisode de Le Hobbit dans la lignée du Seigneur des anneaux (dans un style plus proche du texte de Tolkien) d’une qualité graphique impressionnante et dont la critique est ici.

Voici donc selon moi, le classement des meilleurs films (que j’ai pu voir) de l’année 2012

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  1. Holy Motors – Léos Carax (FRA)

Après une longue absence, Léos Carax signe un film polymorphe, surprenant d’un bout à l’autre et visuellement saisissant. On pourrait parfois penser que le film est plus une succession de courts-métrages qu’autre chose (la réutilisation du personnage de Mr Merde par exemple) mais la trame parvient à donner au tout une unicité crédible et amusante. La réussite de ce film tient grandement au jeu d’acteur de Denis Lavant qui prend possession de 11 personnages différents et prouve qu’il est certainement le plus grand acteur français actuel (ce que beaucoup savaient déjà). Un film rare car résultant d’un pari cinématographique. Pari réussi.

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  1. Oslo, 31 août – Joachim Trier (NOR)

Le film adapté du Feu follet de Pierre Drieu la Rochelle aurait pu souffrir de la comparaison avec la précédente adaptation, celle de Louis Malle. Il n’en est rien, Joachim Trier en transposant l’histoire à Oslo, en remplaçant l’alcoolisme par la toxicomanie et en usant de procédés filmiques d’une grande finesse (la scène du café notamment) parvient à faire oublier qu’il s’agit là d’une même histoire, prouvant que le thème est intemporel. Comme Léos Carax qui ne tourne qu’avec Denis Lavant, Joachim Trier ne prend qu’ Anders Danielsen Lie comme acteur principal, procédé qui se révèle pour les deux cinéastes extrêmement fructueux.

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  1. Moonrise Kingdom – Wes Anderson (USA)

Présenté en ouverture du festival de Cannes, ce film de Wes Anderson était « le film dont on sort joyeux » de l’année. Dans le style et les couleurs qui lui sont propres, il réalise un film d’enfants (mais pour adultes ?) sur le thème de la fugue (et ce n’est pas la bande originale qui me contredira). Comme dans ses précédents films, son monde est drôle et inventif (son style ne se renouvelle pas mais se décline sans jamais lasser ceux qui en sont avertis) et s’affine émotionnellement. Ceci est donc le film le plus abouti – jusqu’au générique ! – d’un réalisateur dont le talent n’est plus à prouver.

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  1. Después de Lucia – Michel Franco (MEX)

Second film de Michel Franco, Después de Lucia raconte l’histoire d’une fille qui, après la mort de sa mère (Lucia donc), devient le bizut de son école. Ici on n’a plus affaire à des enfants mais à des adolescents et d’innocence il n’est plus question tant cette génération nous est montrée empreinte de violence et d’immoralité. Et tout ceci va sombrer dans un drame dont l’intensité est constamment croissante, la figure de la mère-confidente et de la femme-conseillère ayant disparu. On souffre et on est mal à l’aise tout du long sans que le film n’emprunte les ressorts faciles du genre.

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  1. Amour – Michael Haneke (AUT)

Ceux qui connaissent la filmographie de Michael Haneke étaient avertis que derrière ce titre à l’eau de rose se cachait certainement un film à l’eau de poison. Et ils n’ont pas été déçus. Servis par des acteurs exceptionnels (comme il l’a déjà été maintes fois précisé) et une utilisation de la musique classique toujours aussi juste, Haneke fait subir à l’amour en question le naufrage de la vieillesse avec le sadisme qu’on lui connait. Mais en occurrence, d’amour il est vraiment question et le réalisateur autrichien signe à la fois son film le plus dur et le plus tendre.

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  1. Les Bêtes du sud sauvage – Benh Zeitlin (USA)

Le premier film de Benh Zeithlin est un poème onirique où tout se mélange et se confond (les êtres/les éléments, la douceur/la violence, l’amour/la mort, le fantastique/la réalité crue) dans une atmosphère pré-apocalyptique. Pour nous conduire à travers ce monde, nous et l’enfant de 6ans qui est l’héroïne, une très belle musique d’aventure et une douce voix off par lesquelles on se laisse emporter sans résister. Un beau voyage.

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  1. De rouille et d’os – Jacques Audiard (FRA)

J’étais d’abord sorti de ce film un peu déçu après le choc qu’était Un Prophète. Et puis le film a continué à me hanter, à mûrir et je l’ai finalement trouvé très bon. Car c’est un film d’émotions avec deux personnages qui ont justement du mal à les exprimer (à ce sujet, Matthias Schoenaerts est excellent et Marion Cotillard joue, cette fois, vraiment bien!), « Une histoire d’amour du temps de crise » comme le dit lui-même Jacques Audiard. A noter que l’amputation, en lieu de monstruosité devient esthétique et érotique dans un film qui en se montrant souvent rude atteint en réalité la délicatesse.

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  1. Miss Bala – Gerardo Naranjo (MEX)

En espérant réaliser son rêve de devenir Miss, Laura sombre dans le cauchemar du trafic de stupéfiants mexicains. Tourné avec de nombreux plans-séquences, le film d’un réalisme frappant use des ressorts du documentaire pour mieux dénoncer la violence du milieu en question. Ainsi le corps tout en beauté de Laura devient mule dans ce thriller politique convaincant autant dans sa technique que dans son interprétation.

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  1. Le Policier – Nadav Lapid (ISR)

Autre thriller politique, autre pays : Israël. Loin du classique conflit israélo-palestinien, Nadav Lapid s’attache aux divisions internes du pays, et notamment au fossé entre riches et pauvres (« le plus étendu des pays occidentaux ») en opposant une brigade antiterroriste et des jeunes révolutionnaires. Dans son montage comme dans ses dialogues, le film de Nadav Lapid apparaît comme un réquisitoire contre les inégalités en Israël et parvient sans mal à nous y rendre sensible, déclinant avec finesse la thématique de l’identité de l’ennemi.

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  1. Skyfall – Sam Mendès (GBR)

Après le mauvais Quantum of Solace, la marque James Bond nous livre ici un film dont l’intérêt dépasse son simple générique et sa musique tant primée. En effet, Sam Mendès parvient à travers nombre de références aux anciens épisodes à opérer la filiation en crédibilisant Daniel Craig dans le rôle tout en projetant la série dans une nouvelle dynamique. Un épisode qui fait remarquablement bien la transition, grâce à l’audace de ces scènes d’action, dont la beauté de certaines est non-négligeable, et un scénario qui rendent l’ensemble palpitant. Mission accomplie.

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  1. Reality – Matteo Garrone (ITA)

En présentant le film comme une comédie, les producteurs avaient lancé un bien mauvais sort à ce dernier, envoyant dans les salles obscures le mauvais public. Si d’humour il est question, c’est d’un humour grinçant, déchirant même, propre aux films essentiellement dramatiques. Le film montre la progressive perte de réalité d’un poissonnier qui est certain d’être sélectionne pour un programme de télé-réalité. Efficace dans son montage, propre dans ses plans et remarquable dans son interprétation, Reality confirme le talent de Matteo Garrone en tant que réalisateur de chroniques sociales.

Autres films marquants (par ordre alphabétique) :

  • Les Adieux à la reine
  • A perdre la raison
  • Argo
  • Au-delà des collines
  • Babycall
  • Barbara
  • César doit mourir
  • Elena
  • Le Grand soir
  • Le Hobbit : un voyage inattendu
  • Laurence anyways
  • La Part des anges
  • Perfect sense
  • Tabou
  • Take shelter

Quelques notes sur ce classement :

Tout d’abord, notons le nombre de films présentés à Cannes : 7 ont été présentés à l’édition 2012 (En compétition : Holy Motors, Moonrise kingdom, Amour (Palme d’or), De rouille et d’os, Reality (Grand prix) ; Un certain regard : Después de Lucia (Prix un certain regard), Les Bêtes du sud sauvage (Caméra d’or) et 2 à l’édition 2011 (Un certain regard : Oslo, 31 août, Miss Bala), c’est-à-dire 9 sur 11. Est-ce à considérer que tous les grands réalisateurs ou grands films sont présentés à ce festival ? Ou bien que les films qui y sont présentés jouissent ensuite d’une meilleure promotion et d’une meilleure distribution ? Ou bien encore que le critique que je suis est peut-être trop influencé par ce festival ? Je vous laisse libre de répondre vous-mêmes à ces questions.

Du point de vue géographique, notons que les films proviennent soient d’Europe, soit d’Amérique (centrale ou du nord) et un film pour le Proche-Orient (Israël). Notons l’émergence du Mexique dont la violence des films et la technicité des plans annoncent le meilleur pour les années à venir. On regrettera l’absence de films asiatiques mais je n’ai malheureusement pas encore vu Gangs of Wasseypur (dont j’ai pourtant entendu d’excellents échos) et la plupart des bons réalisateurs nord asiatiques verront leurs films sortir en France en 2013. Bien qu’ayant trouvé sympathique le film de Hong Sang-Soo (In another country), il n’avait pas la place dans cette liste.

Notons enfin la présence de deux premiers longs-métrages (Les Bêtes du sud sauvage, Le Policier) et deux seconds (Oslo, 31 août , Después de Lucia) qui laissent présager de beaux jours pour le cinéma international.

En continuant à nous projeter dans l’avenir, jetons un œil sur ce que nous propose 2013. Puisque je viens d’en parler, regardons du côté nord-asiatique avec une programmation particulièrement alléchante : Kim Ki-Duk, Wong Kar Wai, Park Chan-Wook, Kiyoshi Kurosawa, Johnnie To et Bong Joon-Ho – pour ne citer qu’eux – reviendront dans les salles françaises pour le plus grand plaisir des amateurs de thrillers esthétiques aux scénarios hyper-violents. Des scénarios que continuent à envier les Américains qui s’attaqueront cette année à Old Boy, mais c’est Spike Lee qui s’y colle donc une bonne surprise est possible.

Restons du côté américain avec le retour des ténors populaires : Quentin Tarantino au far west, Martin Scorsese à Wall Street, Brian de Palma dans un monde publicitaire sulfureux, Steven Soderbergh (même s’il ne s’absente jamais très longtemps) à la pharmacie, les frères Coen dans le New York des années 1960, Richard Linklater dans la suite de sa fresque amoureuse et le couple Miller/Rodriguez de retour à Sin City. Non américains mais pas loin, on appréciera le second épisode du Hobbit de Peter Jackson alors qu’Alfonso Cuaron a quitté la terre et que Guillermo Del Toro s’affaire à la détruire. Voilà pour les blockbusters.

Dans un style plus « cinéphile », on attendra le retour du primé Terence Malick, de Gus Van Sant , de Jim Jarmush, de Sofia Coppolaet de Mike Nichols pour le sol américain. Woody Allen sera encore là. On pourra également retrouver Ron Fricke dans un documentaire de la même veine que l’excellent Baraka.

En Europe, on s’impatientera de voir sur les écrans les nouveaux films d’un Nicolas Winding Refn thaïlandais, d’un Almodovar à 12000 pieds, d’un Lars von Trier sexuellement perturbé, d’un Paolo Sorrentino nostalgique, d’un Steve McQueen esclavagiste , d’un Anton Corbijn immigré clandestin, d’un Carlos Reygadas critiqué, d’un Peter Strickland terrifiant ou encore la suite de la trilogie « paradisiaque » de Seidl.

En France, on regardera du côté de Bruno Dumont, de Luc Besson, de François Ozon, de Michel Gondry , de Pascale Ferran, d’Abdellatif Kéchiche, de Laurent Cantet, d’Arnaud Desplechin et de Catherine Breillat.

Enfin, pour ce qui est des pays émergents, c’est encore vers l’Amérique du sud que nous nous tournerons, avec notamment le thriller argentin de Lucia Puenzo et le film d’angoisse chillien de Sebastian Silva.

Bonnes séances, en espérant que si 2012 était l’année du blues, 2013…

… soit celle qui apaise !

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*A noter que toutes les dates correspondant aux films sont celles de leurs sorties en salles françaises.