Et vous de qui dépendez-vous ?

715px-Andrea_Mantegna_034

Lamentation sur le Christ mort, Andrea Mantegna, vers 1480-1490, tempera sur bois, Pinacoteca di Brera, Milan.

Il est de ces jours où la vie vous quitte par tous les trous. Hier, c’était ma jambe qui voulait prendre la route, la rotule en rotor, la cheville dévissée… Hier ma jambe tenait la posture d’une dame d’âge mûr qui fait ses courses le mercredi matin dans la supérette communale de Saint-Pantaléon. « C’est moi qu’j’ vous l’dis mon bon meussssieuss, tout fout le camp… Plus l’moral… plus la force…  Combien ?… Remettez-z-y un euros de compote». Pour la faire courte, ma jambe, hier, j’étais près de l’enterrer. Bien sept jours à la Pitié-Salpêtrière qu’il lui aurait fallu (poil à ma jambe).  Mais aujourd’hui c’est bon, elle a fait son « comiiingue baque ». Re-rotulée. Rechevillée. Non, aujourd’hui ce sont toutes les saintes eaux de mon corps qui ont décidé de migrer. Lire la suite

Du commerce érotique (2) : Sex Toy’s R us…

canard

Beate Ushe (voir partie 1) rêvait d’introduire l’éducation, pour ainsi dire le raffinement sexuel, dans la vie des couples. Toute animée qu’elle soit de louables préoccupations sociales, notre amie n’est pas moins tributaire d’une lourde faute d’analyse.

L’éducation sexuelle ? Elle l’a en réalité achevée. Si ce n’est elle, ce sont ses disciples et légions. Lire la suite

Fesse-moi si tu peux

Max Ernst, "La Vierge corrigeant l'enfant Jésus", Museum Ludwig, Cologne, photo Stadt Köln, Rheinisches Bildarchiv © Adagp, Paris 2008

Max Ernst, La Vierge corrigeant l’enfant Jésus, Museum Ludwig, Cologne, photo Stadt Köln, Rheinisches Bildarchiv © Adagp, Paris 2008

La condamnation récente, par le tribunal de Limoges, d’un père de famille qui a eu le malheur d’administrer une fessée déculottée à son enfant, provoque des réactions aussi bien enthousiastes (ce qui n’est pas notre cas) qu’hilares (ce qui l’est nettement plus). Lire la suite

Le sexisme des manuels scolaires : combat d’actualité, ou train de retard?

Image

Exception à la règle aujourd’hui : au moment de m’engouffrer dans la station de métro, j’ai brièvement cédé à ce réflexe qui consiste à prendre ce que les distributeurs de 20 minutes ou Direct Matin tendent à tous les passants. Geste presque aussitôt regretté : je sais déjà dans les grandes lignes ce que je vais y lire, et j’ai horreur d’avoir la tête farcie d’informations spécialement sélectionnées, au gré d’articles qui formatent chaque jour un peu plus l’individu lambda. Mais au fond, une petite piqûre de temps à autre, ce n’est pas à négliger. Après tout le régime hygiéniste sous la coupe duquel nous vivons ne nous encourage-t-il pas à renouveler nos vaccins ?

Et puis ce n’est pas un numéro ordinaire cette fois-ci: c’est la 45e édition de la revue Ile-de-France, intitulée « Regards actuels sur la région de demain ». Autrement dit : quoi de neuf par chez vous, chers Franciliens, et voyez ce que nous vous préparons pour les temps à venir…

L’ennui avec ce type de journal, c’est qu’on peut parier qu’on y trouvera des énormités sans même regarder les titres principaux annoncés en page de couverture : on est sûr de gagner à tous les coups. C’est lassant, ça ôte toute dimension ludique à ces feuilles de chou. Et cette fois, comme toutes les autres, ça n’a pas loupé : la bêtise était là, derrière cette interrogation angoissante : « Les manuels scolaires sont-ils sexistes ? ». Les blagues les plus courtes sont les meilleures, l’auteure de l’article n’a pas fait plus de deux brefs paragraphes essentiellement remplis de citations. C’est largement suffisant pour étaler des preuves supplémentaires du désœuvrement intellectuel des modernes. On y apprend en effet qu’un centre dit « de ressources pour l’égalité homme-femme », le centre Hubertine-Auclert,  a réalisé une étude sur la place que tiennent les femmes dans les manuels d’histoire et de mathématiques… Bien entendu on découvre avec horreur que ces manuels recèlent un déséquilibre profond: « Une femme pour cinq hommes parmi les personnages cités dans les manuels de mathématiques de terminale… » ; proportionnellement à la matière, il en va de même en histoire. Et l’on se félicite d’avoir exhibé une nouvelle blessure vive de notre société : que les modernes se rassurent, on a encore trouvé de quoi les mobiliser. Car enfin la situation est grave, et si l’auteure se réjouit de l’évolution progressive vers l’« égalité », elle use également du registre alarmiste, sonnant ainsi le tocsin indispensable pour ces acharnés en quête d’anciens modèles à abattre : « Le discours sous-jacent [qu’ils ont donc réussi, Dieu sait à quel prix, à décrypter], véhiculé par ces ouvrages pédagogiques reste alarmant : femmes et hommes n’auraient pas les mêmes centres d’intérêt, et donc les mêmes compétences ou les mêmes places dans les société» Au feu ! Alerte ! A la garde !

Tâchons de tirer parti de l’anecdote : il faut toujours dans ces circonstances, sinon tenter de trouver du positif, du moins trouver de quoi rire. Ce n’est pas bien difficile il est vrai. Prenons un peu de recul et examinons la population moderne et ses diverses tribus ; nous avons là une représentation de la tribu Hubertine-Auclertiste, qui souhaite donc lutter contre les inégalités dont les femmes font les frais depuis la nuit des temps semble-t-il. « Pourtant, déclare la sociologue de service avec la moue désabusée qu’il est aisé de lui imaginer, l’humanité a bien deux sexes. » Et c’est là que l’on peut constater une forme de décalage générationnel au sein des modernes : les membres de cette tribu, bien qu’actifs, sont déjà en retard. Pas de beaucoup certes, mais la problématique d’aujourd’hui est plus vaste, le moderne nouveau est arrivé, nous sommes à l’ère du « POUR TOUS », laquelle implique une remise en question considérable de cette notion des deux sexes de l’humanité, – il y en aurait parait-il bien plus, ou bien il n’y en aurait pas du tout, on n’est pas encore sûr -, petite contradiction interne donc. Il s’agirait donc, auclertistes, d’anticiper sous peine de ne plus être dans la vague du « progrès » : oui, les manuels scolaires sont remplis d’inégalités, mais ce ne sont plus seulement les femmes qu’il faudra y mettre en valeur désormais, ce sont les personnes célèbres d’obédience homosexuelle et tout ce qui va avec. Ile-de-France a donc encore du chemin à faire pour être à la page…

SOJ