A quels seins se vouer ?

Peter Paul Rubens, "Sainte Marie-Madeleine en extase" (© Palais des Beaux-Arts de Lille, photo : Hugo Maertens)

Peter Paul Rubens, Sainte Marie-Madeleine en extase (© Palais des Beaux-Arts de Lille, photo : Hugo Maertens)

Analyse, par P.-L.P., de la pudibonderie très spéciale dont les exhibitionnistes modernes sont les enthousiastes promoteurs. Lire la suite

Féminisme 2.0

Monet femme à l'ombrelle

Femme à l’ombrelle tournée vers la gauche; par Monet, 1886, tempera sur carton, Musée d’Orsay, Paris.

L’internet vient frapper à ma porte : des harpies, me dit-on, se disputent le gâteau médiatique, Femen contre Antigones. Que se passe-t-il donc en France ? De ma petite montagne de Buda, je m’interroge sur l’avenir des femmes, l’avenir du féminisme mais surtout le sens qu’il faut donner à ces éclats de voix. Je ne sais si Virginia Woolf ricanerait ou se retournerait dans sa tombe devant la violence des unes et l’auto-flagellation des autres, elle qui se satisfaisait d’avoir ses livres, son libre-arbitre, 500 pounds a year and a room of one’s own… Lire la suite

Direct Mâtin

Monet Quartier de viande

Le quartier de viande, Claude Monet, huile sur toile, 24 x 32 cm, 1862-1863, Musée d’Orsay, Paris.

Au petit déjeuner, les journaux gratuits, c’est un véritable délice. Prenez par exemple le Direct Matin du jour : bourré de micros-informations, de nouvelles cruciales de France et de Navarre en deux phrases concises  de mots-clés, de tweets, de mini-rubriques ; c’est une large palette de confitures et pâtes à tartiner bon marché qui s’étale sous vos yeux. Et ce n’est que l’emballage.

Constellées de publicités délavées, les premières pages nous offrent la première pépite du jour : nos amis peu frileuses de Femen ont encore recouvert leurs corps d’insultes et de gros mots. Leur nouveau combat : la « sextermination of nazism ». Grâce à cette bénédiction qu’est l’extraordinaire association ukrainienne, l’ami Eric Campagnol a encore de beaux jours devant lui.

On saute les reportages bâclés pour atterrir dans le rayon boucherie ; on vide les stocks aujourd’hui. Au menu du jour :

  • Grillade humaine de Montreuil à la sauce HLM.
  • Buffet à volonté de viande éléphantine centrafricaine, bientôt dans vos lasagnes (vous n’y verrez que du feu).
  • Purée de motards à la provençale.
  • Hachis de maman marinée dans son jus de valise, certainement par son chef de mari.
  • Bombe glacée alpine saupoudrée de skieurs.

Vous êtes gâtés, je vous livre, en guise de digestif, le bizarre du jour : un homme que sa femme emmène à l’hôpital psychiatrique s’échappe de sa voiture. « Il tente de se jeter sous un bus avant de s’arracher un œil puis le second. Il s’est ensuite empalé sur un poteau ».

On passe par la case « Amour » : Taubira nous a sorti une petite loi bien comme on les aime. Elle propose de dédommager foncièrement les descendants d’esclaves. Bientôt, on débloquera à l’Assemblée des fonds spéciaux pour les Vendéens, les descendants des familles touchées par le massacre des Saints Innocents et on exemptera tous les néo-cathares d’imposition pour effacer les bûchers d’antan ! Sinon, « Amour » va de pair avec « Bien-être », et pour assurer un bonheur parfait à tous les Franciliens, la rédaction n’oublie pas de vous présenter 828€ de produits in-dis-pen-sables : crèmes à la rose, épilateur « équipé d’une lumière », soin de peau qui agit «  en profondeur » (il atteint le cerveau, c’est sûr !), livre de maquillage, salon de beauté, « protocole de soins unique pour les jeunes mariés […] avant le jour J », soutien-gorge…

Bon, j’évite le rayon culture, ce serait trop facile. Cependant, j’ai failli oublier la petite « quenelle » de François qui a réaffirmé la volonté de protéger l’embryon. L’air de rien. Et a canonisé les Madre Laura et Lupita, fondatrices d’ordres aux services des pauvres au Mexique et en Colombie. Pas plus de trente mots en bas de page, serrés dans un coin. Il est certainement plus intéressant de parler d’une maladie dont on ne sait rien, ou du dernier album de Vanessa Paradis (j’ai craqué).

Si vous en voulez encore, lisez-le demain. Direct, doux et mâtin, l’ami du Francilien !

Bonaventure Caenophile

Le pilori, s’il vous plaît !

(crédit Michel Euler/AP/SIPA)

Les Femen à Notre-Dame. Une action d’éclat, courageuse et dérangeante. (crédit Michel Euler/AP/SIPA)

Les Femen sont vraiment des harpies bien cocasses. La lutte d’opérette qu’elles mènent contre le patriarcat, l’Eglise et le Moyen Age (qui, décidément, n’en finit pas, jurerait-on, de renaître de ses cendres) est présentée comme un combat véritable, mais quel combat, mon Dieu ! Elles appellent elles-mêmes leurs apparitions des « attaques » et surgissent çà et là, seins nus, le torse couvert de slogans, le poing levé, devant les caméras, sous le regard attendri de leur protecteure Caroline Fourest, qui, en plus d’être la personne la plus dénuée d’humour au monde, se paie le luxe d’être la fondatoresse de la revue Pro-Choix – vous savez, ces gens qui aiment vraiment beaucoup le choix (quand c’est le bon, est-il besoin de le préciser : choisir le catholicisme plutôt que l’intermittence du pestacle, tous tétons au vent, c’est très peu pro-choix), et qu’on démasque, par une contrepèterie bienvenue, comme les pochoirs au contour desquels il nous faudrait désormais nous redessiner.

Les Femen sont de pauvres petites inutilités dont les happenings désolants pourraient faire pleurer si l’on manquait d’un peu d’humour. Car enfin il fallait les voir, dans la nef de Notre-Dame, fêtant le départ de Benoît XVI, exhibant leurs appas, ces désœuvrées. Au lieu de réclamer la parité, on leur conseillerait volontiers d’y travailler, mais qui voudrait d’elles ? Elles frappaient les cloches avec de petits bâtons, criaient « Bye bye, Benoît », à croire qu’elles attendent beaucoup du nouveau pape. D’aucuns se sont outrés de cet acte ; il n’en fallait pas tant. Nos sages ancêtres se seraient contentés de les mettre au pilori pendant quelque temps, de façon que chacun puisse, à sa guise, les nourrir ou les humilier. Ces cochonnes ne méritent pas grand-chose d’autre.

L’attaque est un peu trop facile, j’en conviens. D’ailleurs personne ne s’en prive, et la condamnation de leur acte héroïque à Notre-Dame a été unanime. Et puis en parlant de ces mouches, je ne fais que jouer leur jeu dérisoire. La réponse la plus adéquate aux gesticulations de ces fières demoiselles est le dédain. Mais il faut bien avouer qu’il vient un moment où l’on sature. L’époque n’arrive plus à créer, semble-t-il, que des associations, groupements, comités de lutte, de combat, de défense, d’attaque, qui tous prétendent, devant l’œil des caméras bienveillantes, et sous protection policière (et, bien souvent, subventionnés), mener avec bravoure une guerre dangereuse contre ceci ou cela – le racisme, la misogynie, le patriarcat, l’homophobie, que tout le monde s’accorde à combattre, que personne ne soutient ni ne prône ; c’est donc à se demander contre qui lutte l’armée toujours plus grande des militants, des vigilants, qui les dérangeants dérangent. Les Femen ne luttent contre personne ; elles ne luttent que pour les Femen. Et c’est déjà beaucoup trop. Au pilori, et qu’on n’en parle plus.

Eric Campagnol

Femen, je vous aime

Image

Protestation des Femen
(photo K. Tribouillard, AFP)

Lorsque je vous ai vues et entendues, Belles, dressées comme les gorgones et les furies du scandale,  toutes gorges déployées sous mes yeux spectateurs, hurlantes et passionnées, votre amour du Pape, douces créatures de Dieu, je me suis dit qu’on vous faisait un procès de sorcellerie bien injustifié. En effet, n’est-ce pas une marque d’amour – la plus grande marque d’estime pour Platon- que de vouloir détromper son prochain lorsqu’on le croit dans l’erreur ? Vous  hurliez, belles, à tous les saints, votre amour de Gay dans lequel vous trustez avec tant de passion ; vous hurliez, belles,  votre amour de la cerise que vous croquez à pleines dents (car vous savez bien, Belles, bien mieux que ces Adams qui rêvent les yeux ouverts, qu’Ève n’aurait pas chuté pour une grosse pomme qu’on n’a jamais vue telle, grossière fantasmagorie d’une Couille jusqu’ici Inédite dans les annales du Rocco Mondain, ourdie par le CPHM[1]). Je vous aime, dis-je, jusque dans votre mauvaise foi, qui vous fait défendre jour et nuit, en krav-magant dur, que la femme en a marre d’être une victime, vous qui vous jetez sur la place publique pour qu’on vous emporte comme des victimes un peu plus loin pour vous faire déguster par le cyclope cathodique (quand est-ce que Ronald, cet affreux clown machiste, sortira donc le McFemen ?).

Je vous aime, Femen, même beuglantes d’hystérie, vous qui savez bien que cette maladie a été inventée par les hommes pour rabaisser encore les femmes, eux qui pensaient que l’utérus des folles leur était monté jusqu’à la tête pour leur manger le cerveau[2] ; parce que c’est comme ça que vous revendiquez le droit des femmes de penser, elles aussi, avec leurs attributs. Je vous aime, Femen, car vos triomphantes poitrines sont toutes à la gloire de la culture, vous qui n’avez pas les seins tristes et pendants de la femme asservie des autres climats, vous qui savez inventer le désir grâce au soutien-gorge, cette serre bienheureuse pour le port du melon comme de l’orange et qui cache aux hommes, ces grands enfants, ces précieuses douceurs comme une mère emballe des cadeaux d’anniversaire. Oui, j’aime vos seins fermes et en  bonne santé de mères orphelines d’enfants, oui j’aime, chez vous, cette douce virginité que vous sauvegardez à plusieurs ; je vous aime parce que vos ex suscitent moins la jalousie que le désir, je vous aime parce que vous avez le tact de laisser les hommes tranquilles tout en sachant quel parfait moment convient pour venir emmerder le monde avec panache et  spectateurs ! Vos confidences sont grandioses et passionnées, elles exigent publics et foules et ne sont pas avares d’égards et de grands gestes ; vos coiffures savent arborer le dépouillement des Fantines et le furieux désordre des vierges effarouchées. Vos refus sont les vivants rappels que les hommes perdent leur temps, et qu’ils feraient mieux de reprendre ce qu’ils avaient toujours entrepris avec succès, se disputer le pouvoir, la gloire et les honneurs, le Beau et le Vrai, au lieu d’écouter le Tartufe des temps modernes qui exige de violer l’intime, partager l’exclusif, dilapider le cœur, brûler les âmes, trahir les serments et les aveux. Je vous aime, Femen, car vos exhibitions sont philosophes, vous qui savez que ce sont les hommes, qui, par leurs baisers amoureux, ont inventé les seins, que les enfants avides et tyranniques voulaient réduire à deux pis de vache;  vous qui avez besoin de chahuter le désir de ceux qui vous ont délaissé pour le célibat et la sérénité des amants de l’Église, vous qui savez bien que c’est en face de l’altérité que se fonde l’identité, que c’est par le double jeu du constat de la différence et du semblable que chaque être éprouve sa singularité !

Car ces sœurs, mes chers frères, ne se sont égarées que pour avoir trop voulu aimer, certes à leur façon un peu particulière, certes, avec fracas, certes exclusivement, ce qui leur ressemble, mais elles ont le courage de montrer tout le malentendu qui divise les sexes depuis qu’Adam et Ève se disputent pour savoir qui a péché le premier. Quelle démonstration de ferveur, certes maladroite et un peu excessive, envers notre saint Père, et quel exemple pour ces trop timorés fidèles qui le désavouent si souvent devant leurs propres amis !

Mes frères, au lieu de vous juger les uns les autres, Aimez-vous les uns les autres, en vérité, sachez que ni l’homme ni la femme ne sont ni supérieurs ni égaux, mais que seul le bien est aimable, aimez avant tout chez l’autre, son Bien et son Salut, car l’on arrive à l’amour grâce à Dieu, et l’on ne peut arriver à Dieu sans l’amour. Car l’homme et la femme ne sont frères et sœurs que dans le solidaire amour d’un Créateur qui les unie comme un père chérie ses enfants.

Mais si vous ne vous faites pas complices dans l’amour de la recherche du Vrai, du Beau et du Bon, engeances au goût corrompu qui mollissez jusque dans la vertu, poursuivez au moins le vice avec intelligence : génération du Dernier Homme pour qui noblesse, honneurs et pouvoir n’ont plus aucun sens, vous qui êtes médiocres jusque dans le vice, vous qui vous baignez chaque matin dans l’amour  de la servitude et le dégoût de soi, tâchez au moins de garder votre raison éveillée et vigilante, car quoique fussent vos errances, si vous avez encore la raison, ce cœur battant de douceurs et de compréhension,  vous pourrez encore apercevoir au carrefour de votre existence le chemin de la Rédemption, vous qui croyez à la mort éternelle pour avoir si souvent vécu cette mort passagère qui a nom volupté,   peut-être croirez-vous à la Vie bienheureuse des saints accomplis, vous vous desséchez d’une soif qu’aucune ivresse ne peut étancher, peut-être entendrez-vous l’appel irrésistible de la prière et découvrirez, comme un nouveau-né au premier jour de sa vie, l’extase ineffable de la bouleversante signifiante du Verbe universel !

Iraes Cintraprado


[1] Complot Phallocratique Mondial Universel, théorie développée aux Etats-Unis au sein des études du genre, qui postule que 12 hommes gouvernent le monde depuis 6 000 ans depuis une cave au Texas.

[2] Théorie médicale en vogue jusqu’au développement de la psychologie de l’aliénation au XIXe siècle.