Du commerce érotique (1) : De l’hygiénisme social à la Bourse de Francfort

beate

Beate Uhse en 1937, (alors Köstlin) première femme aviateur à faire de la voltige. Elle a alors 17 ans.

Jean-Suie Fortaise nous fait découvrir les dessous du sex-shop. Avec un mélange d’humour et de sérieux dont nous lui savons gré. 

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Vivisection de la télévision

secretstoryIl est étonnant, ce visage qui regarde vers moi. Une petite bouche crispée aux lèvres à peine remuantes, aux coins fendus de rides soucieuses, des yeux trop maquillés qui s’écarquillent, des cheveux très blonds au soigneux brushing. Il est très difficile de savoir Lire la suite

Fesse-moi si tu peux

Max Ernst, "La Vierge corrigeant l'enfant Jésus", Museum Ludwig, Cologne, photo Stadt Köln, Rheinisches Bildarchiv © Adagp, Paris 2008

Max Ernst, La Vierge corrigeant l’enfant Jésus, Museum Ludwig, Cologne, photo Stadt Köln, Rheinisches Bildarchiv © Adagp, Paris 2008

La condamnation récente, par le tribunal de Limoges, d’un père de famille qui a eu le malheur d’administrer une fessée déculottée à son enfant, provoque des réactions aussi bien enthousiastes (ce qui n’est pas notre cas) qu’hilares (ce qui l’est nettement plus). Lire la suite

Splendeurs et misères des testicules

Fini de rire. (© Free Software Foundation, Inc.)

Fini de rire.
(© Free Software Foundation, Inc.)

Eric Campagnol s’intéresse aujourd’hui aux nouvelles pratiques sexuelles, et à leurs conséquences, on l’imagine hilarantes, sur l’avenir. Lire la suite

Panorama de la culture geek (5) : Lara Croft est une femme !

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Fantasme sexuel pervers ou aventurière attachante?

L’affaire est maintenant un peu vieille, mais elle n’en est pas pour autant inintéressante et encore moins inactuelle. Il y a quelque temps, une jeune gameuse, Mar_Lard, s’était fendue d’une série d’articles très pertinents pour dénoncer le sexisme dans la culture geek. La liste ignoble de faits encore plus immondes parle d’elle-même : le machisme tendance pervers est une réalité sur le Net et dans les communautés de gamers. Lire la suite

Le patriarcat, voilà l’ennemi !

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« Rosie the Riveter », icône féministe

« Le patriarcat, voilà l’ennemi ! »

Tel est le cri de ralliement de tous les plus sinistres crétins en mal de combats postiches et d’oppositions en carton. Il ne se passe désormais plus une seule journée sans que des groupes de pression divers, accompagnés de l’épaisse ribambelle des plus dodus têtards de bénitier médiatique, ne se pressent au grand plongeoir des idées reçues pour sauter, tête la première, dans le tonneau des Danaïdes de leurs liquéfiantes rengaines, et nous éclabousser de leur verdâtre et vaseux catéchisme, tenant très fort à nous rappeler, dans l’éventualité difficilement concevable où leurs épuisantes faridondaines seraient tombées dans l’oreille de quelque bienheureux sourd, tout le mal qu’ils pensent du « patriarcat », terme qui suscite davantage leur haine à mesure qu’ils finissent tout à fait de ne plus en comprendre la moindre dimension… Lire la suite

Féminisme 2.0

Monet femme à l'ombrelle

Femme à l’ombrelle tournée vers la gauche; par Monet, 1886, tempera sur carton, Musée d’Orsay, Paris.

L’internet vient frapper à ma porte : des harpies, me dit-on, se disputent le gâteau médiatique, Femen contre Antigones. Que se passe-t-il donc en France ? De ma petite montagne de Buda, je m’interroge sur l’avenir des femmes, l’avenir du féminisme mais surtout le sens qu’il faut donner à ces éclats de voix. Je ne sais si Virginia Woolf ricanerait ou se retournerait dans sa tombe devant la violence des unes et l’auto-flagellation des autres, elle qui se satisfaisait d’avoir ses livres, son libre-arbitre, 500 pounds a year and a room of one’s own… Lire la suite

Le Ministère de la Vertu

Draperie féminine

Etude pour le retable de Notre Dame du Sacré-Coeur, v.1820, Delacroix.

« Le salon était de la plus haute magnificence, doré comme la galerie de Diane aux Tuileries, avec des tableaux à l’huile aux lambris. Il y avait des taches claires dans ces tableaux. Julien apprit plus tard que les sujets avaient semblé peu décents à la maîtresse du logis, qui avait fait corriger les tableaux. Siècle moral ! pensa-t-il. »

Le Rouge et le Noir

Comme on se gausse de cette société du Second Empire qui a voulu condamner Flaubert et Baudelaire pour avoir écrit des œuvres immorales ! Nous, n’est-ce-pas, nous aurions su reconnaître le génie. Nous, nous aurions su distinguer l’Art de la morale. Nous aurions aimé être dérangés par la subversion intrinsèque à ces œuvres. Nous, nous nous sommes libérés de ces préjugés bourgeois sur l’érotisme, l’homosexualité et l’adultère. Que le XIXe siècle était bête.

Je ne nie pas que le XIXe siècle eût été bête. Mais je me demande si le nôtre est plus intelligent.

Le mot « morale » n’est plus guère utilisé que dans un sens négatif, comme si la chose était un sombre héritage des temps archaïques (on ne se permet de l’utiliser qu’à propos de ceux qui gagnent trop d’argent). Il ne faut de morale ni dans les mœurs ni dans les livres. Et c’est logique : le souffle libertaire devait détruire la morale. Les demi-sots disent à propos des procès Bovary et Fleurs du Mal : il faut les comprendre, à l’époque il y avait le poids de la morale, contrairement à aujourd’hui. On aurait tort pourtant de conclure que la morale n’a plus aucune force à présent ; elle est même tout à fait florissante.

Car qu’est-ce que la morale ? C’est la convention sociale qui touche aux mœurs et qui fait qu’on reçoit ou non le blâme général de la société (oui, je laisse au placard toutes les dissertations de philo sur la morale en soi, qui n’est pas un vrai problème). Or le domaine des actions qui provoquent ce blâme social a connu un lent glissement, de sorte que la plupart des gens croient qu’il n’y a presque plus de morale, et qu’aujourd’hui nous serions enfin dans une société libérée de ses chaînes ancestrales. Aujourd’hui, vous pouvez tromper votre femme, écrire un livre sur l’adultère, tourner un film pornographique, vous dénuder, être homosexuel, bi-, trans, polyamoureux, sans trop de conséquences. La sexualité, qui était le centre de la morale du XIXe siècle, ne pose plus problème[1] (socialement ; car psychologiquement elle s’est mise à en poser démesurément, mais c’est un autre problème). Très bien.

Alors, où y a-t-il de la morale ? Quels sont les actes, les paroles, les positions qui provoquent immédiatement la condamnation unanime de la société ? Eh bien ! le racisme, la xénophobie, l’islamophobie, le sexisme, le machisme, le patriarcat, la transphobie, l’homophobie, la lesbophobie (selon l’utile distinction des militants), les notes à l’école. C’est-à-dire, toutes les discriminations.

Mais il y a un malentendu terrible, c’est qu’on ne se rend pas bien compte qu’il s’agit de la vraie, de la grande morale du siècle, et qu’on entend toujours, ou feint d’entendre par « morale » les questions de sexualité, alors qu’aujourd’hui la morale concerne les discriminations. Imaginez donc, à la place d’une Emma Bovary plongée dans les délices de l’adultère, un personnage actuel de roman évoluant dans les sphères nationalistes, xénophobes et racistes de la société. Les plus modérés des observateurs diraient : « Je ne me sens pas très à l’aise avec ce livre. » (Je pense qu’ils ne diraient pas « dérangés », ce qu’ils seraient de fait ; car « déranger », c’est positif, pour un Artiste.) La majorité condamnerait ce livre dangereux, qui aurait joué avec les tensions françaises de façon irresponsable, et d’ailleurs on se demanderait si l’auteur ne partage pas les thèses de son personnage. Le livre et l’auteur, bien sûr, auraient été traînés en justice et condamnés pour injures raciales (trouvées dans les dialogues du roman). Conclusion des sages du PAF : l’auteur aurait mieux fait de ne pas soulever ce débat nuisible à la société, et on sous-entend qu’il n’est pas à fréquenter, c’est-à-dire à inviter sur les plateaux télé – sinon comme démon qu’on regarde avec une curiosité coupable.

C’est déjà arrivé plusieurs fois. Mais ces nouveaux procès Bovary sont loin d’être les pires manifestations de la nouvelle morale, d’autant plus pernicieuse qu’elle ne s’assume pas comme telle. Le pire, ce sont toutes les tentatives pour faire « avancer l’égalité » et pour lutter contre les discriminations, défendues avec le calme et le petit sourire faussement modeste de ceux qui savent qu’ils sont du côté du bien (c’est-à-dire ceux qui défendent la morale – sans se l’avouer, voire sans le savoir). De façon amusante, comme toute morale, elle cherche des justifications à l’extérieur d’elle-même (alors qu’une morale, je pense, ne se développe que par un attachement semi-inconscient à telle ou telle valeur). Aussi nous démontre-t-on que l’égalité, la parité, la diversité sont productives, efficaces, rentables ; toutes qualités qui n’ont rien à voir avec la morale. Au primaire, explique la Ministre des droits des femmes, les équipes de sport paritaires filles-garçons sont meilleures que les équipes non paritaires. Elle ne dira jamais qu’elles sont plus morales, mais elle voudra vous prouver qu’elles gagnent plus de matches[2]. De même qu’on cherchait à montrer au bête XIXe siècle que les ouvrières travaillaient mieux si elles étaient rangées et que les homosexuels finissaient forcément ruinés. Et de qualifier toutes ces actions morales du ridicule adjectif « citoyen ».

Ceux qui se croient libertins (d’esprit, j’entends) devraient penser à actualiser l’objet de leur libertinage, car pour l’instant, ils ne sont que dévots. Je voyais il n’y a pas longtemps le dépliant d’une école quelconque, design comme une affiche de comédie romantique, avec des photos de groupes d’amis ou de couples sur toute la page. Il y avait un couple de chaque orientation sexuelle, et tout le spectre chromatique humain était représenté, chaque couleur arithmétiquement répartie. Si s’illustrait leur slogan, selon lequel la diversité était leur meilleur atout. Siècle moral !

Évariste de Serpière


[1]L’inceste survit comme interdiction, étonnamment.

[2]Voir le programme « ABCD de l’égalité »

XV de la Poule

Marie-Alice Yahé, capitaine du XV de France

Dans le calendrier des festivités modernes, vous aviez, je présume, oublié l’importance de cette semaine, celle du sport féminin. Cet évènement n’est pas que la promotion d’un secteur négligé par les médias, parfois sans raison, mais surtout une vaste vitrine pour la bonne conscience féministe. L’Equipe me l’a fait découvrir de façon fulgurante en titrant sur son site internet : « Féminin n’est qu’un adjectif ». Cette parole malheureuse, on la doit à la très courageuse capitaine de l’équipe de Rugby féminine, Marie-Alice Yahé. Enfin, pas si malheureuse, car cette phrase est évidemment sortie de son contexte. La sportive expliquait en fait : « dans le rugby féminin, féminin n’est qu’un adjectif ». Notre capitaine voulait sûrement expliquer que le jeu restait le même, et n’avait certainement pas l’envie de devenir un porte-étendard du gender.

Ne vous attendez pas à ce que je critique le rugby féminin comme l’avait fait de façon stupide l’ancien sélectionneur du XV de France masculin, Marc Liévremont en évoquant sa sœur jouant à ce noble sport : « Ma sœur a joué au rugby, malheureusement ! On était catastrophé dans la famille. Elle s’est fait mal, évidemment ! ». Pour avoir vu des filles courir et se démener sur le gazon pendant mes années de lycée, je peux vous affirmer que le spectacle est bien souvent de grande qualité. Se concentrant moins sur l’impact physique et rivalisant d’ingéniosité dans les combinaisons, le rugby pratiqué sous mes yeux était beau, engagé et intelligent. Ainsi, la bataille que livrent, dans l’intimité et le secret,  les rugbywomen du XV français est d’autant plus belle qu’elle est gratuite, menée pour la fierté du maillot et dans le seul intérêt de contribuer au prestige de son pays. Et contrairement à leurs amis masculins, les Françaises sont allées cette année écraser la perfide Albion à Twickenham, enchaînant deux succès dans leur Tournoi des Six Nations…

Nous savons néanmoins que le sport fonctionne grâce à l’argent injecté, tout comme Amstrong ne monte le Ventoux qu’à la piquouse et aux poches de sang ; et si ce genre de sports féminin n’attire aucun sponsor, c’est ainsi. Ce n’est ni une raison pour s’apitoyer, comme le fait L’Equipe, sur un sport dont ses journalistes ne parlent qu’une fois par an, ni une raison pour lancer une chasse aux sorciers au nom de Sainte Egalité. Laissons à notre XV ce bel emblème du Coq, non celui de la domination masculine sur ses poules, mais de l’orgueil bien placé et de la ténacité. Allez-y, poussez, petites !

Bonaventure Caenophile

Le sexisme des manuels scolaires : combat d’actualité, ou train de retard?

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Exception à la règle aujourd’hui : au moment de m’engouffrer dans la station de métro, j’ai brièvement cédé à ce réflexe qui consiste à prendre ce que les distributeurs de 20 minutes ou Direct Matin tendent à tous les passants. Geste presque aussitôt regretté : je sais déjà dans les grandes lignes ce que je vais y lire, et j’ai horreur d’avoir la tête farcie d’informations spécialement sélectionnées, au gré d’articles qui formatent chaque jour un peu plus l’individu lambda. Mais au fond, une petite piqûre de temps à autre, ce n’est pas à négliger. Après tout le régime hygiéniste sous la coupe duquel nous vivons ne nous encourage-t-il pas à renouveler nos vaccins ?

Et puis ce n’est pas un numéro ordinaire cette fois-ci: c’est la 45e édition de la revue Ile-de-France, intitulée « Regards actuels sur la région de demain ». Autrement dit : quoi de neuf par chez vous, chers Franciliens, et voyez ce que nous vous préparons pour les temps à venir…

L’ennui avec ce type de journal, c’est qu’on peut parier qu’on y trouvera des énormités sans même regarder les titres principaux annoncés en page de couverture : on est sûr de gagner à tous les coups. C’est lassant, ça ôte toute dimension ludique à ces feuilles de chou. Et cette fois, comme toutes les autres, ça n’a pas loupé : la bêtise était là, derrière cette interrogation angoissante : « Les manuels scolaires sont-ils sexistes ? ». Les blagues les plus courtes sont les meilleures, l’auteure de l’article n’a pas fait plus de deux brefs paragraphes essentiellement remplis de citations. C’est largement suffisant pour étaler des preuves supplémentaires du désœuvrement intellectuel des modernes. On y apprend en effet qu’un centre dit « de ressources pour l’égalité homme-femme », le centre Hubertine-Auclert,  a réalisé une étude sur la place que tiennent les femmes dans les manuels d’histoire et de mathématiques… Bien entendu on découvre avec horreur que ces manuels recèlent un déséquilibre profond: « Une femme pour cinq hommes parmi les personnages cités dans les manuels de mathématiques de terminale… » ; proportionnellement à la matière, il en va de même en histoire. Et l’on se félicite d’avoir exhibé une nouvelle blessure vive de notre société : que les modernes se rassurent, on a encore trouvé de quoi les mobiliser. Car enfin la situation est grave, et si l’auteure se réjouit de l’évolution progressive vers l’« égalité », elle use également du registre alarmiste, sonnant ainsi le tocsin indispensable pour ces acharnés en quête d’anciens modèles à abattre : « Le discours sous-jacent [qu’ils ont donc réussi, Dieu sait à quel prix, à décrypter], véhiculé par ces ouvrages pédagogiques reste alarmant : femmes et hommes n’auraient pas les mêmes centres d’intérêt, et donc les mêmes compétences ou les mêmes places dans les société» Au feu ! Alerte ! A la garde !

Tâchons de tirer parti de l’anecdote : il faut toujours dans ces circonstances, sinon tenter de trouver du positif, du moins trouver de quoi rire. Ce n’est pas bien difficile il est vrai. Prenons un peu de recul et examinons la population moderne et ses diverses tribus ; nous avons là une représentation de la tribu Hubertine-Auclertiste, qui souhaite donc lutter contre les inégalités dont les femmes font les frais depuis la nuit des temps semble-t-il. « Pourtant, déclare la sociologue de service avec la moue désabusée qu’il est aisé de lui imaginer, l’humanité a bien deux sexes. » Et c’est là que l’on peut constater une forme de décalage générationnel au sein des modernes : les membres de cette tribu, bien qu’actifs, sont déjà en retard. Pas de beaucoup certes, mais la problématique d’aujourd’hui est plus vaste, le moderne nouveau est arrivé, nous sommes à l’ère du « POUR TOUS », laquelle implique une remise en question considérable de cette notion des deux sexes de l’humanité, – il y en aurait parait-il bien plus, ou bien il n’y en aurait pas du tout, on n’est pas encore sûr -, petite contradiction interne donc. Il s’agirait donc, auclertistes, d’anticiper sous peine de ne plus être dans la vague du « progrès » : oui, les manuels scolaires sont remplis d’inégalités, mais ce ne sont plus seulement les femmes qu’il faudra y mettre en valeur désormais, ce sont les personnes célèbres d’obédience homosexuelle et tout ce qui va avec. Ile-de-France a donc encore du chemin à faire pour être à la page…

SOJ