Une voie dans le désert

Bergoglio dans le métro à Buenos Aires

On se souvient encore avec le sourire des espoirs naïfs de notre bonne vieille presse au jour de l’élection de François, le 13 mars 2013. Il ne pouvait être que mieux que son prédécesseur,  que ce pape théologien de haut-vol qu’aucun journaliste n’a jamais cherché à comprendre, si encore il en fût un dans le paysage français médiatique médiatisé qui en soit aujourd’hui capable. Lire la suite

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Direct Mâtin

Monet Quartier de viande

Le quartier de viande, Claude Monet, huile sur toile, 24 x 32 cm, 1862-1863, Musée d’Orsay, Paris.

Au petit déjeuner, les journaux gratuits, c’est un véritable délice. Prenez par exemple le Direct Matin du jour : bourré de micros-informations, de nouvelles cruciales de France et de Navarre en deux phrases concises  de mots-clés, de tweets, de mini-rubriques ; c’est une large palette de confitures et pâtes à tartiner bon marché qui s’étale sous vos yeux. Et ce n’est que l’emballage.

Constellées de publicités délavées, les premières pages nous offrent la première pépite du jour : nos amis peu frileuses de Femen ont encore recouvert leurs corps d’insultes et de gros mots. Leur nouveau combat : la « sextermination of nazism ». Grâce à cette bénédiction qu’est l’extraordinaire association ukrainienne, l’ami Eric Campagnol a encore de beaux jours devant lui.

On saute les reportages bâclés pour atterrir dans le rayon boucherie ; on vide les stocks aujourd’hui. Au menu du jour :

  • Grillade humaine de Montreuil à la sauce HLM.
  • Buffet à volonté de viande éléphantine centrafricaine, bientôt dans vos lasagnes (vous n’y verrez que du feu).
  • Purée de motards à la provençale.
  • Hachis de maman marinée dans son jus de valise, certainement par son chef de mari.
  • Bombe glacée alpine saupoudrée de skieurs.

Vous êtes gâtés, je vous livre, en guise de digestif, le bizarre du jour : un homme que sa femme emmène à l’hôpital psychiatrique s’échappe de sa voiture. « Il tente de se jeter sous un bus avant de s’arracher un œil puis le second. Il s’est ensuite empalé sur un poteau ».

On passe par la case « Amour » : Taubira nous a sorti une petite loi bien comme on les aime. Elle propose de dédommager foncièrement les descendants d’esclaves. Bientôt, on débloquera à l’Assemblée des fonds spéciaux pour les Vendéens, les descendants des familles touchées par le massacre des Saints Innocents et on exemptera tous les néo-cathares d’imposition pour effacer les bûchers d’antan ! Sinon, « Amour » va de pair avec « Bien-être », et pour assurer un bonheur parfait à tous les Franciliens, la rédaction n’oublie pas de vous présenter 828€ de produits in-dis-pen-sables : crèmes à la rose, épilateur « équipé d’une lumière », soin de peau qui agit «  en profondeur » (il atteint le cerveau, c’est sûr !), livre de maquillage, salon de beauté, « protocole de soins unique pour les jeunes mariés […] avant le jour J », soutien-gorge…

Bon, j’évite le rayon culture, ce serait trop facile. Cependant, j’ai failli oublier la petite « quenelle » de François qui a réaffirmé la volonté de protéger l’embryon. L’air de rien. Et a canonisé les Madre Laura et Lupita, fondatrices d’ordres aux services des pauvres au Mexique et en Colombie. Pas plus de trente mots en bas de page, serrés dans un coin. Il est certainement plus intéressant de parler d’une maladie dont on ne sait rien, ou du dernier album de Vanessa Paradis (j’ai craqué).

Si vous en voulez encore, lisez-le demain. Direct, doux et mâtin, l’ami du Francilien !

Bonaventure Caenophile

La croix renversée

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Apparition de saint Pierre à saint Pierre de Nolasque, par Zurbaran, 1629.

« Saint Pierre, le premier pape, est debout sur le Vatican,

Et de ses mains enchaînées il bénit Rome et monde dans le soleil couchant.

Puis on l’a crucifié la tête en bas, vers le ciel sont exaltés les pieds apostoliques.

Christ est la tête, mais Pierre est la base et le mouvement de la religion catholique.

Jésus a planté la croix en terre, mais Pierre l’enracine dans le ciel.

Il est solidement attaché au travers des vérités éternelles.

Jésus pend de tout son poids vers la terre ainsi qu’un fruit sur sa tige,

Mais Pierre est crucifié comme une ancre au plus bas dans l’abîme et le vertige.

Il regarde à rebours ce ciel dont il a les clefs, le royaume qui repose sur Céphas[1].

Il voit Dieu et le sang de ses pieds lui tombe goutte à goutte sur la face. »

Corona Benignitatis Anni Dei, Paul Claudel, 1915.

L’avènement de François doit être l’occasion de la (re)découverte du rôle concret du successeur de saint Pierre. Les Français ne connaissent bien souvent que les papes récents et leurs prédécesseurs sulfureux ; pour comprendre cela, on remerciera d’abord M. Costa-Gavras, communiste grec, anticlérical convaincu et président de la Cinémathèque Française qui avait eu le très bon goût de souiller la mémoire du courageux Pie XII d’un tissu de mensonges nommé Amen, et l’homo-festivus de Canal + qui nous a livré une famille Borgia ridicule et fin prête pour le carnaval. Les historiens travaillent trop souvent dans l’ombre, semble-t-il. Profitons de la lumière médiatique que nous offre cette élection. Lire la suite