Ni gauche, ni droite. Extrêmes.

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A l’abordage.

 

« Il faut rester dans la légalité et nous y resterons,

dussions-nous prendre le fusil et clouer au mur

tous les opposants du peuple! »

(Le Petit Monde de don Camillo) Lire la suite

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Méditations journalistiques

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Rien de tel pour se faire une idée de l’esprit du temps que de comparer chaque matin les unes du Figaro et de Libération. Souvent, elles n’ont apparemment rien à voir ; mais que les deux faces de la lune soient différentes ne les empêche pas d’appartenir à la même sphère. Lire la suite

Le temps des gitans

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image tirée du film de Kusturica

En 1989, alors que le Mur de Fer s’effrite et que l’Est se réveille enfin de son cauchemar communiste, Emir Kusturica, le grand cinéaste serbe, remporte le prix de la mise en scène à Cannes pour son chef-d’œuvre, fresque mélancolique sur la communauté tzigane des Balkans, Le temps des Gitans. Le film est tourné en romani, la langue des Roms, et raconte l’histoire d’une famille violentée par l’organisation mafieuse de sa communauté. Lire la suite

Mean Mrs. Merkel

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L’ogresse, Riccardo Valsecchi/digitaljournal.com

Le Gouvernement espérait pouvoir se reposer de ses récents efforts, quand tout à coup le Parti socialiste sortit du placard et cria d’une voix aiguë : « Méchante Madame Merkel ! Ouh, la sale petite égoïste ! » Le Gouvernement s’empressa de refermer le placard, mais trop tard : la Droite a entendu. D’une voix sévère, elle se répand en imprécations : « Comment osez-vous ? Vous jouez aux apprentis sorciers, bande de germanophobes ! » (Si même la droite se met à sortir les –phobes, où va-t-on?) Le gouvernement écrase discrètement le pied du Parti socialiste et temporise d’une petite voix angoissée. Lire la suite

Vivent les mariés

La joie de deux ectoplasmes à l'annonce de la bonne nouvelle (le plus nul des deux est celui qui est à côté de l'autre) (crédit : Lionel Bonaventure/AFP)

La joie de deux ectoplasmes à l’annonce de la bonne nouvelle (le plus nul des deux est celui qui est à côté de l’autre) (crédit : Lionel Bonaventure/AFP)

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Le titre de cet article reprend celui de la une du jour de Libération (notez qu’il est ironique et que la syntaxe en est corrigée). La loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe vient d’être votée, et c’est une bien longue phrase à dire quand on est essoufflé par le bonheur comme je le suis.

Vivent les mariés, chante-t-on déjà, et champagne pour tout le monde, c’est un grand jour pour la démocratie, pour l’égalité, pour l’amour, les droits de l’homme, les papillons et la République française. Nul doute qu’on se congratule dans les chaumières, qu’on est fier d’avoir un président et un gouvernement capables de s’asseoir sur toutes leurs promesses sauf celles qui divisent les Français et qui ne coûtent pas un rond.

La gauche n’est plus que l’ombre laide et rosâtre de ce qu’elle était. Depuis quand, tiens, se préoccupe-t-elle d’amour ? Depuis quand défend-elle, bec et ongles, le mariage ? Depuis quand, grands Dieux, est-elle libérale (et dans tous les sens du terme, s’il vous plaît : furieusement favorable aux joyeuses démolitions de l’Union européenne, collabo au FMI, et piteusement tombée du pinacle de la lutte ouvrière aux caveaux de la défense des droits des homosexuels) ?

Bien sûr, elle n’a jamais manqué de prétendre son combat conforme au Bien, mais après tout qui ne le fait pas ? Ce qui est plus embêtant, c’est qu’elle se soit mise, par une sorte de régression intellectuelle, à professer, partout où ses petits pieds potelés la menaient, la morale, la moralisation, le moralitarisme, ne manquant jamais une occasion de moraliser ceci ou cela – à commencer par la politique, qui est aussi éloignée qu’on peut l’être de la morale. Vient le tour du mariage, naguère encore objet de violentes luttes pour en arracher la dimension religieuse : là où la gauche d’antan défendait le divorce et le libertinage, contre la rigueur du mariage chrétien fondé sur la charité et la fidélité, celle d’aujourd’hui a cherché par tous les moyens, et est parvenue à élargir le plus possible cette institution qu’elle est censée détester, et, accrochez-vous ! elle est même allée jusqu’à prétendre que le nombre de divorces étant très important chez les hétérosexuels, la grande fidélité, l’amour qui unit les familles issues de homosexuels (qui, eux, ne sont pas alcooliques et ne battent pas leur progéniture) allaient être à même de sauver le mariage. Rien que ça. Je ne sais plus qui disait ces âneries – Najat Vallaud-Belkacem, Audrey Pulvar ou une autre cruchasse du même acabit.

Je ne suis pas de gauche (et, aujourd’hui, bien incapable d’être de droite : je ne peux adhérer à ce qu’on s’est mis à appeler « droite », et qui est si éloigné de Burke, Maistre, Baudelaire ou Bloy qu’on pourrait aussi bien l’appeler « gauche », ou « milieu » ou « truc »), mais ça ne m’empêche pas de vouloir du bien à la gauche, ne serait-ce que pour trouver, dans la France moderne, un adversaire valeureux comme mes lointains prédécesseurs ont pu avoir. Je souhaite une vraie gauche en face de moi, une gauche qui puisse batailler avec moi sur l’Histoire, le progrès, la révolution et la réaction, les problèmes et les solutions, et je refuse la moindre considération à cette gauche en papier-mâché qui se secoue les bourrelets après une victoire de pacotille sur un sujet ridicule, qui se présente comme le Christ en marche vers le Paradis des arcs-en-ciel, des confettis multicolores et des barbes-à-papa géantes, cette gauche qui n’est qu’un tas de crétins puérils dont je n’ai à dire que le plus grand mal, incapable de l’estimer le moins du monde.

Je pourrais me murer dans le silence mais j’ai de la bile à revendre, et elle est d’autant plus acide que ce n’est pas dans les rangs lâches de la droite à demi vendue que je vais pouvoir la ravaler sans broncher. Mais vivent les mariés, cela va sans dire ; les homo, proto, hétéro, coco, rigolosexuels, enfin tout ce qu’on voudra, vive tout si vous voulez, mariez-vous, tous pour le mariage et le mariage pour tous, mais marrons-nous plutôt. Tout cela n’est pas très sérieux.

Eric Campagnol

La gauche, la droite et les petits pas de Sarkozy

Nicolas Sarkozy, par Serpière

Nicolas Sarkozy, par Serpière

Intéressantes réactions dans les médias à l’espèce d’interview de l’ancien président publiée il y a deux semaines dans Valeurs Actuelles. Il y a des journalistes que je trouve toujours intéressants à entendre : le bavardage éternel de leur bêtise infinie me fascine ; Canal +, bien sûr, en fournit pléthore : pour en prendre un bon paradigme, voyez le sympathique Nicolas Domenach. Avocat sempiternel des idées du Parti socialiste, mais qui tient tout de même à paraître un esprit critique, il a trouvé la solution, d’abord de plisser les yeux pour se donner un air malin, ensuite de toujours critiquer en demi-teintes : Il faut faire ce qu’ils font, mais mieux. Ils vont dans la bonne direction mais ils manquent d’audace. Je suis d’accord avec leur ligne directrice mais ils devraient l’énoncer plus clairement. Il faudrait imaginer quelque chose de neuf[1]. L’avantage, c’est que si vous êtes de droite, vous pouvez être sûrs de vous : ce que vous pensez, c’est le contraire de ce qu’il dit. Ce n’est pas très flatteur pour la droite, mais il est communément admis qu’elle a toujours été une anti-gauche. Certaines personnes de droite, dont le caractère a peut-être un petit fond de gauche, s’exclameront : « Mais pas du tout ! La droite, ce n’est pas s’opposer, c’est construire. » Mais il faut assumer : la droite est conservatrice ou réactionnaire. Notez que c’est un projet réformateur, d’être réactionnaire. Je m’égare.

Nicolas Domenach, donc, réagissait à propos du retour de Sarkozy, et disait qu’il l’avait raté (il n’est pas le seul : c’est aussi l’avis d’un chroniqueur du Point et d’autres). Sarkozy, expliquait-il, n’avait pas fait d’autocritique ; il aurait dû rassembler ses partenaires et, avec eux, réaliser une analyse de ce qui n’avait pas été dans la campagne et dans le quinquennat, pour définir de nouveaux objectifs. Là, c’était raté, il n’avait pas fait de mea culpa, et d’ailleurs il ne parlait que de lui dans son interview, ce sale petit égocentrique. Je me disais en regardant l’émission : ce type de gauche veut qu’un type de droite agisse comme un type de gauche. Il voudrait que Sarkozy établisse une commission de consensus et qu’il déclare vouloir travailler conjointement avec tous les hommes de bonne volonté à l’élaboration d’une nouvelle ligne, qu’il s’excuse de sa campagne droitière, qu’il agisse comme un type normal, quoi, à la fin.

Mais quelle incompréhension de ce qu’est la droite et de ce qu’est Sarkozy, bonapartiste de caractère malgré des idées orléanistes ! Principes du petit Bonaparte : ne jamais dire qu’on a échoué, ne jamais reculer ; changer son arme, certes, mais sans le laisser voir ; se montrer sûr de la victoire, même lorsqu’elle est incertaine ; ne jamais passer par la route que vous tracent vos rivaux, couper à travers champs (c’est-à-dire par le peuple) ; ramener tous les pouvoirs et toutes les idées à soi – ces idées fussent-elles volatiles (Bonaparte ne s’est jamais beaucoup embarrassé de cohérence idéologique). Si Sarkozy veut revenir – et il le veut sans doute – il doit attendre (c’est d’ailleurs le principal échec de cette sortie dans Valeurs Actuelles : elle vient trop tôt[2]), ne jamais rentrer dans les luttes internes de la droite, et se présenter au dernier moment comme l’homme providentiel. La vraie question est la suivante et elle est idéologique : voudra-t-il être le rassembleur qui embrassera la France entière pour la sauver du gouffre – ce qu’aimerait être Fillon – au risque de n’avoir que le style pour le différencier de François Hollande, ou sera-t-il, en reprenant la ligne Buisson, l’alternance droitière la plus assumée et la plus dure ? Bien sûr, rien ne l’empêchera de changer de piste en pleine course – il nous y a habitués.

Pour le moment, Nicolas Sarkozy apparaît dans Valeurs Actuelles : il me semble qu’il a pris son parti.

Gédéon Triolet


[1] Ces gens m’insupportent de plus en plus qui se lèvent gravement pour dire d’un air profond : « Il faudrait inventer une nouvelle façon de penser la question », sans dire quoi. On en trouve en politique, en philosophie, dans la recherche, en cuisine, c’est terrifiant.

[2] La polémique selon laquelle il se serait fait piéger par Buisson et Valeurs Actuelles jette le trouble, mais il se peut qu’elle soit infondée (voire voulue par le président pour ménager ses arrières).

Un chantier sans ouvrier

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Le réservoir à idées le plus officiel de France

Bonaventure Caenophile flingue Terra Nova. Lire la suite