Du commerce érotique (2) : Sex Toy’s R us…

canard

Beate Ushe (voir partie 1) rêvait d’introduire l’éducation, pour ainsi dire le raffinement sexuel, dans la vie des couples. Toute animée qu’elle soit de louables préoccupations sociales, notre amie n’est pas moins tributaire d’une lourde faute d’analyse.

L’éducation sexuelle ? Elle l’a en réalité achevée. Si ce n’est elle, ce sont ses disciples et légions. Lire la suite

Du commerce érotique (1) : De l’hygiénisme social à la Bourse de Francfort

beate

Beate Uhse en 1937, (alors Köstlin) première femme aviateur à faire de la voltige. Elle a alors 17 ans.

Jean-Suie Fortaise nous fait découvrir les dessous du sex-shop. Avec un mélange d’humour et de sérieux dont nous lui savons gré. 

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Marisol, mon clope!

Marisol-Touraine

Nous ne nous lassons pas de ce genre de photo.

Marisol mon clope est trop cher! Lire la suite

Du panoptisme à nos jours en passant par Matrix

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Matrix, Andy et Larry Wachowski,1999


« La formule abstraite du Panoptisme

n’est plus voir sans être vu »,

mais imposer une conduite quelconque

 à une multiplicité humaine quelconque »

(Deleuze)

 Dans son ouvrage Surveiller et Punir, paru en 1975, Michel Foucault établit le constat d’une évolution progressive donnant naissance à la prison sous sa forme moderne. Pour résumer, cela passe tout d’abord par une disparition des exécutions publiques et du corps comme objet de supplice: la transition identifiée par Foucault se fait entre la fin du XVIIIe  et le début du XIXe siècle : le corps n’est plus « cible » de la répression pénale, « le châtiment est passé d’un art des sensations insupportables à une économie des droits suspendue », autrement dit la privation de liberté de l’individu, punition moins physique que psychologique.

On assiste ensuite au développement de la discipline comme moyen d’exercer un pouvoir sur le corps et donc sur autrui. Elle permet de créer un effet de coercition, illustré notamment par son usage dans le cadre militaire, et mène à une volonté de contrôle total, tenant compte des moindre détails, en vue de garantir l’ordre.

Arrive enfin l’ère du Panoptisme : partant de l’idée du Britannique Jérémy Bentham, auteur du Panoptique qui parut en 1786, Foucault émet diverses hypothèses quant à l’application de ce système dans le cadre pénal (cf. le célèbre schéma du panopticon, avec la tour de garde et les cellules des prisonniers), mais également au quotidien, pour évaluer des personnes au travail, qu’il s’agisse d’enfants à l’école ou d’ouvrier à leur atelier. Le type de contrôle exercé dans ce type de structure est double : il porte autant sur les personnes qui y sont soumises que sur les mécanismes internes qui la composent (surveillance des gardiens par les instances supérieures, auto-surveillance de ceux qui se pensent observés…). Poussant plus loin le raisonnement, Foucault émet l’idée d’une société régie entièrement par des mécanisme disciplinaires intégrés aux personnes, et visant à « rendre plus fortes les forces sociales ».

C’est là que nous quittons Foucault pour prendre une métaphore plus moderne, sans doute un peu décalée mais qui illustre bien la situation : celle de Matrix (le premier film, bien entendu). La société panoptique, d’une certaine façon nous y sommes : c’est l’ère hygiéniste qui transforme chaque citoyen en inquisiteur réprimandant le voisin ou le passant fumeur, ou faisant la promotion du tri sélectif absolu pour tous et partout. C’est le concitoyen plus ou moins bienveillant qui reprendra son prochain s’il le surprend à penser des choses non-politiquement correctes.

C’est la dictature d’opinion qui empêche une personne d’émettre ne serait-ce qu’une réserve à l’égard de telle ou telle réforme sociale, -et puisque nous y sommes, parlons de celle du mariage pour tous-,  sans qu’il ne se trouve des individus capable d’atteindre ce nouveau point de Godwin qu’est l’homophobie à une vitesse que les traqueurs de fascistes doivent jalouser. Mais aussi, plus subtilement, c’est cette forte pression du légalisme, qui arrive à ébranler même les plus déterminés, et qui fait qu’une mobilisation importante a dû « reculer » symboliquement le 24 mars dernier face au pouvoir coercitif. Cela n’ôte rien bien sûr à son caractère inédit et à son succès, mais c’est révélateur de ce par quoi se traduit notre « panoptisme », ou notre matrice devait-on dire.

«  Toute personne qui n’est pas débranchée est potentiellement un Agent », enseigne Morpheus à Neo, qui vient à peine de s’extraire de la matrice et apprend à évoluer en son sein sans en dépendre. Le reste des individus qui y demeurent connectés sont soumis à ses lois : elle voit ce qu’ils voient et peut à son gré les transformer en l’un de ses agents chargés d’éliminer les transgresseurs, ceux qui se sont réveillés. Voilà à peu près où nous en sommes, métaphoriquement parlant.

Alors poursuivons, filons la métaphore: il arrive parfois qu’il se produise des bugs dans la matrice. Il arrive que quelque chose ne se passe pas comme prévu, il arrive qu’une mobilisation qui ne se voulait qu’importante devienne plus que considérable, et ce en dépit du mépris de la matrice. Il arrive que quelque chose,  que quelqu’un, que plusieurs se dressent. Et peut-être arrivera le moment de confrontation où sortira cette phrase : « Tout ce qui a commencé doit avoir une fin… Hollande ! »

SOJ