Buisson en festin

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Photo : Kevin Walsh

La télévision étant le non-lieu par excellence, ceux qui s’y rendent ne peuvent jamais qu’y faire semblant de penser et de parler, et ils le font en bande, ou plutôt en troupe, mauvais acteurs sur une mauvaise scène, mimes sans talent, intermittents de la raison. Lire la suite

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Petite profession à propos des professionnels de la solidarité professionnelle

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Fantômas, huile sur canevas par Juan Gris, 1915, National Gallery of Art, Washington D.C.

Je pensais hier à la une d’un journal d’opposition à la mort d’Adolphe Thiers, premier président de la IIIe République. Aux honneurs nationaux décrétés par Broglie, en cette année 1877, pour célébrer le « libérateur du territoire », l’homme politique et le journaliste, la première page répondait alors : « C’est bien la première fois qu’il a libéré le territoire ! » Lire la suite

Direct Mâtin

Monet Quartier de viande

Le quartier de viande, Claude Monet, huile sur toile, 24 x 32 cm, 1862-1863, Musée d’Orsay, Paris.

Au petit déjeuner, les journaux gratuits, c’est un véritable délice. Prenez par exemple le Direct Matin du jour : bourré de micros-informations, de nouvelles cruciales de France et de Navarre en deux phrases concises  de mots-clés, de tweets, de mini-rubriques ; c’est une large palette de confitures et pâtes à tartiner bon marché qui s’étale sous vos yeux. Et ce n’est que l’emballage.

Constellées de publicités délavées, les premières pages nous offrent la première pépite du jour : nos amis peu frileuses de Femen ont encore recouvert leurs corps d’insultes et de gros mots. Leur nouveau combat : la « sextermination of nazism ». Grâce à cette bénédiction qu’est l’extraordinaire association ukrainienne, l’ami Eric Campagnol a encore de beaux jours devant lui.

On saute les reportages bâclés pour atterrir dans le rayon boucherie ; on vide les stocks aujourd’hui. Au menu du jour :

  • Grillade humaine de Montreuil à la sauce HLM.
  • Buffet à volonté de viande éléphantine centrafricaine, bientôt dans vos lasagnes (vous n’y verrez que du feu).
  • Purée de motards à la provençale.
  • Hachis de maman marinée dans son jus de valise, certainement par son chef de mari.
  • Bombe glacée alpine saupoudrée de skieurs.

Vous êtes gâtés, je vous livre, en guise de digestif, le bizarre du jour : un homme que sa femme emmène à l’hôpital psychiatrique s’échappe de sa voiture. « Il tente de se jeter sous un bus avant de s’arracher un œil puis le second. Il s’est ensuite empalé sur un poteau ».

On passe par la case « Amour » : Taubira nous a sorti une petite loi bien comme on les aime. Elle propose de dédommager foncièrement les descendants d’esclaves. Bientôt, on débloquera à l’Assemblée des fonds spéciaux pour les Vendéens, les descendants des familles touchées par le massacre des Saints Innocents et on exemptera tous les néo-cathares d’imposition pour effacer les bûchers d’antan ! Sinon, « Amour » va de pair avec « Bien-être », et pour assurer un bonheur parfait à tous les Franciliens, la rédaction n’oublie pas de vous présenter 828€ de produits in-dis-pen-sables : crèmes à la rose, épilateur « équipé d’une lumière », soin de peau qui agit «  en profondeur » (il atteint le cerveau, c’est sûr !), livre de maquillage, salon de beauté, « protocole de soins unique pour les jeunes mariés […] avant le jour J », soutien-gorge…

Bon, j’évite le rayon culture, ce serait trop facile. Cependant, j’ai failli oublier la petite « quenelle » de François qui a réaffirmé la volonté de protéger l’embryon. L’air de rien. Et a canonisé les Madre Laura et Lupita, fondatrices d’ordres aux services des pauvres au Mexique et en Colombie. Pas plus de trente mots en bas de page, serrés dans un coin. Il est certainement plus intéressant de parler d’une maladie dont on ne sait rien, ou du dernier album de Vanessa Paradis (j’ai craqué).

Si vous en voulez encore, lisez-le demain. Direct, doux et mâtin, l’ami du Francilien !

Bonaventure Caenophile

Rire à gros sanglots

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Yue Minjun, Memory-2, 2000.

Rions ! Oui, notre ministre du Budget a délibérément  filouté le fisc. L’homme qui était entré en croisade contre l’évasion fiscale, un des seuls ministres du gouvernement (avec Valls et Sapin) semblant connaître son métier, s’est ouvertement moqué de nous. Et en dindon de la farce, il nous faut être beau joueur, comme savent l’être à la fin d’une comédie de Molière les pères escroqués : ne nous ruons pas sur lui, tels ses anciens alliés de Libération qui, comme à leur habitude, s’indignent avec véhémence et courage. Ne lançons pas la pierre sur le cas particulier quand la déchéance politique s’est manifestement généralisée. Ne nous laissons pas entraîner par l’esprit d’épuration complète qui caractérise la Résistance morale d’après 1945 et qu’a incarnée Hessel pendant ses dernières années.  Rions plutôt de cette mascarade, car le pire est à venir : porté par cette victoire incontestable, le Drumont moderne a désormais le champ libre. Ce n’est pas du Front National que je veux parler ici ; il est certain qu’il pourra profiter de l’ignominie de Cahuzac pour se présenter comme l’alternative populiste. Tout comme Mélenchon et les râleurs du Front de Gauche qui eux non plus ne sont pas, en ce jour, nos heureux élus.

Non, s’il faut rire de cet âne de Cahuzac, qui, cahin-caha, va finir en cabane (et c’est la meilleure chose qu’on puisse lui souhaiter), nous ne nous réjouirons point d’avoir désormais à supporter un Mediapart triomphant. Nous assistons à l’énième résurrection de La Libre Parole, et Edwy Plenel, tout comme Edouard Drumont en son temps, va pouvoir profiter pleinement du scandale qu’il a dévoilé (à l’époque celui de Panama) et devenir l’Ogre de notre République sinistrée. L’accusateur tout puissant, l’inspecteur des consciences et des comptes avide de sang, l’éboueur officiel de l’actualité n’a plus de garde-fou, plus de limite pour attaquer son ennemi favori, qui n’est certes plus le juif, mais le papy aux idées « indignes », adjectif utilisé très clairement par l’homme à la moustache pour attaquer Henri Guaino sur ses positions « sociétales » récentes. Ecoutez bien, le chant du cygne de M. Cahuzac annonce la vibration terrible du cor journalistique qui sonne la curée.

Pour vous rendre le sourire, je laisse à vos esprits pernicieux le soin de décoder ce poème écrit en 1924, et tiré de Feuilles de route de Blaise Cendrars[1]. Je suis certain que vous saurez en tirer une substantifique moelle tout à fait savoureuse.

« Hollande Hollande Hollande

Fumée plein le fumoir

Tziganes plein l’orchestre

Fauteuils plein le salon

Familles familles familles

Trous plein les bas

Et les femmes qui tricotent qui tricotent. »

Bonaventure Caenophile


[1] « Traversée sans histoire », par Blaise Cendrars, in Feuilles de route, 1944.