Quel avenir pour la désobéissance civile ?

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La Manif pour tous, dont l’enthousiasme et la frénétique hystérie sont peu à peu retombés[1], a marqué la reprise du concept de désobéissance civile par une grande proportion de citoyens. Ce genre d’appropriation et de contagion est rare. En général, la désobéissance est le fait de personnalités fortement convaincues et courageuses, (ou d’individus marginaux, têtus et téméraires), qui décident d’enfreindre Lire la suite

Assolement quinquennal

Charge de CRS le 24 mars 2013 (crédit : Witt. SIPA)

Charge de CRS le 24 mars 2013 (crédit : Witt. SIPA)

La culture du con est un art très français. Le con est une denrée abondante en France, où l’on retrouve tous les cinq ans à la tête des plus grandes institutions un renouvellement garni et toujours plus savoureux. Le Français se plaint du con, même – et surtout – s’il a voté pour lui. Cette contradiction l’irrite et alors le Français ne vote plus. Quarante millions d’électeurs pour une poignée de candidats : notre système électoral  est extrêmement élaboré pour sélectionner la fine fleur des cons. Lire la suite

La République des ingrats

crédit photo : AFP

crédit photo : AFP

Français, vous êtes des ingrats. Vous avez voté avec une écrasante majorité, une conviction inédite et une participation jamais vue pour ce gouvernement, le parti-pour-tous, et voilà que vous voulez l’abandonner pour les drapeaux rouges, roses et bleus de Jean-Luc et Virginie. Français, vous n’êtes qu’une foule fanatisée, radicalisée, fascisante. Français, vous n’êtes qu’une poignée de vilains bonshommes.

Finies, les imprécations contre la crise. Finies, les excuses et la fainéantise féroce des jours heureux. La France se réveille, la France s’agite, mais la France va se mettre au salut-pour-tous. Des larmes, de la sueur et du sang : voilà le programme du bon François. Du gaz, des escapades nocturnes et des coups de matraques. A ton tour d’adhérer au triptyque des révolutions civilisationnelles des grandes défaites nationales, travail, famille, patrie : chômage, acculturation matrimoniale, rois fainéants.

François Pays-au-plus-Bas, Harlem Désir-pour-tous, Benoît Touche-pas-Hamon-gouvernement, Jean-Marc anti-Ayrault, merci de sauver la République contre les 50 boutonneux du GUD et de l’AFJ. Merci, pour la France. Merci-pour-tous. Cahuzac-de-nœuds, tes mensonges devant le Parlement n’ont pas à rougir face aux proférations outrageantes et extrémistes de Virginie Tellenne et de ses comparses douteux. Hollande ne veut pas du sang, il ne veut pas rester cent ans, juste cinq ans, avec ses copains qui ont bien travaillé-pour-tous, et il va continuer à faire voter ses loi-pour-tous avec l’approbation-pour-tous de la presse-pour-tous, par le Parlement-pour-tous. Et si t’es pas content, et bien, t’auras la répression-pour-tous.

La fête est finie, citoyens-pour-tous! La police-pour-tous a enfilé sa combinaison Robocop-contre-tous, et la République va pouvoir rosser ses ingrats. Tu brûles des voitures ? Ingrat. Tu offres des Tagada aux CRS ? Ingrat. Tu veux manifester en mai ? Ingrat. La France, c’est les ingrats mal-pensants contre le gratin des malfaisants ? Fasciste dégueulasse des heures les plus sombres de l’humanité sans-feu-pour-tous. Les mal-pensants, va falloir les mettre au pas. La République, c’est l’ordre-pour-quelques-un, l’unanimité-pour-tous et le pouvoir-pour-nous. C’est Valls qui l’a dit. Tu sais, le candidat-pour-tous pour qui tu vas sûrement voter dans cinq ans.

L’heure du socialisme-pour-tous a sonné, Français-pour-tous. Range ton drapeau, sors ton anneau, puisqu’on te dit qu’on va enfin l’arracher à Gollum-le droit-pour-lui-tout-seul. C’est pas ces Uruk-Hai-pour-Sauron-camouflé en Elfes-pour-tous qui vont nous en empêcher !

Alexandre Pâris

La flamme de la communion populaire

La "Manif pour tous", le soir du 24 mars (crédit : Pierre Verdy/AFP)

La « Manif pour tous », le soir du 24 mars (crédit : Pierre Verdy/AFP)

Nous avons repris le feu de la vie sociale à la société du spectacle et des médias, nous avons repris la flamme de l’action populaire qu’on avait oubliée dans les musées et sous l’Arc de triomphe. Et nous avons goûté au chaleureux plaisir de nous retrouver sur notre agora, paisibles et bon enfant. La vie normale en fin de compte. Désormais peu m’importe les bavardages de ceux qui n’y étaient pas et qui sentent que quelque chose leur a échappé, et qui voudraient tout réduire à une opinion biaisée, partielle, outrageante ou simplement médiocre. Les journalistes nous soutiennent ? Tant mieux. Ne nous soutiennent pas ? Tant pis, que m’importe ? L’heure est à la réflexion et l’action, pas au bavardage. Ce dont les gens n’ont pas l’air d’avoir pris conscience, c’est que nous sommes sortis du monde infantile et débilitant des mots, du virtuel individualiste et des fantasmes. Nous sommes 1,4 million de citoyens libres, responsables et déterminés. Nous rallierons les millions d’opposants restés sur le banc de touche. Quant aux hommes politiques opportunistes qui ne croient en rien parce qu’ils n’ont ni école de pensée, ni culture, ni conviction, qu’ils se contentent de courir après leurs électeurs. Ne laissons personne penser à notre place ce que nous voulons et ce que nous avons vécu autour de nous. Partageons, échangeons et agissons.

C’est le premier réveil de la société civile, et cette société civile doit continuer dans sa lancée, ne pas se laisser endormir par les journaux et la langue de bois. Le mouvement doit s’organiser, rester fidèle à son essence, malgré les heurts et les lacrymo : notre devise  est concorde, bon esprit et force tranquille. Nous radicaliser ferait de nous des enfants qui se battent avec le chien au lieu d’apprendre à tenir la laisse. La police a joué son rôle et nous avons gagné une première bataille médiatique. Maintenant, tout attendre du collectif ferait de nous des enfants naïfs qui se laissent tenir par la main. Nous devons agir en coordination, non en subordination.

Agir en citoyens libres, responsables et intelligents consiste à s’organiser en société civile, réorganiser le champ politique et innover dans les modes opératoires. Fonder des groupes d’actions selon des modes pacifistes, humoristiques mais percutants. Il faut continuer notre lancée: nous réunir et débattre, continuer à diffuser un débat qui semble acquis mais qui n’a lieu nulle part, l’élargir à une réflexion politique plus vaste et plus ambitieuse. Dénoncer l’imposture démocratique, réveiller les ardeurs politiques de chacun, relancer la passion française pour sa propre histoire. Cesser de croire dans la division de la nation qui fait le jeu des incompétents.

Ne rien lâcher, mais ne pas oublier qui nous sommes : un mouvement de fond divers mais uni, déterminé mais juste. Ni la CGT, ni l’AF, ni le GUD, ni l’UNEF. Nous sommes la France libre, éveillée et sereine. Nous avons la force des justes. Notre nombre n’est pas une masse, nos groupes ne seront pas des sections indisciplinées et stupides.

Nous ne voulons pas la révolution ni le retour de Sarkozy (à l’occasion autant trouver mieux). Nous voulons la concorde autour de la vérité politique, l’union nationale et l’intelligence individuelle et collective. Vive la France libre !

Alexandre Pâris

La manifestation, le soliveau et la révolution

La manifestation du 13 janvier a réuni entre 350 000 et 800 000 personnes.

La manifestation du 13 janvier a réuni entre 350.000 et 800.000 personnes.

Dans une tribune publiée sur le site d’information Atlantico, deux hauts fonctionnaires français, Maxime Tandonnet et Roland Hureaux, dressaient un constat plus qu’audacieux sur la manifestation du 13 janvier. Près d’un million de personnes arpentant les rue de la capitale, pour défendre la conception de l’union de l’homme et de la femme qui est au fondement de leur société, auraient éprouvé ce sentiment latent qui fait l’histoire et qui est son véritable moteur : la rencontre d’une volonté collective déterminée, modeste mais résolue à se montrer au grand jour.

Volonté collective qui cherche encore sa forme et son mode d’expression puisque, opposées à une appropriation partisane, les organisations de la Manifestation pour tous ont démontré avec une clarté effarante à la fois la capacité de certains hommes politiques à comprendre leurs concitoyens (y en avait des bien mais aussi des inCOPÉtents), et en même temps la disqualification de nos partis et de leur conception du politique : car, pour défendre la noble cause de la civilisation, il ne fallait surtout pas que fût prononcé le mot injurieux et entaché de suspicion (ou d’autres sécrétions douteuses) de politique, ou pire encore, de partisan. L’idée étant que les catholiques devant rester dans les catacombes en vertu d’un édit de la Gauche (dont le César n’a d’auguste que l’arrondi de son crâne d’œuf, d’où je crains qu’il n’éclose ni poule au pot, ni dinosaure), il fallait montrer qu’il y avait de tout dans la manif : ce qui, justifié sur le coup, m’a agréablement surpris (contrairement à la Gauche, je suis soulagé de voir que je n’ai pas le monopole du bon sens).

On retiendra donc deux choses de la manif : la première est que la France est coupée en deux entre les défenseurs de la civilisation de l’homme et du sacré (juifs, catholiques, musulmans, agnostiques, etc.) pour qui un être humain devient homme au sein du modèle familiale inventé et révélé il y a plus de 2 000 ans, et la civilisation du trou de balle, pour reprendre l’expression d’un éminent bédéiste, pour qui rien n’est sacré, sinon l’idée qu’il n’y a sacrément rien de sacré, et qu’il faut de tout pour faire un monde, sauf d’un Créateur.

La seconde est que, selon un sondage Cevipof de janvier 2013, 85 % des Français se considèrent non représentés (disons les choses sans tortiller du cul, il se sentent trahis) par ceux qui sont pourtant payés pour être leurs représentants. En clair, le gouvernement jouit d’un incontestable soutien, et j’en veux pour preuve l’uniforme adhésion des média à la politique du trou de balle. C’est pourquoi la manifestation d’un million de personnes dans la capitale de notre pays ne constitue ni un danger, ni un phénomène digne d’intérêt pour les Culs tricolores. Mais un potentiel réajustement du clivage politique, et, je le souhaite de tout cœur, l’occasion d’une union de tous les hommes politiques de bonne volonté.

Alexandre Pâris