Nombre de mes amis

flan

Où sont les flans?

Nombre de mes amis, durant les derniers mois m’ont demandé pourquoi je ne manifestais pas contre le projet de mariage pour tous. Je les comprends, moi-même extérieurement, je me donnerais le Bon Dieu sans confession.

Je ne débattrai pas du pour ou contre le « mariage pour tous » ; je souhaite simplement parler de la « Manif Pour Tous ». Et je ne crois pas à l’efficacité politique de ce mouvement. Lire la suite

Pair ou personne ?

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Détail tiré du tableau « Le Printemps » de Sandro Boticelli, 1482.
Les trois Grâces (Fidélité, Beauté et Vertu) dansent en parfaite harmonie.

La Très Sainte Eglise de l’Egalité a tranché : ce sera le droit des couples et non le droit des individus. Une paire de Français, quelle que soit son orientation sexuelle (dans la limite officielle) a le droit avec elle. Droit à l’enfant et droit à l’avantage fiscal marital, principalement. Eric Zemmour, entre autres, avait pourtant défendu l’individualisme légal, qui s’appuie sur l’article 1 de la Constitution ; vous devrez vous contenter désormais de « Tous les couples naissent égaux en droit » en codicille officieux. La gauche a-t-elle lancé un nouveau pavé dans la mare putride de l’individualisme ? Lire la suite

Soufflons la première bougie de l’essoufflé!

« La Fortune se plaît à faire de ces coups ;
Tout vainqueur insolent à sa perte travaille.
Défions-nous du sort, et prenons garde à nous
Après le gain d’une bataille. »

« Les deux coqs », Jean de La Fontaine, Fables, Livre VII.

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Chers amis, laissez-moi souffler avec vous les un an de la Présidence Hollande. C’est jour de fête. Rassemblons-nous. A douze mois, notre nourrisson manque cruellement de souffle. Ce sont les journalistes, doctes de la santé médiatique, qui l’ont dit, se félicitant néanmoins qu’il sache brasser un peu de vent et faire des bulles avec la langue. Alors, gageons que nous serrons nombreux à ses côtés pour la souffler, cette première bougie. Qu’il se rassure le bambin, nous l’aiderons. Prêtons-lui nos souffles. Des souffles clairs, généreux et puissants. Lire la suite

Vivent les mariés

La joie de deux ectoplasmes à l'annonce de la bonne nouvelle (le plus nul des deux est celui qui est à côté de l'autre) (crédit : Lionel Bonaventure/AFP)

La joie de deux ectoplasmes à l’annonce de la bonne nouvelle (le plus nul des deux est celui qui est à côté de l’autre) (crédit : Lionel Bonaventure/AFP)

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Le titre de cet article reprend celui de la une du jour de Libération (notez qu’il est ironique et que la syntaxe en est corrigée). La loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe vient d’être votée, et c’est une bien longue phrase à dire quand on est essoufflé par le bonheur comme je le suis.

Vivent les mariés, chante-t-on déjà, et champagne pour tout le monde, c’est un grand jour pour la démocratie, pour l’égalité, pour l’amour, les droits de l’homme, les papillons et la République française. Nul doute qu’on se congratule dans les chaumières, qu’on est fier d’avoir un président et un gouvernement capables de s’asseoir sur toutes leurs promesses sauf celles qui divisent les Français et qui ne coûtent pas un rond.

La gauche n’est plus que l’ombre laide et rosâtre de ce qu’elle était. Depuis quand, tiens, se préoccupe-t-elle d’amour ? Depuis quand défend-elle, bec et ongles, le mariage ? Depuis quand, grands Dieux, est-elle libérale (et dans tous les sens du terme, s’il vous plaît : furieusement favorable aux joyeuses démolitions de l’Union européenne, collabo au FMI, et piteusement tombée du pinacle de la lutte ouvrière aux caveaux de la défense des droits des homosexuels) ?

Bien sûr, elle n’a jamais manqué de prétendre son combat conforme au Bien, mais après tout qui ne le fait pas ? Ce qui est plus embêtant, c’est qu’elle se soit mise, par une sorte de régression intellectuelle, à professer, partout où ses petits pieds potelés la menaient, la morale, la moralisation, le moralitarisme, ne manquant jamais une occasion de moraliser ceci ou cela – à commencer par la politique, qui est aussi éloignée qu’on peut l’être de la morale. Vient le tour du mariage, naguère encore objet de violentes luttes pour en arracher la dimension religieuse : là où la gauche d’antan défendait le divorce et le libertinage, contre la rigueur du mariage chrétien fondé sur la charité et la fidélité, celle d’aujourd’hui a cherché par tous les moyens, et est parvenue à élargir le plus possible cette institution qu’elle est censée détester, et, accrochez-vous ! elle est même allée jusqu’à prétendre que le nombre de divorces étant très important chez les hétérosexuels, la grande fidélité, l’amour qui unit les familles issues de homosexuels (qui, eux, ne sont pas alcooliques et ne battent pas leur progéniture) allaient être à même de sauver le mariage. Rien que ça. Je ne sais plus qui disait ces âneries – Najat Vallaud-Belkacem, Audrey Pulvar ou une autre cruchasse du même acabit.

Je ne suis pas de gauche (et, aujourd’hui, bien incapable d’être de droite : je ne peux adhérer à ce qu’on s’est mis à appeler « droite », et qui est si éloigné de Burke, Maistre, Baudelaire ou Bloy qu’on pourrait aussi bien l’appeler « gauche », ou « milieu » ou « truc »), mais ça ne m’empêche pas de vouloir du bien à la gauche, ne serait-ce que pour trouver, dans la France moderne, un adversaire valeureux comme mes lointains prédécesseurs ont pu avoir. Je souhaite une vraie gauche en face de moi, une gauche qui puisse batailler avec moi sur l’Histoire, le progrès, la révolution et la réaction, les problèmes et les solutions, et je refuse la moindre considération à cette gauche en papier-mâché qui se secoue les bourrelets après une victoire de pacotille sur un sujet ridicule, qui se présente comme le Christ en marche vers le Paradis des arcs-en-ciel, des confettis multicolores et des barbes-à-papa géantes, cette gauche qui n’est qu’un tas de crétins puérils dont je n’ai à dire que le plus grand mal, incapable de l’estimer le moins du monde.

Je pourrais me murer dans le silence mais j’ai de la bile à revendre, et elle est d’autant plus acide que ce n’est pas dans les rangs lâches de la droite à demi vendue que je vais pouvoir la ravaler sans broncher. Mais vivent les mariés, cela va sans dire ; les homo, proto, hétéro, coco, rigolosexuels, enfin tout ce qu’on voudra, vive tout si vous voulez, mariez-vous, tous pour le mariage et le mariage pour tous, mais marrons-nous plutôt. Tout cela n’est pas très sérieux.

Eric Campagnol

La flamme de la communion populaire

La "Manif pour tous", le soir du 24 mars (crédit : Pierre Verdy/AFP)

La « Manif pour tous », le soir du 24 mars (crédit : Pierre Verdy/AFP)

Nous avons repris le feu de la vie sociale à la société du spectacle et des médias, nous avons repris la flamme de l’action populaire qu’on avait oubliée dans les musées et sous l’Arc de triomphe. Et nous avons goûté au chaleureux plaisir de nous retrouver sur notre agora, paisibles et bon enfant. La vie normale en fin de compte. Désormais peu m’importe les bavardages de ceux qui n’y étaient pas et qui sentent que quelque chose leur a échappé, et qui voudraient tout réduire à une opinion biaisée, partielle, outrageante ou simplement médiocre. Les journalistes nous soutiennent ? Tant mieux. Ne nous soutiennent pas ? Tant pis, que m’importe ? L’heure est à la réflexion et l’action, pas au bavardage. Ce dont les gens n’ont pas l’air d’avoir pris conscience, c’est que nous sommes sortis du monde infantile et débilitant des mots, du virtuel individualiste et des fantasmes. Nous sommes 1,4 million de citoyens libres, responsables et déterminés. Nous rallierons les millions d’opposants restés sur le banc de touche. Quant aux hommes politiques opportunistes qui ne croient en rien parce qu’ils n’ont ni école de pensée, ni culture, ni conviction, qu’ils se contentent de courir après leurs électeurs. Ne laissons personne penser à notre place ce que nous voulons et ce que nous avons vécu autour de nous. Partageons, échangeons et agissons.

C’est le premier réveil de la société civile, et cette société civile doit continuer dans sa lancée, ne pas se laisser endormir par les journaux et la langue de bois. Le mouvement doit s’organiser, rester fidèle à son essence, malgré les heurts et les lacrymo : notre devise  est concorde, bon esprit et force tranquille. Nous radicaliser ferait de nous des enfants qui se battent avec le chien au lieu d’apprendre à tenir la laisse. La police a joué son rôle et nous avons gagné une première bataille médiatique. Maintenant, tout attendre du collectif ferait de nous des enfants naïfs qui se laissent tenir par la main. Nous devons agir en coordination, non en subordination.

Agir en citoyens libres, responsables et intelligents consiste à s’organiser en société civile, réorganiser le champ politique et innover dans les modes opératoires. Fonder des groupes d’actions selon des modes pacifistes, humoristiques mais percutants. Il faut continuer notre lancée: nous réunir et débattre, continuer à diffuser un débat qui semble acquis mais qui n’a lieu nulle part, l’élargir à une réflexion politique plus vaste et plus ambitieuse. Dénoncer l’imposture démocratique, réveiller les ardeurs politiques de chacun, relancer la passion française pour sa propre histoire. Cesser de croire dans la division de la nation qui fait le jeu des incompétents.

Ne rien lâcher, mais ne pas oublier qui nous sommes : un mouvement de fond divers mais uni, déterminé mais juste. Ni la CGT, ni l’AF, ni le GUD, ni l’UNEF. Nous sommes la France libre, éveillée et sereine. Nous avons la force des justes. Notre nombre n’est pas une masse, nos groupes ne seront pas des sections indisciplinées et stupides.

Nous ne voulons pas la révolution ni le retour de Sarkozy (à l’occasion autant trouver mieux). Nous voulons la concorde autour de la vérité politique, l’union nationale et l’intelligence individuelle et collective. Vive la France libre !

Alexandre Pâris

1794 – 2.0

1794

Le directeur Hollande, non daté, par Faust O’Shop

Depuis quelque temps, beaucoup d’observateurs se plaisent à anticiper une révolution à venir : pour signes annonciateurs, l’accroissement des inégalités, l’accentuation des tensions sociales, l’arrogance du monde de la finance, la vacuité des politiques, la mondialisation, Twitter, le réveil des peuples ; regardez les mouvements des Indignés ! La casserole est pleine, l’eau bout, la Révolution ne saurait tarder (on ne sait trop sous quelle forme).

Mais ils se trompent : en fait, la Révolution est déjà passée. Nous vivons aujourd’hui une fin de Révolution – il est vrai qu’on n’a pas vraiment vu passer la Révolution, mais je peux vous assurer que nous en sommes aux dernières heures. Simplement l’ambiance de fin de Révolution comme il y a une ambiance de fin de soirée. Vous ne saisissez pas ? Vous voulez la preuve ?

Elle se trouve dans un livre prophétique (qu’on trouve sur Google Books, parmi les milliers de livres périmés et donc passionnants qui y ont été numérisés) : c’est l’Histoire du Directoire, du bonapartiste Granier de Cassagnac (1851). Comment, vous ne connaissez pas Granier de Cassagnac ? C’est un historien réac’ de l’époque. Enfin, comme c’était une époque réac’, n’est-ce-pas, il n’était pas considéré comme tel (car les civilisations actuelles se valent toutes, mais les civilisations passées sont bien inférieures à nous, c’est connu. Cécile Duflot nous l’avait expliqué : « Vous trouvez que toutes les civilisations ne se valent pas ? Mais vous pensez encore comme au XVIIIe siècle ou quoi ? »).

Dans ce livre se trouve un état de la France en 1794 ; mais ne vous y trompez pas, l’auteur nous fait un tableau de la vie politique actuelle que ne renieraient pas les éditorialistes du Figaro Magazine. Voici une brève revue de presse :

– Taxation à 75%

« Jamais la guerre aux riches et la chasse au capital n’avaient été entreprises sur une échelle aussi immense. La spoliation de ceux qu’on appelait les riches avait eu ce double résultat, d’un côté, de supprimer les capitaux qui produisent, de l’autre, de détruire l’aisance qui consomme. Le travail s’était donc partout arrêté, frappé à la fois dans sa source et dans ses débouchés. »

– Mariage pour tous

« On se mariait par fantaisie, par curiosité, par libertinage ; et le prétexte de l’incompatibilité d’humeur était toujours prêt pour briser ces fragiles liens, qu’aucune sanction religieuse ou morale n’avait consacrés. »

« Le député Bérenger pouvait dire avec faveur, au conseil des Cinq-Cents, le 10 octobre 1797, que si les enfants appartenaient encore à leurs parents, ce n’était que par l’effet d’un préjugé généralement répandu ; et, peu de temps après, l’établissement de la polygamie était solennellement proposé au Grand-Conseil de la République Cisalpine. »

– Refondation de l’école

« Ce n’est pas que la Convention ne parlât constamment de lumières, de savoir et de philosophie ; mais elle ne faisait guère qu’en parler. Elle nommait comités sur comités pour lui proposer une organisation nouvelle de l’instruction publique. »

– Crise de l’Union Européenne

« Il est probable que le gouvernement anglais n’osera jamais, quand il en aurait les moyens, attaquer la Constitution française, et cette probabilité se change en certitude quand on considère les agitations du parlement, l’énormité de la dette publique, la triste situation des affaires de l’Inde. »

– L’objectif du déficit à 3% (sur ce point je me tourne vers un autre de mes livres de chevet, les Mémoires du député Antoine-Claire Thibaudeau, toujours sur la même époque)

« Dans nos assemblées les finances ont toujours été laissées à quelques meneurs, parce qu’elle exigent de l’application, et qu’elles ne fournissent pas souvent des occasions de briller. Je l’avais moi-même éprouvé, et je venais de l’éprouver encore. Cependant il ne fallait pas un grand calcul ni un merveilleux effort pour sentir que la résolution qui ôtait au Directoire la surveillance des négociations du trésor paralysait l’action du gouvernement. »

Il est vrai que ce n’est pas très optimiste : à quoi bon lire le journal de ce matin quand tout est déjà écrit dans les livres d’histoire du Second Empire ? Mais l’Histoire ressemble aux scénaristes hollywoodiens : lorsqu’il y a des flash-back, ils ne sont jamais très cohérents, et l’on reste ahuri à la scène suivante, sans savoir comment on est passé de l’une à l’autre, ni d’ailleurs pourquoi il y avait eu un flash-back de prime abord.

On se demande par exemple quel Napoléon viendra mettre un terme à la crise de la dette (Mario Monti traversant les Alpes?). D’autant que nous n’avons plus de Louisiane à vendre, plus de petits royaumes indépendants à conquérir et à piller, plus de grande guerre européenne à alimenter, plus de Marie-Louise à épouser (n’était-ce pas – au passage – l’un des premiers actes de fondation d’une communauté européenne ?). Peut-être, remarquez, pourrait-on inclure dans un programme la vente des DOM-TOM, une vrai guerre de conquête au Mali et en Libye pour reconstituer un empire colonial et récupérer des matières premières, un blocus continental contre les produits chinois, des fiançailles avec Angela Merkel. Mais, comme je disais, l’Histoire manque de rigueur.

D’ailleurs, comme d’habitude à Hollywood, les suites sont moins divertissantes que les films originaux. Genre, Twilight II, c’est trop trop moins bien que Twilight I. Eh bien, 1794 II, c’est moins marrant que 1794 premier du nom. Il n’y a pas de têtes qui tombent, il n’y a pas de conspirations, pas de tirs sur la foule, pas de débats épiques à l’Assemblée, pas de guerre seuls contre tous, pas de fête de l’Être Suprême (nous avons le Salon de l’Agriculture, c’est vrai). 2013, c’est 1794 rose et mignon.

N’allez pas croire que je me plains de cette madeleine de Proust historique : je trouve tout cela très drôle. J’attends seulement qu’on se mette à parler comme le transcrivait le GQ de l’époque, le Journal des Incroyables (an III) : « Savez-vous, savez-vous une histoie singulière qui vient d’aiver au théâte Molièe ; c’est en véité charmant ! – Paole d’honneu, z’est incoyable ! »

Gédéon Triolet

Oiseaux de nuit

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La nuit tombe, et la température la suit ; Paris s’illumine d’un beau bleu polaire, les restaurants se remplissent et les terrasses grelottent la clope à la main, les gares se vident des voyageurs, qui par une nuit d’hiver… Le « bon père de famille » rentre chez lui, le mauvais va au bar, les équipes de ménage ou de nuit s’approprient l’openfield déserté. Il est maintenant neuf heures, et la télévision endort peu à peu tous les petits Français… Mais derrière les grilles du temple républicain, dans cette grande cage boisée qu’est le palais Bourbon, les représentants de la Nation résistent à l’horaire tardif ; dans ce cirque législatif les noms d’oiseaux fusent. On aborde l’article 4, alinéa je-ne-sais quoi : un problème d’ « article-balai » qui toucherait au couple père-mère dans le Code civil.

D’un côté, une centaine de députés de gauche se tient, généralement dans les hauteurs de l’hémicycle. Une petite dizaine somnole doucement, une bonne trentaine vaque à des occupations externes au débat, se réveillant tous en sursaut quand les copains beuglent contre les interventions de l’opposition. Les plus virulents sont au centre, là où siège le groupe écolo : un d’entre eux, illustre et inconnu, beugle des « vous avez quinze ans de retard ! » dès qu’il le peut. Devant la tribune, Erwan Binet, rapporteur du projet de loi, tout content de quitter le dernier rang où il croupit habituellement, est tout sourire ; il rit de bon cœur avec sa nouvelle meilleure amie, la redoutable ministre de la Justice et Garde des Sceaux. Des rires fatigués. Taubira est enroulée dans un grand châle, qui glissant de son épaule régulièrement, lui permet de le rejeter derrière elle telle la toge antique : elle maitrise un peu l’art oratoire, c’est certain. La ministre de la Famille, une table plus loin, est enfouie dans ses papiers, et semble beaucoup plus fatiguée. Ses interventions sont nerveuses et sèches, son visage est tendu et sa parole lancinante. Quelques jeunes députés PS, content de faire leur premières armes, arpentent les escaliers et chahutent dès qu’il le peuvent : Paola Zanetti, jeune député de Moselle qui a adopté une coiffure garçonne, très en vue depuis que Najat Vallaud Belkacem l’arbore, attaque l’opposition en lui reprochant des amendements absurdes ou répétitifs. La réponse vient rapidement : l’expérimenté Jacques Myard lui répond qu’elle ne le sait peut-être pas, mais qu’on est encore loin des 11 000 amendements pour la réforme des retraites (que la gauche a conservé, de plus). « Mesquin » crie-t-on en face. Catherine Vautrin, député UMP et vice-présidente, qui siège à la place de Bartolone, calme les ardeurs.

Il est vrai qu’à droite, les amendements sont répétitifs, mais dans ce dialogue de sourds, un quarteron d’UMP, les députés Le Fur, Mariton, Breton et Poisson, s’accapare la parole, se relayant comme des coureurs de fond. Au milieu d’un cinquantaine de députés, Christian Jacob circule avec assurance, tapotant sur les épaules et glissant des mots dans le cou pour encourager ses troupes. Un ange passe : Valérie Pécresse entre, prend place, reste vingt minutes et puis s’en va. Mais le quatuor ne ralentit pas le tempo, présentant les amendements cinq par cinq, deux minutes par discours, le tout cadencé par le chef d’orchestre du soir. Poisson, le successeur de Christine Boutin, semble être animé de l’énergie du désespoir. Mariton est agacé, tendu. Il grogne, il peste tout seul ; Breton tient le choc ; Le Fur est flegmatique, et ses interventions sont un parasitage formel des plus exaspérants. Les propositions de fond viennent rarement, et elles concernent généralement deux personnes : d’une part le rare mais précieux député-maire de Versailles François de Mazières, dont la raideur de l’allure, toute en os, jure avec la souplesse de l’esprit. Le second est Breton, qui s’appuyant sur La Croix dans une démonstration, se voit houspiller par la majorité : « Journal de curé ! ». Mais les attaques en restent là.

L’assemblée est devenue technicienne, et le spectacle qu’on me propose m’atterre par le piètre niveau culturel, voire le scandaleux niveau de français de ceux qui nous représentent. Je prends acte du schisme entre le monde des arts et des idées et le monde politique. Le spectacle est suffisant, parfois drôle, mais malheureusement, souvent à ses dépens. C’est d’une vulgaire volerie, où les coqs, les paons, les pinsons, les vautours et autres triples buses piaillent sans grâce ni raison que je m’extirpe pour aller prendre mon métro. Il est loin, le temps où la chouette d’Athéna survolait l’Assemblée Nationale.

Bonaventure Caenophile