Chroniques colombiennes (2) : Anécdotas

1622463_10152266556913249_2113578699_o

© SOJ

Toujours dans l’idée de donner un aperçu des découvertes qui agrémentent mon nouveau quotidien, je propose cette fois-ci un modeste florilège d’anecdotes diverses… Lire la suite

Publicités

La pierre du scandale

Image

La Danaïde, par Auguste Rodin, 1885, marbre, musée Rodin, Paris.

Le philosophe Marcel Conche confiait dans un entretien que l’expérience d’Hiroshima – et la mort des enfants innocents qui y vivaient – du 6 août 1945 constituait pour lui le plus grand désaveu de l’existence de Dieu. En effet, comment Dieu avait-il pu laisser se produire un tel scandale, sous ses yeux, sans agir ? De même, certains déportés feront le même douloureux constat : ils souffraient dans une horreur indicible, et sans doute appelaient-t-ils à leur secours le Créateur, et pourtant Il semble avoir attendu la venue des Alliés pour mettre fin aux camps de la mort. Mais Dieu n’agit-il pas justement dans le cœur de l’homme, et « si le mal prospère », n’est-ce pas « à cause de l’inactivité des hommes de bien », comme disait Edmund Burke ? Lire la suite

Gleeden 2 : Le retour

lapin-alice

Toujours en r’tard, on est toujours en r’tard! in Alice in Wonderland, Disney, 1951.

On a pu constater récemment que le gouvernement tente laborieusement de s’adapter aux grandes directives de l’esprit moderne en imposant le progrès avec force loi et moult mépris pour les mécontents qui s’y opposent . Et pourtant cette précipitation mal masquée révèle bien autre chose que la seule allégeance aux grandes nouveautés du moment : l ‘heure est grave en effet : les modernes au pouvoir sont en retard. Lire la suite

Mourir pour le mariage ?

Delacroix, "La Liberté guidant le peuple" (1830)

Delacroix, « La Liberté guidant le peuple » (1830)

Le 4 mai 1939, dans le journal  L’Œuvre, Marcel Déat se demandait, avec tout l’esprit qui le caractérisait, s’il était bien raisonnable de s’engager à propos de Dantzig. En effet, il s’agissait de mettre un terme au pangermanisme juridique et diplomatique qui semblait n’en plus finir après l’annexion de l’Autriche et la conférence de Munich. « Mourir pour Dantzig ? » ironisait-il dans un titre demeuré célèbre, en intellectuel sage et serein. Il voyait une guerre aventureuse, là où se déroulait en réalité une bataille inscrite dans un contexte géopolitique bien plus large. Et pourtant il sera le premier à accuser la gauche de n’avoir rien fait pour empêcher la débâcle de 1940. Il sera d’ailleurs condamné à mort par contumace à la Libération.

Rassurez-vous ce n’est pas une énième reductio ad hitlerum si chère aux vigilants de tous bords, seulement une mise en perspective. Le mariage est une première bataille dans une guerre culturelle plus vaste, qui nous oppose au centralisme, à la technocratie, au néolibéralisme, au darwinisme social, et à la connerie mondiale organisée et sciemment utilisée. La droite a rencontré trois écueils dans son histoire : le fatalisme ou l’inertie des gens sereins, le boulangisme (attente  toujours déçue de l’homme providentiel), et la division. Et il est bon de les avoir en tête alors qu’elle semble relever la sienne.

« Défendre la civilisation ? Combattre la société du spectacle, le jacobinisme et l’énarchie ? Ce n’est pas un peu exagéré ? Il ne faut pas trop en faire non plus, ce n’est qu’une manif, ce n’est jamais qu’un million de personnes. Ce n’est qu’un mouvement relayé dans le monde, parmi d’autres. Mais en tout cas ce n’est pas le sens de l’histoire ! », répondent les incrédules, les éclairés et ceux qu’on a qualifiés de « mesurés ». Oubliant que la mesure est fort relative suivant le bord vers lequel on penche. « Faut absolument faire tomber le gouvernement pour que Sarko revienne », répliquent ceux qui chérissent les causes dont ils déplorent les effets, pour paraphraser Bossuet.

Ne rien attendre et rester désenchanté, voilà le premier mal du contemporain, que Cohn-Bendit comparait à un maniaco-dépressif qui passe de l’enthousiasme le plus fiévreux au désenchantement le plus désabusé. Tout attendre de l’Etat, voilà le deuxième mal qui touche les Français, qui n’ont toujours pas pris compte la mise en garde de Tocqueville : en démocratie, il faut une société civile forte, organisée et diverse, c’est-à-dire aussi de droite, si l’on veut une politique saine, et un corps social apaisé. Ce n’est pas le cas en France, où les pouvoirs sont inégalement répartis, et où on laisse des Flans gouverner, des Savonarole faire la loi et des gratte-papiers les appliquer.

La division pour la droite, c’est le syndrome des extrêmes qu’avait bien analysé Lucien Rebatet, après la venue de Pétain au pouvoir. « La droite des extrêmes n’est jamais d’accord que sur des désaccords et sur des mécontentements. C’est par nature un  mouvement voué à l’inertie, la division et la défaite. » (Les Décombres) il ne faut pas disqualifier tel ou tel parti (enfin si mais il ne faut pas le dire), il faut simplement remarquer que ce sont des mouvements bigarrés qui ne sont pas appuyés sur des écoles politiques très rigoureuses ni sur une réflexion de fond puissante, défaut qui touche la plupart des partis depuis la fin du socialisme et de la droite traditionnelle. Ce qui participe de ce que dénonce le philosophe allemand contemporain Sloterdjik lorsqu’il évoque  le nihilisme latent et abrutissant de l’esprit de mort qui s’est répandu au lendemain du traumatisme de la Grande Guerre,  touchant d’abord une avant-garde en 1918, puis une majorité à partir de 1968. Et dont la conséquence est qu’on s’abstient de penser avec ambition et audace dès qu’il s’agit de politique. Des partis, oui oui, que des partis, non, non pour parler comme dans la manif de Koch.

La situation actuelle est inédite et potentiellement insurrectionnelle, car les grandes crises sont toujours une conjonction de crises : institutionnelle (Europe et France), régionale (Grèce, Espagne, Chypre), financière, culturelle et politico-charismatique (Flamby). Seulement, il ne faudrait pas que la droite se fasse encore floutée par elle-même. Et pour cela il faut qu’elle se réorganise en société civile, et qu’elle joue un rôle de contrepoids en face du politique, afin de le tempérer, l’éclairer, et de le soutenir. Une société civile forte et unie résoudrait tous les problèmes : délinquance, désengagement, déculturation, individualisme, débilité de masse… Allô quoi, t’es citoyen et tu crois même pas en la politique.

Alexandre Pâris

Non, je ne suis pas comme vous !

Ce matin, et depuis quelques jours déjà, je ne me regarde plus comme avant.

Avant, je me voyais comme une erreur, je me voyais comme un monstre, et je souffrais du regard des autres. Ce matin, et comme depuis quelques jours déjà, je me regarde différemment. Je n’ai jamais été « comme les autres », je n’ai jamais été « normal », comme ils disent. Aujourd’hui, j’ai changé. J’ai toujours été conscient d’être un autre. J’ai toujours eu cette conscience qu’au fond de moi, vivait cet autre moi, que j’avais honte de découvrir. Que j’avais honte de montrer aux gens, dans la rue.

Ma famille ne me comprenait pas, mais les temps ont changé. Nous serons bientôt en 2013. Une année de plus, une année gagnée sur la dictature des convenances bourgeoises. Une année de plus, qui s’ajoute aux autres, à toutes ces autres, qui nous ont menées, du singe aux lumières, des lumières à ce que nous sommes maintenant. Une année nouvelle, qui nous emmène plus loin encore dans la libération, qui brise un nouveau maillon. Mais ce maillon est accroché à un autre, et il en reste encore de nombreux reliquats, des esquisses monstrueuses de ce que furent les obscures ténèbres. Nous sommes en train de vaincre l’absolutisme, les fascismes bourgeois. Nous sommes en train de vaincre les vieilles images de la famille moyenâgeuse. Mais que de chemin encore! Quel combat épuisant nous devons encore mener contre la pensée dominante, contre le pape et ses suppôts, contre le fascisme et l’obésité, contre le racisme et la surpêche. Que de chemin, mes amis, que de chemin encore !

La lutte est rude, nous combattons à un contre mille. Là où leurs armées gagnent chaque jour du terrain, là notre drapeau, rouge, arc-en-ciel, noir, lutte, là, notre emblème gagne quelques batailles en y laissant des morts. Nous ne sommes pas nombreux, mais notre lutte est justice, notre combat est ouverture, notre but est liberté, propreté, humanité, fraternité, écolo-responsabilité, égalité! C’est ce pour quoi nous nous devons de lutter.

Alors, je le redis, ce matin, je ne me regarde plus comme avant. Ce matin, j’ai décidé de relever la tête, de marcher le menton fier, hardi, de ne plus accepter les humiliations. Au fond de moi, il y a un autre. Il est différent, il n’est pas comme tout le monde, il rit, il pleure, il aime aussi. Il est un homme, et cet autre, je l’aime.

Oui, j’ose, je transgresse. Oui, je choque. Mais je le hurle sur les toits de vos églises : je m’aime, et je veux m’épouser.

ImageJe veux aussi pouvoir ne pas m’épouser, je veux aussi pouvoir divorcer de moi, je veux pouvoir me faire des enfants, je veux des allocations familiales, je veux m’emmener au cinéma et dire, à l’ouvreuse qui me demande « Une place? » : « Non, deux, je suis avec mon mari ». Et jubiler, voir sa tête de fasciste se décomposer, m’en aller fièrement, sans insulte, avec dignité, m’emmener, main dans la main, et occuper mes deux places dans la salle obscure. Et faire des cochonneries à moi-même, dans la salle de cinéma, comme un couple normal.

J’ai fait une demande à l’inter-LGBT pour inscrire l’auto-sexualité dans leur association, ce qu’ils ont accepté avec tolérance. Nous sommes déjà nombreux à lutter, et les gens avec lesquels nous vivons désormais nous considèrent comme des gens normaux. Des couples auto-sexuels ont déjà des enfants, et tout se passe très bien, les enfants sont très épanouis.

Ce matin, je fais mon coming out, je crache mon amour à la face du monde.

J’invite tous les auto-sexuels à répondre à mon appel, à faire preuve de courage et à revendiquer le droit à l’amour de son soi-même en toute liberté, et à l’égalité absolue.

R.V. Radeyschandt