Marisol, mon clope!

Marisol-Touraine

Nous ne nous lassons pas de ce genre de photo.

Marisol mon clope est trop cher! Lire la suite

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Situation de la grammaire dans la morale contemporaine

Bas-relief du palais du roi à Ninive, représentant le roi assyrien Assourbanipal (VIIe s?av. J.-C.) (ph. coll. Archives Larbor)

Bas-relief du palais du roi à Ninive, représentant le roi assyrien Assourbanipal (VIIe s. av. J.-C.)
(ph. coll. Archives Larbor)

T. W. Adorno termine son étude sur  « La situation du narrateur dans le roman contemporain » par une référence à l’écrivain et polémiste autrichien Karl Kraus. Rappelons que pour ce dernier, l’immonde corruption de la langue, dont il se désole, est l’œuvre des journalistes. Les dernières pages de l’essai portent sur la question de savoir laquelle des deux positions, de l’art-engagement ou de l’art-jouissance, il faudrait adopter en toute cohérence avec une doctrine de l’immanence signifiante, du primat accordé à l’objet et du refus de la distinction idéaliste entre forme et contenu.

Karl Kraus répondait paradoxalement que « tout ce que [ses] œuvres pouvaient expliquer en matière de morale, comme réalité concrète, non esthétique, [lui] était venu uniquement en vertu de la loi du langage, c’est-à-dire au nom de l’art pour l’art. » Le renversement de l’opposition en implication a quelque chose de coquet, certes. Est-ce à dire qu’il ne s’agit que d’un jeu de mot ? A l’heure où la poésie se meurt, où la linguistique et la rhétorique n’intéressent plus que des étudiants déjà poussiéreux, où le phantasme de la langue claire et distincte est déçu par le jargon administratif, politicien et journalistique qui, en se prétendant compréhensif, supprime toutes images prétendues archaïques, mais aussi toute expression osée aux profit d’une bien-pensance exaspérante, et qui fait faire des fautes de grammaire obvies, cette pensée de Karl Kraus ne peut-elle pas nous permettre d’entrevoir quelque vérité que tout, autour de nous, semble décrédibiliser d’avance ?

Il y a belle lurette que les textes juridiques, qui défendent prétendument les droits de l’homme en niant que ce dernier sache correctement s’exprimer, parlent cette langue à demi évanouie, à demi stupide. Comment faire comprendre à des incultes que la grammaire des poètes est une morale bien suffisante et du moins tout à fait compatible avec l’action, sans que ceux-ci se trouvent relégués par des écrivailleurs d’une ignorance crasse au rang d’étendards ridicules ?

Je n’aurai pas ici la prétention de suivre toutes les pistes ouvertes par Karl Kraus, dont je vous entretiendrai peut-être un autre jour. Je me contenterai de me demander quels échos en sont perceptibles dans une certaine morale du plaisir, loin des braillements d’une jouissance 2.0.

Les faiseurs de langue d’aujourd’hui, benoîtement surpris devant l’insurmontable opposition du signifiant et du signifié, défigurent nos langues déjà bien assez tiraillées – par leur faute ! – entre l’esthétique et l’action du plaisir. Sotte distinction d’aveugles et drôle d’alternative : je ne sache pas qu’il faille subir son plaisir pour le goûter. Et s’il faut bien s’abandonner, ce lâcher-prise ne se fait pas de lui-même, et est bien plus force d’abandon qu’évanouissement brutal. D’aucuns jugeront que les verbes « se pâmer », « s’alanguir », « s’abandonner » ne sont que de vieilles expressions désuètes. Leur saveur surannée me console. Que d’action en tout cela ! Que de morale, que de mœurs, que d’éthique – celle de l’Antiquité, du Kama Sutra et de la vieille Mésopotamie. Quel rapport avec l’art pour l’art ? Celui-ci : sur le modèle de ces civilisations, ne pourrait-on pas penser une morale sexuelle raffinée, psychologique autant que physique, charnelle enfin ? Dans l’esthétique du plaisir, le corps ne reprend pas ses droits, car son droit ne connaît nulle interruption. En raffinant ses poses, en faisant de l’amour une danse, en étant civil du creux des reins, il me semble faire quelque pas déjà vers le respect que les textes de loi ont bien du mal à imposer dans les esprits.

Remarquez que la politesse des passions se fonde sur le même modèle : esthétique et morale imbriquées au point de les rendre indissociables. Car en se demandant comment dire une colère, une haine, on se trompe soi-même par la plus grande des chances, et l’on résout plus de conflits en ouvrant un dictionnaire des synonymes qu’en rédigeant une charte aux mille amendements. Cela pour deux raisons : la première est que l’érudition détourne l’attention des passions, apaise les vagues de bile, et la seconde est que la grammaire a sa morale, à ne pas confondre avec la philosophie du langage ordinaire, qui a maintenant dégénéré en « tout ce que le souverain on dit prononce est philosophique ». Que nenni. Les formules de politesse apprises par cœur et pensées font plus que les traités en langue de bois des conférences internationales ou les bavardages des médias. Ne méditons donc plus que sur les morales longtemps pesées à l’aune d’un très vieux dictionnaire.

Aurélien Hautecœur

La Danse et la Transparence ? (ou jusqu’où ira la transparence en politique ?)

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La danse, Henri Matisse, 1909-1910.

« Il n’y a, dit Zadig, qu’à faire danser tous ceux qui se présenteront pour la dignité de trésorier, et celui qui dansera avec le plus de légèreté sera infailliblement le plus honnête homme ».

Zadig ou la Destiné, de Voltaire, 1747.

« Le Grand Déballage » : c’est la danse à la mode aujourd’hui. Chacun y va de ces petites contorsions, on roule du popotin, pour mieux masquer ses grosses poignées d’amour, son ventre plantureux. Voyez-vous, j’ai regardé la farce médiatique de cette dernière semaine avec tendresse. D’abord, parce qu’à les voir tous défiler, un a un, devant les caméras à faire leurs courbettes, les Montebourg, les Fillon, les Duflot, les Wauquiez … et oui, même Wauquiez, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à un mauvais vaudeville ou aux si charmantes prestations des Guignols, au jardin d’acclimatation.

Ensuite, j’ai bien aimé l’histoire du référendum sur le « choc de moralisation » de la vie politique. Etant gosse à Guignol, il y avait aussi des référendums improvisés. « Vous voulez que je vous débarrasse du grand méchant, les enfants » ? Tous en choeur : « Oui ! » Plus tard, il sortait son gros bâton et lui tapait sur le crâne, au méchant. Un peu comme avec Cahuzac. Ah ! la big stick policy, rien de tel ! Surtout quand il s’agit de copier le puritanisme à l’anglo-saxonne. C’est ce qu’a cru comprendre notre cher Président, tapant du gras sur la table : à partir de maintenant, « le changement c’est chacun qui va rendre public son patrimoine ».

On se dit : l’idée est excellente ! Que n’a-t-elle pu poindre plus tôt en son front disgracieux ? Avec un telle mesure, Cahuzac aurait déclaré à la presse son compte à la UBS, transféré à Singapour, et il n’aurait pu devenir le ministre du Budget en charge de la fraude fiscale. On rit. Jaune. Il n’empêche que depuis cette annonce, c’est à qui devancera l’appel. Ah, ces premiers de classe, ils ne changeront jamais ! Que voulez-vous, c’est une question de réflexe,  d’ultime révérence au tribunal médiatique.

Sans les quelques protestations effarouchées d’une Nadine Morano, la pitié aurait vite, pour nous, supplanté la tendresse. Par chance, la palme de l’ironie revient sûrement à Jean-Luc Mélenchon, qui a pris soin de nous renseigner sur les détails de sa corpulence dans sa déclaration de patrimoine. Notons qu’il a omis de préciser les mensurations, taille et poids, de ses organes procréateurs. Les bijoux de familles sont, il est vrai, un patrimoine fort précieux pour nombre de nos confrères. C’est pourtant ce que proposait le tonitruant Monsieur le député Gilbert Collard, affirmant être prêt « à enlever le bas ». Monsieur Collard, je vous crois assez malin pour en avoir une paire de rechange en Suisse, aux fraîcheurs helvétiques.

Après tout, dans un pays où l’échec est stigmatisé et la réussite suspecte, il n’est pas étonnant de voir vénérer sous cette forme la transparence, onction suprême de la démocratie made in France. Plaisanterie mise à part, en plus d’être risible, le bal des vrais-faux-tartufes a quelque chose de naïf. Le grand déballage médiatique s’est transformé en une course au plus pauvre, sous les yeux médusés des téléspectateurs et les quolibets des internautes. On est vraiment dans du théâtre au sens brechtien du terme, tant le Verfremdungseffekt[1] est brutal.

Devant leurs pirouettes malhabiles, je n’ai pas pu m’empêcher de penser au bon Roi Nabussan, fils de Nabussanab, priant Zadig de lui trouver un « trésorier qui ne [le] vole point ». « Il n’y a, dit Zadig, qu’à faire danser tous ceux qui se présenteront pour la dignité de trésorier, et celui qui dansera avec le plus de légèreté sera infailliblement le plus honnête homme ». N’est-il pas attendrissant de les voir se gondoler si grassement, « la tête baissée, les reins courbés, les mains collées à leurs côtés », comme on lit dans Zadig ? Chacun y allant de son petit refrain sucré sur la moralisation. Très précis sur la valeur d’une 4L achetée y a dix ans, mais plus évasif sur leur appartement de cent mètres carrés à Paris. Ce dont tout le monde par ailleurs se fout. Certains ne danseront que sur ordre ; ainsi, les Copé. D’autres s’y sont employés pressement. On ne peut même pas dire : « Jamais on ne dansa plus pesamment et avec moins de grâce », car apparemment, c’était déjà le cas du temps du bon roi Nabussan et des soixantes-trois fripons, se présentant pour être trésorier du roi à la place du trésorier du roi. Mais Hollande n’est pas Nabussan, et Ayrault n’est pas Zadig.

Un premier ministre insipide qui se pose en héraut de la transparence, ça ne manque pas de sel. Si seulement la transparence n’était qu’une diversion politique du gouvernement ! Mais la transparence politique, ils y connaissent un rayon. C’est presque devenu un concept, tant la politique est de plus en plus figurative. Il faut dire que l’on a la chance d’avoir un Président et un gouvernement on ne peut plus transparents. Exemplaires en la matière. Leur parole ne vaut plus rien. Ils sont inaudibles, translucides, vaporeux. En action : Hollande manie les coups d’épée dans l’eau avec brio. C’est quand même moins dangereux que les moulins à vent ! Vive la transpafrance ! Bref, la république du cellophane …

Jean-Suie Fortaise


[1] Effet de distanciation ; mais Verfremdungseffekt ça fait bien.

Le Ministère de la Vertu

Draperie féminine

Etude pour le retable de Notre Dame du Sacré-Coeur, v.1820, Delacroix.

« Le salon était de la plus haute magnificence, doré comme la galerie de Diane aux Tuileries, avec des tableaux à l’huile aux lambris. Il y avait des taches claires dans ces tableaux. Julien apprit plus tard que les sujets avaient semblé peu décents à la maîtresse du logis, qui avait fait corriger les tableaux. Siècle moral ! pensa-t-il. »

Le Rouge et le Noir

Comme on se gausse de cette société du Second Empire qui a voulu condamner Flaubert et Baudelaire pour avoir écrit des œuvres immorales ! Nous, n’est-ce-pas, nous aurions su reconnaître le génie. Nous, nous aurions su distinguer l’Art de la morale. Nous aurions aimé être dérangés par la subversion intrinsèque à ces œuvres. Nous, nous nous sommes libérés de ces préjugés bourgeois sur l’érotisme, l’homosexualité et l’adultère. Que le XIXe siècle était bête.

Je ne nie pas que le XIXe siècle eût été bête. Mais je me demande si le nôtre est plus intelligent.

Le mot « morale » n’est plus guère utilisé que dans un sens négatif, comme si la chose était un sombre héritage des temps archaïques (on ne se permet de l’utiliser qu’à propos de ceux qui gagnent trop d’argent). Il ne faut de morale ni dans les mœurs ni dans les livres. Et c’est logique : le souffle libertaire devait détruire la morale. Les demi-sots disent à propos des procès Bovary et Fleurs du Mal : il faut les comprendre, à l’époque il y avait le poids de la morale, contrairement à aujourd’hui. On aurait tort pourtant de conclure que la morale n’a plus aucune force à présent ; elle est même tout à fait florissante.

Car qu’est-ce que la morale ? C’est la convention sociale qui touche aux mœurs et qui fait qu’on reçoit ou non le blâme général de la société (oui, je laisse au placard toutes les dissertations de philo sur la morale en soi, qui n’est pas un vrai problème). Or le domaine des actions qui provoquent ce blâme social a connu un lent glissement, de sorte que la plupart des gens croient qu’il n’y a presque plus de morale, et qu’aujourd’hui nous serions enfin dans une société libérée de ses chaînes ancestrales. Aujourd’hui, vous pouvez tromper votre femme, écrire un livre sur l’adultère, tourner un film pornographique, vous dénuder, être homosexuel, bi-, trans, polyamoureux, sans trop de conséquences. La sexualité, qui était le centre de la morale du XIXe siècle, ne pose plus problème[1] (socialement ; car psychologiquement elle s’est mise à en poser démesurément, mais c’est un autre problème). Très bien.

Alors, où y a-t-il de la morale ? Quels sont les actes, les paroles, les positions qui provoquent immédiatement la condamnation unanime de la société ? Eh bien ! le racisme, la xénophobie, l’islamophobie, le sexisme, le machisme, le patriarcat, la transphobie, l’homophobie, la lesbophobie (selon l’utile distinction des militants), les notes à l’école. C’est-à-dire, toutes les discriminations.

Mais il y a un malentendu terrible, c’est qu’on ne se rend pas bien compte qu’il s’agit de la vraie, de la grande morale du siècle, et qu’on entend toujours, ou feint d’entendre par « morale » les questions de sexualité, alors qu’aujourd’hui la morale concerne les discriminations. Imaginez donc, à la place d’une Emma Bovary plongée dans les délices de l’adultère, un personnage actuel de roman évoluant dans les sphères nationalistes, xénophobes et racistes de la société. Les plus modérés des observateurs diraient : « Je ne me sens pas très à l’aise avec ce livre. » (Je pense qu’ils ne diraient pas « dérangés », ce qu’ils seraient de fait ; car « déranger », c’est positif, pour un Artiste.) La majorité condamnerait ce livre dangereux, qui aurait joué avec les tensions françaises de façon irresponsable, et d’ailleurs on se demanderait si l’auteur ne partage pas les thèses de son personnage. Le livre et l’auteur, bien sûr, auraient été traînés en justice et condamnés pour injures raciales (trouvées dans les dialogues du roman). Conclusion des sages du PAF : l’auteur aurait mieux fait de ne pas soulever ce débat nuisible à la société, et on sous-entend qu’il n’est pas à fréquenter, c’est-à-dire à inviter sur les plateaux télé – sinon comme démon qu’on regarde avec une curiosité coupable.

C’est déjà arrivé plusieurs fois. Mais ces nouveaux procès Bovary sont loin d’être les pires manifestations de la nouvelle morale, d’autant plus pernicieuse qu’elle ne s’assume pas comme telle. Le pire, ce sont toutes les tentatives pour faire « avancer l’égalité » et pour lutter contre les discriminations, défendues avec le calme et le petit sourire faussement modeste de ceux qui savent qu’ils sont du côté du bien (c’est-à-dire ceux qui défendent la morale – sans se l’avouer, voire sans le savoir). De façon amusante, comme toute morale, elle cherche des justifications à l’extérieur d’elle-même (alors qu’une morale, je pense, ne se développe que par un attachement semi-inconscient à telle ou telle valeur). Aussi nous démontre-t-on que l’égalité, la parité, la diversité sont productives, efficaces, rentables ; toutes qualités qui n’ont rien à voir avec la morale. Au primaire, explique la Ministre des droits des femmes, les équipes de sport paritaires filles-garçons sont meilleures que les équipes non paritaires. Elle ne dira jamais qu’elles sont plus morales, mais elle voudra vous prouver qu’elles gagnent plus de matches[2]. De même qu’on cherchait à montrer au bête XIXe siècle que les ouvrières travaillaient mieux si elles étaient rangées et que les homosexuels finissaient forcément ruinés. Et de qualifier toutes ces actions morales du ridicule adjectif « citoyen ».

Ceux qui se croient libertins (d’esprit, j’entends) devraient penser à actualiser l’objet de leur libertinage, car pour l’instant, ils ne sont que dévots. Je voyais il n’y a pas longtemps le dépliant d’une école quelconque, design comme une affiche de comédie romantique, avec des photos de groupes d’amis ou de couples sur toute la page. Il y avait un couple de chaque orientation sexuelle, et tout le spectre chromatique humain était représenté, chaque couleur arithmétiquement répartie. Si s’illustrait leur slogan, selon lequel la diversité était leur meilleur atout. Siècle moral !

Évariste de Serpière


[1]L’inceste survit comme interdiction, étonnamment.

[2]Voir le programme « ABCD de l’égalité »

Peut-on moraliser le vide ? ou La Momie voulant se faire plus morte que les zombis

Scène du film "La Momie"

Scène du film « La Momie »

Notre époque moderno-moderniste est décidément le théâtre d’oppositions ahurissantes d’inanité. Récemment se sont opposés défenseurs de la liberté d’expression et partisans de la morale républicaine, regroupés derrière l’inénarrable Najat Vallaud-Belkacem. En d’autres termes, pour être plus précis : les défenseurs de la liberté de bafouiller son petit avis personnel (surtout s’il est celui de tout le monde) se sont opposés aux indispensables vigilants citoyens, rabâcheurs infatigables des évidences morales les mieux partagées. Chacun est à son poste, c’est parfait. Modernes contre modernes, opposition affriolante s’il en est !

Le ministre de l’impayable ministère des Droits des Femmes (et de toutes autres victimes ayant pour principale envie d’être sacrées nouvelles idoles pour les siècles des siècles) a dit sa détermination à faire condamner les auteurs d’odieux « dérapages » racistes et homophobes sur le réseau social Twitter. Faut-il s’ennuyer ferme pour n’avoir d’autre projet que de « moraliser Twitter » ! On se demande qui est le plus vain de l’internaute décérébré qui poste des messages d’insultes, ou de celle qui s’ingénie à les condamner et à les combattre, donc à les prendre au sérieux… Faut-il manquer cruellement d’adversaires réels, qui tiennent un tant soit peu la route, pour se pencher sur le cas si déséspéré des bafouilleurs et ânonneurs indifférenciés englués dans Twitter, quand les insultes que ceux-là profèrent, aussi indignes soient-elles, ne seront jamais que poudre de néant jetée aux yeux exorbités, perpétuellement écarquillés et embués d’ennui, des indéboulonnables Vigilants subventionnés.

Loin de moi l’idée de penser que Najat Vallaud-Belkacem chercherait désespérément à justifier, par de telles actions et sorties médiatiques répétées, l’utilité de son misérable ministère… Quoi qu’il en soit, elle s’outre. Encore et toujours elle rabâche ses condamnations morales, ânonne son catéchisme socialiste, égalitaire et solidaire, toujours plus dans le même sens, au sein du consensus le plus étouffant. C’est que l’insulte devient très vite intolérable, même inconcevable, pour qui se considère l’incarnation de valeurs relevant du Bien absolu, de Droit socialiste divin… Il est à craindre qu’à terme, par delà l’horizon bouché de cette misérable « polémique », c’est la suppression de toute insulte et de toute velléité d’opposition qu’envisage cette illuminée qui irradie de modernité. En attendant cet avenir radieux (qu’on me pardonne un tel pléonasme) elle passe le temps en s’indignant de « dérapages verbaux » en tous genres. Comme si les réseaux sociaux, quels qu’ils soient, pouvaient être autre chose que des décharges à ciel ouvert, que des cimetières à tombeaux ouverts d’où s’échappent les masses indifférenciées de zombies anonymes pseudonyfiés, libérés des règles les plus élémentaires de la langue et de l’intelligence, devenant de plus en plus hargneux et haineux à mesure qu’ils finissent de se ressembler tout à fait les uns les autres, jusqu’à devenir de parfaits interchangeables, égalisés comme on en rêve…

Toutefois notre cher ministre des Droits de Chacun et n’importe qui à exiger tout et n’importe quoi de préférence s’entête à considérer que Twitter pourrait être un lieu d’échange et de communication assaini. Il n’y a qu’une telle momie, enrubannée de ses sacro-saints principes républicains, pour décider de s’attaquer à de pareils fantômes du Net. Il faudra décevoir la courageuse Najat Vallaud-Belkacem : on ne moralise pas le néant, surtout lorsqu’on en fait partie…

P.-L. P.