Petit président deviendra grand

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L’infant Pierre-Charles de Bourbon et Bragance, par N.-A. Taunay, (1785).

« Quand j’étais petit, on m’a dit que n’importe qui pouvait devenir président. Je commence à le croire. » Clarence Darrow

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Buisson en festin

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Photo : Kevin Walsh

La télévision étant le non-lieu par excellence, ceux qui s’y rendent ne peuvent jamais qu’y faire semblant de penser et de parler, et ils le font en bande, ou plutôt en troupe, mauvais acteurs sur une mauvaise scène, mimes sans talent, intermittents de la raison. Lire la suite

Nathalie Kosciusko-Morizet, nager dans le néant

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Paris Match, 23 mars 2005.

A quoi sert Nathalie Kosciusko-Morizet ?

Elle a été porte-parole de Nicolas Sarkozy pendant sa dernière campagne, avant de s’en prendre au principal inspirateur de cette même campagne, Patrick Buisson, l’accusant de vouloir « faire du Maurras ».

Elle s’est abstenue lors du vote du Mariage pour Tous, arguant qu’elle désirait une union civile. Précisément : lorsqu’on veut une union civile, c’est qu’on ne veut pas du mariage. Quand on ne veut pas d’une loi, on vote contre. Surtout quand on est dans l’opposition. Lire la suite

La gauche, la droite et les petits pas de Sarkozy

Nicolas Sarkozy, par Serpière

Nicolas Sarkozy, par Serpière

Intéressantes réactions dans les médias à l’espèce d’interview de l’ancien président publiée il y a deux semaines dans Valeurs Actuelles. Il y a des journalistes que je trouve toujours intéressants à entendre : le bavardage éternel de leur bêtise infinie me fascine ; Canal +, bien sûr, en fournit pléthore : pour en prendre un bon paradigme, voyez le sympathique Nicolas Domenach. Avocat sempiternel des idées du Parti socialiste, mais qui tient tout de même à paraître un esprit critique, il a trouvé la solution, d’abord de plisser les yeux pour se donner un air malin, ensuite de toujours critiquer en demi-teintes : Il faut faire ce qu’ils font, mais mieux. Ils vont dans la bonne direction mais ils manquent d’audace. Je suis d’accord avec leur ligne directrice mais ils devraient l’énoncer plus clairement. Il faudrait imaginer quelque chose de neuf[1]. L’avantage, c’est que si vous êtes de droite, vous pouvez être sûrs de vous : ce que vous pensez, c’est le contraire de ce qu’il dit. Ce n’est pas très flatteur pour la droite, mais il est communément admis qu’elle a toujours été une anti-gauche. Certaines personnes de droite, dont le caractère a peut-être un petit fond de gauche, s’exclameront : « Mais pas du tout ! La droite, ce n’est pas s’opposer, c’est construire. » Mais il faut assumer : la droite est conservatrice ou réactionnaire. Notez que c’est un projet réformateur, d’être réactionnaire. Je m’égare.

Nicolas Domenach, donc, réagissait à propos du retour de Sarkozy, et disait qu’il l’avait raté (il n’est pas le seul : c’est aussi l’avis d’un chroniqueur du Point et d’autres). Sarkozy, expliquait-il, n’avait pas fait d’autocritique ; il aurait dû rassembler ses partenaires et, avec eux, réaliser une analyse de ce qui n’avait pas été dans la campagne et dans le quinquennat, pour définir de nouveaux objectifs. Là, c’était raté, il n’avait pas fait de mea culpa, et d’ailleurs il ne parlait que de lui dans son interview, ce sale petit égocentrique. Je me disais en regardant l’émission : ce type de gauche veut qu’un type de droite agisse comme un type de gauche. Il voudrait que Sarkozy établisse une commission de consensus et qu’il déclare vouloir travailler conjointement avec tous les hommes de bonne volonté à l’élaboration d’une nouvelle ligne, qu’il s’excuse de sa campagne droitière, qu’il agisse comme un type normal, quoi, à la fin.

Mais quelle incompréhension de ce qu’est la droite et de ce qu’est Sarkozy, bonapartiste de caractère malgré des idées orléanistes ! Principes du petit Bonaparte : ne jamais dire qu’on a échoué, ne jamais reculer ; changer son arme, certes, mais sans le laisser voir ; se montrer sûr de la victoire, même lorsqu’elle est incertaine ; ne jamais passer par la route que vous tracent vos rivaux, couper à travers champs (c’est-à-dire par le peuple) ; ramener tous les pouvoirs et toutes les idées à soi – ces idées fussent-elles volatiles (Bonaparte ne s’est jamais beaucoup embarrassé de cohérence idéologique). Si Sarkozy veut revenir – et il le veut sans doute – il doit attendre (c’est d’ailleurs le principal échec de cette sortie dans Valeurs Actuelles : elle vient trop tôt[2]), ne jamais rentrer dans les luttes internes de la droite, et se présenter au dernier moment comme l’homme providentiel. La vraie question est la suivante et elle est idéologique : voudra-t-il être le rassembleur qui embrassera la France entière pour la sauver du gouffre – ce qu’aimerait être Fillon – au risque de n’avoir que le style pour le différencier de François Hollande, ou sera-t-il, en reprenant la ligne Buisson, l’alternance droitière la plus assumée et la plus dure ? Bien sûr, rien ne l’empêchera de changer de piste en pleine course – il nous y a habitués.

Pour le moment, Nicolas Sarkozy apparaît dans Valeurs Actuelles : il me semble qu’il a pris son parti.

Gédéon Triolet


[1] Ces gens m’insupportent de plus en plus qui se lèvent gravement pour dire d’un air profond : « Il faudrait inventer une nouvelle façon de penser la question », sans dire quoi. On en trouve en politique, en philosophie, dans la recherche, en cuisine, c’est terrifiant.

[2] La polémique selon laquelle il se serait fait piéger par Buisson et Valeurs Actuelles jette le trouble, mais il se peut qu’elle soit infondée (voire voulue par le président pour ménager ses arrières).