Femme fatale

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Roman Polanski, Emmanuelle Seigner, Matthieu Amalric.

Critique de La Vénus à la fourrure, de Roman Polanski par B. Caenophile. Lire la suite

L’immonde des livres

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Carte bouddhiste du monde, anonyme, XVIIe-XVIIIe, Kyoto. Art Gallery of South Australia.

Le Monde des livres, dont j’attends toujours que quelque bienveillante divinité nous délivre, a publié récemment (le 20 septembre dernier) un affligeant manifeste qui en dit long sur l’état de la littérature contemporaine et de ceux qui s’en font les représentants. Ce manifeste réclame la construction d’une « Cité internationale de la littérature » à Paris. Lire la suite

Féminisme 2.0

Monet femme à l'ombrelle

Femme à l’ombrelle tournée vers la gauche; par Monet, 1886, tempera sur carton, Musée d’Orsay, Paris.

L’internet vient frapper à ma porte : des harpies, me dit-on, se disputent le gâteau médiatique, Femen contre Antigones. Que se passe-t-il donc en France ? De ma petite montagne de Buda, je m’interroge sur l’avenir des femmes, l’avenir du féminisme mais surtout le sens qu’il faut donner à ces éclats de voix. Je ne sais si Virginia Woolf ricanerait ou se retournerait dans sa tombe devant la violence des unes et l’auto-flagellation des autres, elle qui se satisfaisait d’avoir ses livres, son libre-arbitre, 500 pounds a year and a room of one’s own… Lire la suite

Le dernier disciple

Zdzisłav Beksiński, "Sans titre"

Zdzisłav Beksiński, « Sans titre »

Le dernier disciple de Zarathoustra avait vu la transformation de son maître, et tous ses sens avaient failli devant l’abîme que creuse l’effroi dans le cœur de l’homme. Puis il se dit que la peur était la petite mort, l’oblitération totale de l’esprit, qu’elle n’était pas une bonne maîtresse ni une bonne conseillère devant un ennemi aussi rusé que le monde du Dernier Homme. Il se rappela que son maître l’avait mis en garde contre ces nourritures qui alourdissent le cœur et ces enseignes qui ne réjouissent pas l’âme.  Alors, il  retourna au renouveau, l’accroissement de la puissance et la propagation de l’harmonieux. Car l’enfant de Zarathoustra vivait à travers lui, riant et battant des mains devant l’éternel optimisme de la force vitale. Il entreprit résolument de visiter le monde du Dernier Homme, et de déjouer ses embûches, et de l’apprivoiser, ce Léviathan, comme le dresseur apprivoise le lion et la panthère.

Parouthoustra, car il faut appeler les êtres par leur nom,  partit à la rencontre de la Dernière des Postérité et tomba sur un drôle de prophète qui ordonnait avec ses larmes, effrayait par ses cris et renversait les juges en s’allongeant sur le pas des portes :

« En réalité, en réalité, c’est moi qui vous le dis, je suis l’homme-chien ! On m’a dit à l’aube de mes jours, au mur des prisons que sont les vies de l’homme, “connais-toi toi-même”, et j’ai interrogé les murs et les barreaux, et ils m’ont répondu : “Tu n’es pas, Ekkratès, tu n’es que ton devenir, tu  n’es ni la vague ni la mer, tu n’es qu’une écume qui se prend pour la marée !” et alors j’ai cassé ma lampe , car il n’y avait plus d’hommes à chercher, car l’homme a inventé la femme et la femme a inventé l’homme, et l’hermaphrodite a inventé l’homme et la femme, et l’espèce toute entière a menti depuis les origines. Alors j’ai cessé de hurler avec les loups, qui ne savent que dévorer l’agneau et chercher la viande, et alors j’ai trouvé le chien! Car le chien m’a trouvé le premier et que j’ai trouvé le chien à mon tour, et nous avons fait niche commune, et maintenant c’est moi qui porte ses petits ! En réalité, en réalité,  c’est moi qui vous le crie, je suis un chien et non un homme, et je suis venu libérer le chien qui aboie derrière vos grilles !  Car ni homme ni femme, je suis un chien ! Convoquez les juges, car j’ai trouvé un peuple opprimé et enchaîné à délivrer, j’ai trouvé des divorces à prononcer, des parentés à découvrir ! Je suis l’homme-chien, le frère de tous les chiens, leur prophète, et eux aussi vont accéder à la raison et à la conscience, puisque le chien se comporte mieux que l’homme, c’est lui qui mérite l’approbation du juge !  Aucune règle ne prime, si ce n’est celle qui dit que toutes les règles priment également ! Aucun chemin n’est meilleur, car partout on y trébuche, et c’est pourquoi il faut marcher à quatre pattes ! Les hommes-juges ont enchaîné la bête et étouffée la planète, et voici venir le jour de la justice et de la prise de conscience historique ! Le chien connaît mieux l’homme que lui-même ne se connaît, puisqu’il passe son temps à s’oublier, et le chien éprouve, sent, rêve, joui, et vous croyez qu’il ne vaut pas l’homme ? Mais lorsque le chien aura appris à manier lui aussi la poudre, celle, fatale, que l’on jette au ventre et qui tue, et celle, bien plus terrible, que l’on jette aux yeux, alors les hommes devront bien reconnaître qui est le maître, et c’est le chien, car c’est l’homme qui en a fait la bête, car il ne lui appris qu’à ramener la balle, et c’est désormais le chien qui retournera le bâton et l’homme qui le rapportera ! »

Parouthoustra se dit en lui-même que si l’homme-chien avait renoncé à trouver l’homme en lui-même, bientôt viendrait l’abdicateur parmi les chiens qui ne trouvera plus en lui l’espèce, et qui se tournera vers le chat ! Alors il donna une caresse à l’animal, qui jappa avec entrain – car sa petite raison avait trouvé un maître à qui se vouer – et les deux compagnons se mirent en route vers la Grande cité.

Alexandre Pâris

Le Dernier Homme et le jambon vapeur

Aussi curieux que fût ce mélange entre Aliocha et Chérubin que constitue l’individu Iraes, il a eu une bonne intuition en citant Nietzsche. Car je pense, moi aussi, que l’homme moderne, ce Dernier Homme, est médiocre jusque dans son vice, mou jusque dans sa pourriture, idiot jusque dans sa révolte. Mais rendons la parole à ceux qui savent prendre toute la mesure des choses.

Zarathoustra était descendu de sa colline, (bien que son géniteur fût mort de folie et que son œuvre fût confisquée par sa sœur), et avait vu combien ses frères les hommes étaient devenus navrants d’inaction et de veulerie. Il les avait exhortés à chercher le pont qui mène au Surhomme, « car l’homme doit être dépassé » ; il leur avait tenu des sermons patients et joyeux, mais ils ne l’avaient pas écouté, ils avaient compris en dépit du bon sens le Chameau, le Lion et l’Enfant et avait tout fait à l’envers. D ‘abord un petit moustachu rabougri leur avait dit que l’avenir de l’homme était dans la couleur de ses cheveux – mais Zarathoustra savait bien que ce pauvre fou ne cherchait qu’à vanter un Oréal pour femme – puis, plus déçus que détrompés, ils avaient écouté un autre moustachu a la belle voix d’or, qui leur chantait que la femme est l’avenir de l’homme, comme s’il n’y avait pas de la place pour deux – les femmes ne sont pas toutes si grosses, que diable. Résultat, les femmes étaient partout, elles portaient aussi fièrement la moustache que la légion d’honneur, les bottes du cavalier que le mocassin du pilote. Par réaction, les grossiers bœufs, qui de toute façon ne comprendront jamais rien sinon qu’il faut marcher droit devant soi, avaient appelé tout raffinement : « fille », et toute grossièreté : « homme » ; et voulaient endiguer le déluge des amalgames avec le maigre recours de leur pauvre volonté d’attelage. Les sages s’en réjouissaient évidemment, puisque les prolétaires avaient renoncé aux subtilités de la révolution et de la réforme et cherchaient désespérément un maître de substitution. Désormais l’Europe – cette femme qu’on ne peut que ravir par la violence et jamais séduire par le compromis – était gouvernée par un tyran femelle et une poignée de mauvais juges, du même acabit que le moustachu et ses petits épigones ; et Zarathoustra avait hésité un instant en se disant qu’Aristote et tous les saints avaient peut-être raison, nie l’âme et tu perds tout, ducon ; mais il s’était ravisé en se disant qu’il était bien plus drôle de proférer des mensonges joyeux :

« Génération du Dernier Homme, qui ne crois pas que ta vie mérite le sacré autant que le sacré mérite ta vie, toi dont les saisons se passent à flatter puis décevoir tes sensations, ton existence passe comme une chasse d’eau et toute ton œuvre, comme une pollution qu’aura aussitôt oubliée la postérité, s’il en reste ! L’échine courbée devant le veau d’or qui ne porte même pas l’insigne de ta souveraineté autour de sa gueule silencieuse et sans odeur, la volonté suspendue par les idoles de la Sensation, du Labeur et de l’Argent, tu n’es même plus agité dans ton sommeil par la fièvre de la révolte, ni par les caresses de la création, ni même par l’abîme de la destruction ! Gros mollasson, ne supporte pas plus longtemps de vivre ainsi enchaîné, ne souffre plus que ces vilaines amazones brûlent tes idoles, ne souffre ni la parité ni Eva Joly (quand on est si laide, n’est-ce pas un scandale que de porter sans honte ni pudeur un si mensonger patronyme ?) ! Génération du Dernier Homme, jamais mâle ne fut moins fertile que toi, veau qui te nourris de pesticides, tu crois encore que la diététique c’est pour les gonzesses ? Génération du Dernier Homme, on te parle d’égalité et de liberté, bonobo asservi par des guenons criardes, et tu y crois ? Génération du Dernier Homme, au lieu de jouer à Fifa et Call of Duty, au lieu d’user tes yeux en lisant Brain Magazine, prépare l’ENA ou la révolution au lieu de te laisser dicter ta politique par cette peau de Boche d’Angela ! Gnou inconséquent qui dansais hier à la Bastille aux côtés des Clémentine Autain et des Taubira, tu te plains de vivre en Grhollandie depuis que François est aux commandes, mais si Dominique ne s’était pas laissé mettre par cette garce de Nafissatou, il se serait sûrement montré plus à droite que lui ! Génération du Dernier Homme,  tu cligneras de l’œil quand tu auras trouvé la lumière ! Génération du Dernier homme, tu crois au travail des femmes, t’es-tu déjà demandé qui gardait les gosses dans les squares ? Génération du dernier homme, toi qui as renoncé à trouver la Vertu Suprême, poursuis au moins une vertu qui te ressemble ! Génération du Dernier Homme, n’oublie jamais qu’on devient ce que l’on contemple et que l’on  se conforme malgré soi à ce que l’on admire ! Génération du dernier homme, n’oublie pas qui a poignardé Batman, et qui ne l’a pas trahi ! Génération du Dernier Homme, tu n’es pas le maître qui tient la laisse, mais l’homme qui est promené par son chien ! Génération du Dernier Homme, jusques à quand croiras-tu que Catilina est un nom de femme ?  Génération du Dernier Homme, jusques à quand croiras-tu que je fais l’apologie de la force brute ? »

A la fin de son sermon, Zarathoustra se dit qu’il était satisfait, et que l’enfant qui était en lui avait bien ri. Il eut un petit creux et passa au McDonald’s en se demandant s’il n’aurait pas mieux fait d’y aller plus tôt en apercevant tous ces choix étonnants de hamburgers. Au premier sandwich, ses cheveux tombèrent, puis il grossit et devint d’un beau jaune poussin. Au deuxième, son intelligence sortit toute armée de son crâne, et ainsi fut Lisa. Au troisième, son espièglerie sortit  de son oreille en lui arrachant un « tho ! » de douleur et ainsi naquit Bart. A la table d’à côté, sa semblable couinait amoureusement avec une sorte de ça en couche-culotte dans les bras qu’elle appelait Maggie. Elle portait une coiffure de bigoudène toute bleue et des Crocks turquoise. Zarathousmer tenta de se révolter, mais oublia bien vite ce qui lui crispait ainsi les viscères. Il se concentra très fort sur la seule idée qui lui restait au fond du crâne, afin de se souvenir, mais il avait oublié les mots pour la déchiffrer. Et puis un petit singe s’était installé à la place pour le divertir, il avait des cymbales en cuivre et c’était si divertissant à voir ! Homer pensa, ou plutôt émit l’idée « singe » associée à l’exclamation « Ouhou », puis conclut par une composition « Jambon, mmh, JaM-bOn vA-pEurR… ».

Alexandre Pâris