Plaidoyer pour la Gaulle forte

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La Gaulle était un pays riche, prospère et puissant. Son monarque s’était taillé un pouvoir à sa mesure, alliant un centralisme transitoire avec une démocratie sociale inespérée. C’était le temps où l’esprit de la Constitution gouvernait sur sa lettre, où l’on pouvait être fier de ses institutions sans rougir de leur dévoiement. C’était une époque bénie où les opposants au régime avaient des couilles, du cœur et des convictions. La Gaulle était un pays qui pouvait se dresser Lire la suite

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Merci Minute !

Qui n’a pas entendu parler de cette sombre histoire de bananes n’a sans doute pas eu de contact ces jours-ci avec les médias, ce dont quiconque pourrait se féliciter. La bienheureuse planète médiatique a failli dériver de son orbite confortable ces jours-ci. Secouée par la « une » de Minute, elle a hurlé aux loups et poussé ses plus beaux cris d’orfraie. Lire la suite

Quel avenir pour la désobéissance civile ?

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La Manif pour tous, dont l’enthousiasme et la frénétique hystérie sont peu à peu retombés[1], a marqué la reprise du concept de désobéissance civile par une grande proportion de citoyens. Ce genre d’appropriation et de contagion est rare. En général, la désobéissance est le fait de personnalités fortement convaincues et courageuses, (ou d’individus marginaux, têtus et téméraires), qui décident d’enfreindre Lire la suite

« Nous sommes fiers de ce que nous faisons »

(crédit Guillaume Paumier)

(crédit Guillaume Paumier)

Comme tu as raison, Taubira, d’avoir dit cette phrase à l’Assemblée, quelle grande œuvre de la Gauche que de faire évoluer les mentalités de tout un peuple, lui, si ignorant de ce qui est bon pour lui, toi si grande quand tu démasques les tartuffes qui s’y opposent, oui, quelle grande œuvre que d‘apaiser les crispations alarmantes de la société française ! Ne t’inquiète pas, France, le médecin est là, avec son grand sourire et ses belles histoires, pour te remonter le moral, te libérer de tes préjugés, t’élever à ta dignité de républicain égal, libre et fraternel ! Belle et grande œuvre de la Gauche ! Voyez-les, ces fiers hérauts du progrès, ces libérateurs des genres, ces protecteurs des pupilles opprimés du monde entier qui vont enfin trouver non pas une, mais deux mamans, non pas un, mais deux papas ! Généreuse gauche comme toujours à travers l’histoire, tu es toujours du bon côté de la barricade et du progrès ! En 1789, c’est toi qui faisais tomber le couperet, en 1848 c’est toi qui inventais la poudre, en 1880 c’est toi qui envoyais tes missionnaires de la civilisation et du progrès embraser le monde de ta vérité ! C’est toi qui as lutté pour la paix à Munich, l’amitié avec l’Allemagne en 1939 , qui élisais un vieillard fringant en 40, tu luttais par l’apaisement pendant l’épuration, résistante avant même que la lutte ait commencé, tu louangeais Staline en 50, Hô-Chi-Mîn et Castro en 65, tu nous a permis l’émancipation en 1968 avant l’ultralibéralisme et le libertaire, en 1981 tu nous sauvais avec François Ier, en 2013 François II nous offre sa calvitie et sa bouche en cul de poule-au-pot, sa compagne aboyante et son gouvernement de faux-jetons. Gauche, tu nous ouvres les yeux, tu as enfin donné par cette émouvante PMA entre Dominique et Nafissatou un nouveau délégué pour la France orpheline de ses grands hommes qui faisaient rire avec leur éloquence pleine de tremolos ! Gauche, tu nous réconcilies enfin, petits et grands, pairs et impairs, et ton quinquennat sonne comme un triomphe plein de liesse et de beaux draps !

Comme il doit être doux d’être du bon côté de l’Histoire, Grand Frère, celle qui  flamboie, celle qui en jette, qu’il doit être bon de participer à une si belle œuvre, d’élever une nation qui croit, qui croasse et qui jubile ! Tu envoies nos soldats se faire tuer pour sauver le Mali – pour le coup c’est une bonne œuvre, mais attendons la continuation politique, O, donneuse de leçons – mais tout le mérite te revient, orgueilleuse petite maline ! Et vas-tu leur apprendre, aux Maliens, comment on élève des gosses ? Comment on se maintient au pouvoir par la corruption, le clientélisme et la propagande de l’insidieux et de l’anathème ? Et aux djihadistes, Grand Frère, tu vas leur dire que le voile c’est ta priorité numéro 1 ? Et aux Européens, Gauche, qu’est-ce que vas leur dire ? D’aller se faire voir chez les Grecs ? Fais-moi entrevoir l’avenir de la France, quels autres beaux projets tu as pour elle pour les cinq ans à venir ! Dis-nous comment être du bon côté de l’Histoire ! Dis-nous tes secrets, raconte-nous les rêves que nous partagerons ! Quelle va être ta solution pour refaire de nous une nation unie ? De la démocratie directe avec des élus qui restent 15 ans au pouvoir comme dans tes régions ? Tu vas relever l’instruction en enseignant ta belle morale sexuelle qui libère des frustrations, Grand Frère la Gauche ? Tu vas remettre les mauvais garçons dans le droit chemin avec ta douce conception de l’autorité ?

Belle et douce Gauche qui te prends  pour le remède alors que tu n’es qu’un furoncle au milieu de nos institutions vérolées ! Tes fantasmes médiocres, tes sourires aux dents cariées, ta prestance de Barbapapa, tes bonnes intentions qui puent la fraude et la lâcheté, laisse-moi te dire que je les méprise, que j’le balaye, que je te les laisse. Gauche triomphante des ânes couronnés, gauche triomphante des rois fainéants, gauche triomphante qui n’as qu’une illusion de pouvoir, qui n’es respectée que dans les quartiers et les vernissages des bourgeois à la bonne conscience bohème, gouvernement de porcs bons à se jeter du haut de la falaise, gouvernement de bien pensants, gouvernement enivré par tes combats de guignols, gouvernement qui ne vaux même pas le prix de son harnais, gouvernement des cons pour les cons et par les cons, consciencieux comme une voleuse de perles, cultivé comme un champ de cannabis, honnête comme un joueur de football, avec tes gueules de faux-culs et tes saillies de court-à-jouir, tes costumes de carême, ta cravates bonnes à pendre des chats galeux, tu me fais rire, gouvernement qui nous jettes les uns contre les autres, qui vas nous pisser sur le parapluie en nous faisant croire que c’est la mousson, pendant 5 ans, gouvernement de poules aux œufs d’or, de marchands de sable, tu n’es que le dernier hoquet de la Grande Bouffe, la dernière symphonie de Michel Piccoli, la dernière mystification d’Althusser, la dernière invention foireuse des post-modernes, des post-Français, des post-humains ; poisson pourri d’un 1er avril à retardement, ton sens de l’histoire tourne en rond comme la chasse d’eau qui t’entraînera dans les oubliettes de la postérité. Pendant cinq ans on va t’entendre dire des conneries, péter dans la soie du général de Gaulle, ricaner dans l’assemblée ; et profites-en bien Babylone aux seins plastifiés, envoie-nous des baisers du haut de tes balcons médiatiques, gorge-toi de pouvoir et d’auto-congratulation, c’est ton Noël à toi, ton petit plaisir, ta petite revanche, vas-y, dilapide nos biens, gamberge, pérore, en un mot, vis ta petite vie, toi qui n’en as qu’une ;  mais compte pas sur moi pour payer ta retraite, patronne indigne.

Alexandre Pâris

Oiseaux de nuit

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La nuit tombe, et la température la suit ; Paris s’illumine d’un beau bleu polaire, les restaurants se remplissent et les terrasses grelottent la clope à la main, les gares se vident des voyageurs, qui par une nuit d’hiver… Le « bon père de famille » rentre chez lui, le mauvais va au bar, les équipes de ménage ou de nuit s’approprient l’openfield déserté. Il est maintenant neuf heures, et la télévision endort peu à peu tous les petits Français… Mais derrière les grilles du temple républicain, dans cette grande cage boisée qu’est le palais Bourbon, les représentants de la Nation résistent à l’horaire tardif ; dans ce cirque législatif les noms d’oiseaux fusent. On aborde l’article 4, alinéa je-ne-sais quoi : un problème d’ « article-balai » qui toucherait au couple père-mère dans le Code civil.

D’un côté, une centaine de députés de gauche se tient, généralement dans les hauteurs de l’hémicycle. Une petite dizaine somnole doucement, une bonne trentaine vaque à des occupations externes au débat, se réveillant tous en sursaut quand les copains beuglent contre les interventions de l’opposition. Les plus virulents sont au centre, là où siège le groupe écolo : un d’entre eux, illustre et inconnu, beugle des « vous avez quinze ans de retard ! » dès qu’il le peut. Devant la tribune, Erwan Binet, rapporteur du projet de loi, tout content de quitter le dernier rang où il croupit habituellement, est tout sourire ; il rit de bon cœur avec sa nouvelle meilleure amie, la redoutable ministre de la Justice et Garde des Sceaux. Des rires fatigués. Taubira est enroulée dans un grand châle, qui glissant de son épaule régulièrement, lui permet de le rejeter derrière elle telle la toge antique : elle maitrise un peu l’art oratoire, c’est certain. La ministre de la Famille, une table plus loin, est enfouie dans ses papiers, et semble beaucoup plus fatiguée. Ses interventions sont nerveuses et sèches, son visage est tendu et sa parole lancinante. Quelques jeunes députés PS, content de faire leur premières armes, arpentent les escaliers et chahutent dès qu’il le peuvent : Paola Zanetti, jeune député de Moselle qui a adopté une coiffure garçonne, très en vue depuis que Najat Vallaud Belkacem l’arbore, attaque l’opposition en lui reprochant des amendements absurdes ou répétitifs. La réponse vient rapidement : l’expérimenté Jacques Myard lui répond qu’elle ne le sait peut-être pas, mais qu’on est encore loin des 11 000 amendements pour la réforme des retraites (que la gauche a conservé, de plus). « Mesquin » crie-t-on en face. Catherine Vautrin, député UMP et vice-présidente, qui siège à la place de Bartolone, calme les ardeurs.

Il est vrai qu’à droite, les amendements sont répétitifs, mais dans ce dialogue de sourds, un quarteron d’UMP, les députés Le Fur, Mariton, Breton et Poisson, s’accapare la parole, se relayant comme des coureurs de fond. Au milieu d’un cinquantaine de députés, Christian Jacob circule avec assurance, tapotant sur les épaules et glissant des mots dans le cou pour encourager ses troupes. Un ange passe : Valérie Pécresse entre, prend place, reste vingt minutes et puis s’en va. Mais le quatuor ne ralentit pas le tempo, présentant les amendements cinq par cinq, deux minutes par discours, le tout cadencé par le chef d’orchestre du soir. Poisson, le successeur de Christine Boutin, semble être animé de l’énergie du désespoir. Mariton est agacé, tendu. Il grogne, il peste tout seul ; Breton tient le choc ; Le Fur est flegmatique, et ses interventions sont un parasitage formel des plus exaspérants. Les propositions de fond viennent rarement, et elles concernent généralement deux personnes : d’une part le rare mais précieux député-maire de Versailles François de Mazières, dont la raideur de l’allure, toute en os, jure avec la souplesse de l’esprit. Le second est Breton, qui s’appuyant sur La Croix dans une démonstration, se voit houspiller par la majorité : « Journal de curé ! ». Mais les attaques en restent là.

L’assemblée est devenue technicienne, et le spectacle qu’on me propose m’atterre par le piètre niveau culturel, voire le scandaleux niveau de français de ceux qui nous représentent. Je prends acte du schisme entre le monde des arts et des idées et le monde politique. Le spectacle est suffisant, parfois drôle, mais malheureusement, souvent à ses dépens. C’est d’une vulgaire volerie, où les coqs, les paons, les pinsons, les vautours et autres triples buses piaillent sans grâce ni raison que je m’extirpe pour aller prendre mon métro. Il est loin, le temps où la chouette d’Athéna survolait l’Assemblée Nationale.

Bonaventure Caenophile