The initials BB (Bye Bye)

Erignathus barbatus

On peut penser tout et surtout n’importe quoi de l’affaire Depardieu. Lâcheté ou protestation symbolique, à vous de juger. La seule information, est malheureusement que ce débat national a réveillé nos « people », même si certains, comme Torreton, ne sommeillaient pas vraiment. Ce dernier, tête de file des anti-Gérard, a « siégé » en tant qu’élu PS pendant quelques années au conseil de Paris, battant des records d’absentéisme avant de mettre fin, au bout de deux ans de parasitage, à cette odieuse mascarade. Bref, pléthore de stars d’aujourd’hui et d’antan sont sorties de leur mutisme habituel et légitime pour attaquer ou défendre le Gérard national.

L’une d’elle, et pas des moindres car il s’agit de l’icône féminine des années 60-70, est la fameuse BB, Brigitte Bardot, beauté fanée dont la célébrité n’est liée qu’à l’enveloppe charnelle de ses plus belles années, souvent à ses frasques d’alors, et rarement  à ses apparitions au cinéma. Les années ont transformé notre bombe sexuelle en un être très étrange, teinté de nationalisme peu ragoûtant et raciste tout en étant engagé bec et griffe dans la défense des animaux. Une combinaison bizarre que renient les écolos d’aujourd’hui. Ce doublon nationalisme-écologie est cependant à l’origine de l’écologie même, comme l’a montré, entre autres, Luc Ferry[1], et se retrouve dans le national-socialisme d’Hitler. Brigitte Bardot a été adorée par la terre entière, et, si elle n’est pas nazie, elle semble faire preuve aujourd’hui d’une grande misanthropie. C’est bien à la gent animale qu’elle dédie entièrement le crépuscule de son existence. Le 3 janvier, reprenant le flambeau brûlant de Depardieu, qu’elle critique pour son  positionnement pro-corrida, la mère des bébés phoques a pété les plombs. Pour deux misérables éléphants malades de la tuberculose dans le zoo de Lyon, elle a mis en jeu sa nationalité. Contrairement à Depardieu qui a été débusqué par les médias, Bardot use délibérément de son regain de popularité pour faire chanter le président de la République. Un tel comportement est extrêmement déplorable, mais néanmoins souligne bien le lien fait entre nationalité et écologie dans son système de pensée. Elle ne peut pas vivre dans un « cimetière d’animaux » comme l’est la France. Autant aller vivre dans un cimetière humain comme l’est la Russie. La hiérarchie est faite et on a peu de peine à saisir l’antihumanisme de cette femme récompensée par PETA, sigle ridicule choisi par les chasseurs de fourrures (et exhibitionnistes militants). L’écologie trouve ici son aporie première qui est la haine de l’homme, cet être sans qui la Terre fonctionnerait à merveille. L’horreur me prend et pour calmer la tempête rien de mieux qu’un bon gros steak saignant.

Enfin, passons ! L’exercice lancé par Gérard et Brigitte me plaît assez ; j’ai décidé de faire chanter le président, on ne sait jamais, ça pourrait marcher.

« Monsieur le Président de la République,

Je me barre. Où ? Partout sauf en Belgique. Après avoir écouté les conseils de mon ami Baudelaire, je pense que nos exilés s’y font chier modèle géant. Ne me parlez même pas de cette grande île du Pacifique, peuplée de surfeurs décérébrés et de kangourous. Pour ce qui est de la Russie, malgré l’invitation de Maistre, il y fait beaucoup trop froid ! J’ai répondu la même chose à Cendrars qui m’appelait au Brésil : trop chaud ! Claudel m’a proposé la Chine et l’Amérique : mais l’individualisme érigé comme norme sociale me répugne horriblement. Et non je n’irai pas en Suisse avec ces sales hygiénistes. Bref, aidez-moi à trouver une destination correcte. En attendant, je patienterai en France.

Je vous prie de croire en mes sentiments de très haute estime et les plus dévoués,

Bonaventure Caenophile. »


[1] Luc Ferry, Le Nouvel Ordre écologique, Grasset, 1992.

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Joyeux Noël… quand même !

Petite excursion à l’extérieur de cette fourmilière dans laquelle nous sommes constamment tenus occupés par les diverses fadaises puisées dans l’actualité, et servies grassement par la presse. Prendre du recul, souffler un peu. C’est que ça devient épuisant d’avoir à tourner la tête en tous sens, de concentrer son attention sur des choses si variées, tantôt cocasses tantôt horribles. Alors opérons l’émersion, et tel l’enthomologiste, examinons le travail qu’ont réalisé les fourmis.

Gérard Cyrano Depardieu de Bergerac, l’acteur au panache

Un bon moment de détente nous a été offert dans ce duel qui opposa le célèbre acteur, (auquel rien ne manque, parmi les rôles historiques ou littéraires qu’il a tenus à l’écran,

pas même celui de Jeanne d’Arc… Ah! Vous y avez presque cru?!) à l’omerta socialiste au pouvoir. On n’a pas permis à l’exilé fiscal d’avoir pris son départ maintenant, à une période où le gouvernement se demande avec inquiétude combien de riches citoyens il lui reste à taxer. A ce rythme, leur nombre se réduira comme peau de chagrin sans doute. A qui la faute? Peut-on leur en vouloir? La question n’est pas là, l’intérêt réside dans cette attitude de gamins de maternelle qu’ont eue tour à tour ministre, acteurs ou chanteurs, journalistes, et bon nombre d’hommes politiques de tout bord. “Tu n’as pas le droit, c’est pas du jeu, c’est de la triche”. Et on les imagine aisément, rajeunis au maximum, traînant dans une cour de récréation, dans des costumes trops grands pour eux et invectivant celui qui avait toujours beaucoup de billes, de boulets ronds, plats ou nacrés, et qui, lassé de toujours en redistribuer les trois quarts, s’en est allé voir les camarades belges à l’autre bout de la cour. « Minable », a déclaré le premier ministre,

grand enfant qu’il est. Heureusement, Luchini a lui aussi tiré sa redoutable épée verbale de son fourreau, et César a pourfendu Torreton, tandis qu’Obélix-Cyrano renvoyait symboliquement ses cartes d’identité et de sécurité sociale au premier sinistre. Du panache, c’est si rare de nos jours.

« Pendant ce temps-là, à Vera Cruz… »

Un événement différent nous a été servi par Le Nouvel Obs, mais nettement moins amusant. L’article intitulé « Avec mon père ça fait 15 ans que ça dure. On est amoureux. » n’est pas passé inaperçu. Il faut dire qu’il y a de quoi : il s’agit ni plus ni moins d’un constat de l’impuissance du système judiciaire, pour des raisons encore mal expliquées soit-dit en passant, face à un délit qui normalement n’a pas encore été

légalisé : celui de l’inceste. Et les blagues les plus glauques sont illustrées, pour ne pas dire dépassées, par la sombre réalité : le père est aussi le grand-père d’un enfant de dix ans, quant à la mère, préalablement déséquilibrée semble-t-il, mais néanmoins coupable, elle paye  ses erreurs plus cher que son mari. Et le reste de la merveilleuse famille poursuit son existence dans la joie et la bonne humeur. Bref, de quoi nourrir encore un scénario de film d’épouvante, avec la famille de consanguins plus ou moins atteints, mutants de surcroît, chez qui il ne fait pas bon s’arrêter en cas de panne de voiture.

Mais tout cela est rendu possible grâce à un seul argument : l’Amour. Eh oui, c’est ainsi qu’on y arrivera, combien de choses n’a-t-on pas déjà rendues possibles au nom de cet amour qui se manifeste par la tyrannie des affects et le règne des bons sentiments, avec leur inévitable cortège (tolérance, ouverture, égalité, droit à etc…) ?

…Tandis qu’à Bugarach

Cependant, d’autres préoccupations ont hanté les esprits ces derniers temps: la trop fameuse fin du monde, prédite et reprédite par les Mayas, les oracles informatiques plus récents et tous les textes en sanscrit non-traduits. On y est, c’est pourquoi le moment est idéal pour faire cette brève rétrospective. Qu’adviendrait-il si la fourmilière venait effectivement à ex/imploser, alors que nous la regardons de l’extérieur en ce moment-même ? Mais ça semble assez improbable même si quelques bunkers on été loués à prix d’or, et que le village de Bugarach n’a jamais connu autant de succès. Il pourra, lui du moins, triompher momentanément des aléas (proportionnés, bien sûr) que la crise lui a infligés. Le cycle de la grande peur tourne une nouvelle page (après, entre autres, le passage à l’an mil,  l’éclipse de 1999, et le bug de l’an 2000), jusqu’à la prochaine trouvaille qui à nouveau déliera les langues anciennes, plongera les crédules dans des abîmes d’angoisse et fera jaillir de nouveaux experts de la fin du monde dans le genre de Sylvain Durif.

Vers une fin assistée ?

Au milieu de toute cette effervescence, Hollande ne perd pas le nord: le suicide assisté est entré dans les coulisses, projet de loi commandé aux spécialistes d’éthhique et de la santé pour juin, il y a en effet urgence : on est à deux doigts de « tous » les marier (au sujet du slogan d’ailleurs, une question: est-ce une reprise de la pub « Monster Munch : mieux vaut tous les manger » ? ou de « Pokémon : attrapez-les tous » ?), et si on veut garder une certaine crédibilité, il faut entamer un autre sujet rapidement. On attend donc les voeux du président avec impatience : « Mes chers cons, mes chers patriotes, cette année 2013 sera celle de la fin, non pas du monde, mais des discriminations, de la vie, de la mort, de la douleur. Moi, président de la République, etc… »

Fermez le ban.

Allons, il est temps de rentrer, maintenant qu’on a fait le petit tour. Retour dans la fourmilière, jusqu’à la prochaine évasion. Certes, on voit qu’il y a du drôle et du moins drôle, et que ce n’est pas près de s’arrêter. Certaines choses cependant ne changent pas : joyeux Noël… quand même!

SOJ